À Tarbes, le cordonnier Tony prend sa retraite le 27 juin. Une repreneuse s’est manifestée in extremis pour reprendre l’activité : sa voisine, commerçante elle aussi, veut continuer la belle histoire.
Il a ouvert le 1 avril 1981 et ce n’était pas un poisson d’avril. La preuve, quarante-cinq ans plus tard, Tony Lopez est toujours là, rue Brauhauban, à la tête de sa cordonnerie historique. Mais plus pour longtemps… ” Je suis ce que l’on appelle un retraité actif. Je cherche un repreneur depuis déjà deux ans et malgré plusieurs visites et même des négociations, je n’ai trouvé personne “, raconte l’artisan. Ça ne tiendrait qu’à Tony, la cordonnerie continuerait encore un peu… Mais Christine, sa femme et associée, estime qu’il a déjà assez tiré sur la corde comme ça.
” Si elle ne m’avait pas freiné, j’y serais encore. Mais il a fallu me faire une raison, à 70 ans, il est temps de passer à autre chose “, s’est résigné le cordonnier de la rue Brauhauban, lui qui s’est levé tous les matins pendant 45 ans avec ” l’envie “. ” On a d’abord ouvert en face, à la place de l’ancien Pier Import. On a déménagé 4 fois en tout, mais toujours dans la même rue “, se souvient-il. À l’ouverture de son commerce, Tarbes compte 15 cordonniers entre la place Marcadieu et la place Verdun. La rue Brauhauban est même rebaptisée rue des métiers par les initiés tant elle compte de boulangerie, de pâtissiers… Aujourd’hui, le centre ne compte plus que 3 cordonniers.

Au départ, Tony propose de reproduire des clés, assure tampons et gravures. ” Mais en réalité, on avait tellement de boulot dans la réparation de chaussures qu’on a choisi de ne faire que ça “, détaille-t-il. En témoignent ses étagères remplies lors de notre visite : le bac des chaussures réparées est aussi plein que celles à réparer. Mais depuis quelques années, Tony et Christine ont ralenti le rythme.. et les horaires d’ouverture. ” On laissait fermer juillet août, on prenait du temps pour Noël, pour mai “, précisent les gérants. Et puis, un matin d’hiver, une discussion sur un bout de trottoir avec Marie Daunay qui vient d’ouvrir Les vies précieuses à seulement deux numéros de là, va prendre un tournant décisif.
Une cagnotte en ligne
” Quand on a appris que faute de repreneur, il allait fermer boutique ça m’a désolé. C’est un savoir-faire qui ne devrait pas se perdre. J’ai ouvert une brocante-friperie car je suis engagée dans l’économie circulaire, pour moi, cette reprise s’inscrit dans la continuité de ce que je défends “, explique la commerçante. La retraite est prévue le 27 juin. Le projet de reprise est lancé. À condition de réunir l’argent (30 000 euros le fonds de commerce), Marie Daunay devrait prendre la tête de l’enseigne et installer Virginie Belmonte, actuellement bénévole au secours catholique et spécialisée dans la réparation, sur la chaise de cordonnière.
” Tony s’est engagé à la former, le temps qu’il faudra et rester à ses côtés pour la transition “, se réjouit la gérante. ” Pour moi, c’était une aubaine. Je ne m’y attendais plus. Ici, on vient voir Tony, c’est pour cela que je vends aussi mon nom, mon enseigne, mon matériel “. Pour sauver l’échoppe bien connue restée dans son jus avec la sonnette sur le comptoir, le mètre de couture qui pend au mur et l’absence de terminal de paiement, Marie Daunay a lancé une cagnotte en ligne. ” Je demande 5 000 euros pour m’aider dans l’investissement “, note-t-elle. De son côté, Tony se prépare, presque, à la retraite. Non sans pincement au coeur : ” C’est un métier prenant, on aime le cuir, les réparations. Et les clients vont me manquer “.

