Arbitre de basket-ball depuis ses 14 ans, le Bigourdan Adrien Sohier revient sur son expérience unique qu’il a vécue à Bercy, vendredi soir, au sifflet lors de la finale de la Coupe de France féminine de Nationale 1.
Adrien Sohier, déjà on peut dire que c’est une performance d’être sélectionné comme à arbitre pour une finale à Bercy ?
C’était la première fois depuis dix ans que j’arbitre à ce niveau, et être désigné pour Bercy, c’est une vraie reconnaissance. Les désignations concernent les huit meilleurs arbitres du niveau national, un par zone géographique. La France est découpée en huit zones, et les premiers de chaque zone sont retenus. C’est une sélection exigeante qui est basée sur nos performances en tant qu’arbitre sur chaque match.
Car, il faut le rappeler, les arbitres sont évalués
Chaque saison, nous avons plusieurs matchs notés. En général, quatre rencontres sont observées et notées dans l’année. Ces notes déterminent notre classement. Donc oui, être à Bercy, ce n’est pas le fruit du hasard, c’est le résultat d’un travail régulier.
Qu’avez-vous ressenti en vivant cette finale de Coupe de France ?
C’est très gratifiant. Pour un arbitre, c’est le sommet de la compétition nationale. C’est un honneur d’y participer, de découvrir l’ambiance et les coulisses d’une salle mythique comme Bercy. C’est impressionnant aussi par tout le contexte car il y a la télévision, tout un protocole particulier qu’on ne vit pas ailleurs. On sent que c’est un jour spécial et c’est une expérience marquante.
On imagine que l’ambiance est très différente d’un match de championnat en local ?
Complètement. Dans nos salles régionales, on a les murs tout près, c’est plus intime (rire). À Bercy, tout est démesuré. Et puis, il y a la cérémonie, la remise des médailles, les officiels, la lumière. Tous les arbitres et officiels reçoivent la même médaille que les équipes, c’est une belle reconnaissance.
C’est important pour vous ?
Oui, parce que les arbitres travaillent dans l’ombre. On ne fait pas de bruit, on fait notre travail et on s’en va. C’est un rôle solitaire : on change de collègue chaque week-end, on fait beaucoup de route seul. Alors, être mis un peu en lumière, c’est agréable. Mais on ne fait pas ça pour la reconnaissance. Si c’était le cas, on arrêterait vite. L’arbitrage c’est avant tout une passion.
Que vous pratiquez depuis longtemps ?
J’ai 32 ans et j’ai commencé à 14 ans. Cela fait donc dix-huit ans, dont dix à ce niveau. Mais, avant tout j’aime le basket et l’arbitrage me permet de rester dans ce milieu. C’est un travail de l’ombre, mais il faut être performant, gérer les tensions, désamorcer les conflits. C’est exigeant, mais passionnant. Et je suis investi au comité des Hautes-Pyrénées comme premier vice-président.
Un Comité bien représenté puisqu’il y avait un autre de ses membres à la table de marque.
On peut dire que c’est une fierté pour un petit comité comme le nôtre, avec 2 500 licenciés, d’avoir deux officiels à ce niveau : Geoffrey Sachs à la table de marque et moi à l’arbitrage. C’est une belle reconnaissance collective d’autant que lui, aussi, est élu au Comité. On a eu un gentil message de notre président André Boyrie, le matin des finales pour nous souhaiter un bon week-end et profiter du moment.
Cette visibilité peut-elle aider à provoquer des vocations dans des rôles souvent difficiles ?
Peut-être un peu. À la table de marque, ce sont des postes encore plus dans l’ombre que celui d’arbitre. Mais à Bercy, tout le monde est récompensé : les arbitres, les marqueurs, les statisticiens. En ce sens, c’est une belle mise en valeur du travail collectif. On forme une vraie équipe, chacun a son rôle.
Vous êtes passé d’une finale à Bercy à un match à Ossun le lendemain. Pas trop de décalage ?
(Rires) Non, ça s’est très bien passé. J’arbitre souvent au-dessus du niveau d’Ossun, donc ce n’était pas un match difficile. Je garde les pieds sur terre. On revient vite à la réalité du week-end suivant. Bercy était une belle expérience mais le quotidien d’un arbitre c’est le plus souvent les petites salles, chaleureuses également…
Le rôle de l’arbitre est parfois ingrat
C’est normal. On est sous le feu des critiques et quand on ne parle pas de nous, c’est qu’on a bien fait notre travail. L’objectif, c’est d’être discret, que nos décisions soient comprises par l’ensemble. Un bon arbitre, c’est celui qu’on ne remarque pas.
Et voir le niveau supérieur ne vous tente pas ?
Justement, on est 12 arbitres, les meilleurs de France, à être convoqués dans 3 semaines en stage à Liévin (Pas-de-Calais) afin de concourir pour atteindre le niveau supérieur. Cela permettra aux arbitres retenus d’arbitrer en Nationale 1 masculine, le championnat où évolue Tarbes-Lourdes et en Ligue Féminine. C’est un autre challenge car j’aime beaucoup le basket mais aussi mon métier de chef d’établissement.

