De la communication graphique aux champs du Lot-et-Garonne, Vincent Casonato a opéré un retour aux sources aussi audacieux que réussi. À la tête d’une exploitation florissante, il transforme aujourd’hui ses cultures en huiles de qualité, distribuées jusque dans les cantines scolaires du département.
Il y a des destins qui ne suivent jamais la ligne droite. Celui de Vincent Casonato en est la belle preuve. Né dans une famille d’agriculteurs de Laplume, dans le Lot-et-Garonne, ce fils de la terre avait pourtant d’abord choisi la ville, les écrans et les pixels. Après son baccalauréat au lycée Félix-Aunac, il part à Mérignac pour obtenir un BTS en communication visuelle, avant d’enchaîner avec une licence en design graphique. Passionné et entreprenant, il fonde même sa première entreprise : une agence de communication spécialisée dans la création de logos et de chartes graphiques. Rien, à ce moment-là, ne semblait devoir le ramener vers les grandes plaines du Lot-et-Garonne.
Et pourtant. À 25 ans, en 2010, Vincent Casonato opère un virage radical. Son père, qui exploitait alors quelque 400 hectares autour de Laplume, auxquels s’ajoutaient une entreprise de moisson et une activité de travaux publics, cherche un repreneur. Vincent saute le pas avec toute l’audace de la jeunesse. Il abandonne bureaux et logiciels pour enfiler des bottes et monter sur des tracteurs. Un pari fou ? Non, une évidence, diront ceux qui le connaissent bien.
Près de dix-huit ans plus tard, l’exploitation a plus que doublé de taille. La SCEA Casonato Entreprise s’étend aujourd’hui sur 700 hectares, dédiés à la production de céréales : blé, colza, maïs, tournesol et bien d’autres cultures. L’activité de travaux publics, héritée du père, perdure pour les particuliers comme pour les professionnels. S’y ajoute une prestation de stockage de grains qui répond aux besoins des agriculteurs voisins. Trois salariés en CDI et des saisonniers lors des moissons animent ce bel outil de production, ancré dans le territoire.
L’huile, le joyau de la ferme
Mais ce qui fait aujourd’hui la singularité de Vincent Casonato, c’est une activité née de sa curiosité et de son désir d’aller plus loin que la simple revente de matières premières : la production d’huile alimentaire de tournesol et de colza, fabriquée à la ferme selon le principe de la première pression à froid. Ici, point de chimie, pas d’extraction par solvant, aucune chaleur qui dénature les acides gras. Une simple presse mécanique suffit à produire une huile vierge de qualité. Le résultat est un produit d’une qualité nutritionnelle remarquable, aux arômes francs et aux propriétés préservées.
L’huile de tournesol pressée à froid présente en outre un avantage méconnu mais précieux pour les cuisiniers : elle tient remarquablement bien à haute température, résistant plus longtemps en friteuse que nombre de ses concurrentes du commerce. Une qualité que les restaurateurs et les familles ne tardent pas à apprécier. Mise en bouteille directement à la ferme, cette huile porte en elle l’histoire de la terre qui l’a produite.
Du champ à l’assiette des collégiens
La distribution, elle aussi, raconte une belle histoire de circuit court et de confiance. L’huile Casonato est disponible au magasin Cœur de Village de Boé, vitrine engagée de l’agriculture locale, mais aussi dans les grandes et moyennes surfaces de la région. L’aventure prend une dimension particulière dès la deuxième année d’activité, lorsque Vincent, via le grossiste GMD, répond à l’appel d’offres du Conseil départemental du Lot-et-Garonne pour l’approvisionnement en huile des cantines scolaires. Résultat : sa production est sélectionnée pour alimenter l’ensemble des collèges du département, grâce à GMD et aux services départementaux, qui ont pleinement joué le jeu de la commande publique locale. Des milliers d’enfants lot-et-garonnais mangent ainsi chaque jour une huile produite à quelques kilomètres de leur établissement.
C’est peut-être là le plus beau symbole du parcours de Vincent Casonato : un enfant du pays, parti chercher fortune dans la communication graphique, revenu transformer les graines de ses champs en un produit identitaire, savoureux et vertueux. Une réussite artisanale autant qu’industrielle, humaine autant qu’économique. Dans les collines du Lot-et-Garonne, la presse tourne, l’huile coule et tout un territoire s’en régale.

