April 22, 2026

PORTRAIT. "J’ai perdu mes parents dans un accident de la route et les pompiers ont tout fait pour les secourir" : le quotidien de Ludovic, sapeur lotois qui a sauvé la vie d’une jeune femme

l’essentiel
Ludovic Alard est sapeur-pompier volontaire depuis 2019. Il incarne un engagement né d’une histoire personnelle marquée par les secours, et par le jour où il a sauvé la vie de Camille, la miraculée de l’A20 dans le Lot. Portrait.

“À chaque fois, il y a des pompiers dans mon histoire. Alors un jour, je me suis dit : moi aussi, je serai pompier.” Pour Ludovic Alard, l’engagement n’est pas arrivé par hasard. Il s’est construit lentement, au fil d’une vie marquée très tôt par l’épreuve, mais aussi par des gestes de secours qui ont laissé une trace durable dans son quotidien. Le dimanche 19 avril, le jeune Lotois a été félicité lors d’une cérémonie par les pompiers du Lot pour avoir sauvé Camille Guidoux en octobre dernier, d’un grave accident de la route alors qu’il n’était pas en service.

La jeune femme a été fauchée par un poids lourd alors qu’elle était sur la bande d’arrêt d’urgence. Le sapeur passant par là au même moment a assisté à la scène et a instinctivement porté secours en lui prodiguant les premiers soins et notamment en arrêtant une hémorragie. “Ce héros du feu a sauvé ma fille” évoquaient Sandrine et Eric, les parents de Camille lors de la cérémonie.

“On est formé comme des professionnels, mais on reste des volontaires”

Aujourd’hui âgé de 29 ans, sapeur-pompier volontaire depuis 2019 au centre de secours de Labastide-Murat, il partage son quotidien entre son métier de chauffeur routier et ses gardes. Une organisation exigeante, faite de nuits écourtées, de week-ends mobilisés et d’équilibres familiaux à préserver. “On est formés comme des professionnels, mais on reste des volontaires. On fait ça sur notre temps libre”, rappelle-t-il.

Ludovic Alard, 29 ans, est pompier volontaire du Lot.
Ludovic Alard, 29 ans, est pompier volontaire du Lot.
DDM – Laurine Méaulle

Son histoire avec les secours commence pourtant bien avant son engagement. À sa naissance déjà, ce sont des pompiers qui interviennent pour assister sa mère lors de l’accouchement, qui aura commencé dans la maison familiale avant de se terminer dans l’ambulance. Quelques années plus tard, alors qu’il n’a que cinq ans, il perd ses parents lors d’une balade à vélo dans un accident de la route, ils sont fauchés par un automobiliste.

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Là encore, les secours sont présents, tentant tout pour sauver sa mère. “Ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient. À chaque fois, dans les épreuves de ma vie il y a eu des pompiers dans tout ça.” Longtemps après, ce souvenir devient une évidence pour Ludovic et il décide de rendre ce qu’il a reçu, “Quand j’ai perdu mes parents dans un accident de la route, les pompiers ont tout fait pour les sauver, je me suis dit que moi aussi je devais sauver à mon tour.”

Le 19 avril il a reçu une lettre de félicitations pour avoir sauvé Camille victime d’un accident de voiture alors qu’il n’était pas en service.
Le 19 avril il a reçu une lettre de félicitations pour avoir sauvé Camille victime d’un accident de voiture alors qu’il n’était pas en service.
DDM – Laurine Méaulle

Mais il faudra attendre 2019 pour franchir le pas. Encouragé par sa compagne, il dépose sa candidature et intègre la caserne après validation du conseil de centre. Depuis, il n’a plus quitté l’uniforme. “Je n’ai pas prévu d’arrêter. Je crois qu’à un moment donné, on est piqué et on a du mal à en sortir.” dit-il tout sourire.

“On est humains, il y a des interventions qui nous touchent plus que d’autres”

Ce qui l’anime ? Pas la recherche de l’exploit, ni l’adrénaline. “C’est rendre service, aider les autres.” Une motivation simple et directe. Dans la caserne, il s’investit aussi dans l’amicale, participe à la vie du centre, partage les gardes avec ses collègues. Une seconde famille, souvent indispensable après certaines interventions plus difficiles. “On crée des albums, comme on dit. Mais on en parle entre nous. Sinon, il n’y aurait plus de pompiers.”

Ludovic Alard est pompier depuis 2019 à la caserne de Labastide-Murat.
Ludovic Alard est pompier depuis 2019 à la caserne de Labastide-Murat.
DDM – Laurine Méaulle

Car derrière l’engagement, il y a aussi la réalité des interventions qui marquent. Certaines situations restent en mémoire plus longtemps que d’autres, notamment lorsqu’elles rappellent brutalement sa propre histoire. “On est humains. Il y a des interventions qui nous touchent plus que d’autres. Mais j’essaye de ne pas ramener ça à la maison, je profite de mon travail et des longs trajets pour évacuer tout ça.”

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Père d’une petite fille de trois ans, Ludovic Alard veille pourtant à préserver l’équilibre entre sa vie familiale, son travail et la caserne. Chauffeur remorqueur aux horaires variables, il compose avec des gardes en soirée ou le week-end. Une organisation parfois complexe, mais jamais remise en cause, “Les journées que j’ai aujourd’hui, ça me convient très bien. Et ça donne du sens à mon engagement.”

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