L’enquête annuelle de France Travail sur les besoins de recrutement des entreprises a livré son verdict. Les intentions sont là, ne reste plus qu’à trouver les bons profils. Et justement, France Travail s’y emploie.
Il y a toujours ce paradoxe : d’un côté des demandeurs d’emploi, et de l’autre des entreprises qui cherchent à recruter mais n’y parviennent pas, ce qui nuit à leur développement. Chaque année, France Travail réalise une enquête. “Auprès de 6 900 entreprises, 1 890 d’entre elles ont répondu”, précise Catherine Guilbaudeau, la directrice départementale, “ce qui nous permet d’avoir une bonne photographie des besoins.” Ainsi, 27 % des entreprises ont prévu d’embaucher, à hauteur de 8 510 recrutements en 2026. Un chiffre en légère baisse, mais il faut noter que 57 % des intentions de recrutement concernent des emplois permanents, c’est-à-dire non saisonniers. C’est important, dans un département où l’économie est dominée par le tourisme, il semblerait que les besoins dans l’hôtellerie et la restauration soient moins prégnants que d’ordinaire. “Oui et non”, a tempéré Christian Gélis, président de l’UMIH, “d’abord, la période de saisonnalité s’allonge, ce qui permet d’offrir des contrats plus longs, donc des perspectives. Mais on a quand même du mal à recruter.”
Des secteurs toujours “tendus”
Y compris en élargissant la cible, en sortant des titulaires de formations hôtelières, grâce au recrutement par simulation, mis en place par France Travail. “Il s’agit d’une évaluation, non pas des compétences, mais des profils compatibles avec tel ou tel emploi”, détaille Catherine Guilbaudeau, “et ça fonctionne, on sort des “chemins” classiques, on ouvre des opportunités.” Car après, au besoin, les entreprises assurent elles-mêmes la formation en interne. Comme chez Foundever (téléconseil), qui use de ce moyen pour “attirer de nouveaux profils, et créer de la diversité parmi nos 500 salariés”, a souligné Sandrine Pérès, sa dirigeante. Un modèle qui a toutefois ses limites, par exemple dans le BTP. “Le savoir-être, c’est bien, mais ça ne suffit pas, il faut du savoir-faire”, a indiqué Jean-Denis Brau, secrétaire général de la fédération du BTP, “la formation c’est bien, mais il ne faut pas que ça prenne trop de temps, ni d’argent, aux entreprises. Mais ce que fait France Travail est vraiment payant.” Et l’industrie, dans tout ça ? Sur le site de Daher, qui emploie 1 800 salariés, on s’appuie aussi sur France Travail, même si l’intérim est aussi une voie de recrutement qui permet de “tester” les collaborateurs avant embauche. “Nous avons entre 80 et 100 postes ouverts sur notre site, surtout des chaudronniers, des usineurs”, détaille Hugo Cuquemel, “la plupart sont déjà formés, mais nous avons un centre de formation en interne, parce que nos métiers sont spécifiques.” Et la saisonnalité pointe aussi le bout de son nez. “Oui, les cadences de production de nos donneurs d’ordre et de nos sous-traitants nous imposent de la flexibilité.” D’où l’intérim…

Social et services à la peine
D’autres secteurs plus “pointus”, rencontrent aussi des difficultés. Ainsi, chez KNDS (ex Nexter), on a du mal à recruter, face à l’augmentation des commandes en matière d’armement. “Nous recrutons ! Nous avons noué un partenariat avec l’UTTOP, et nous travaillons avec France Travail, notamment via le recrutement par simulation, ce qui commence à porter ses fruits. Et bien sûr, des formations spécifiques avec l’UIMM.” Justement, le syndicat de la métallurgie accompagne les entreprises. “Nous mettons en place des formations spécifiques, complémentaires des solutions internes, jetons des passerelles entre les entreprises.” Et ça marche, les effectifs industriels ont progressé de 17 % entre 2022 et 2024, “mais les besoins sont toujours là, 550 recrutements sont prévus dans le secteur.” Mais celui qui reste à la peine, c’est encore et toujours le social et le service. Ainsi, le service à la personne fait état d’un besoin de 2 760 salariés… Et là, ce n’est pas facile…

