Entre écrans omniprésents et lecture en recul, la dernière étude du Centre national du livre révèle un décrochage préoccupant chez les jeunes, particulièrement à l’adolescence.
Le constat est nuancé, mais préoccupant. Le Centre national du livre (CNL) a publié cette semaine les résultats de la cinquième édition de son étude « Les jeunes Français et la lecture », réalisée avec Ipsos BVA. Une photographie précise des pratiques des 7-19 ans, qui met en évidence une érosion progressive du rapport au livre, dans un environnement dominé par les écrans.
Première donnée clé : la lecture ne disparaît pas, mais elle change de nature. 81 % des jeunes déclarent ainsi lire pour leurs loisirs, un niveau globalement stable. Pourtant, cette apparente résistance masque un décrochage marqué à l’adolescence : plus d’un tiers des 16-19 ans ne lisent pas du tout ! Chez les garçons, la chute est particulièrement nette, avec seulement 56 % de lecteurs réguliers dans cette tranche d’âge.
Au-delà de la pratique, c’est la qualité de lecture qui s’altère. Les jeunes lisent de manière fragmentée c’est-à-dire que 67 % des 16-19 ans font autre chose en même temps, signe d’une attention difficile à maintenir sur la lecture. Cette dispersion s’inscrit dans un déséquilibre massif : 18 minutes sont consacrées à la lecture quotidienne contre plus de trois heures passées sur les écrans. Un rapport d’un à dix, qui résume à lui seul le basculement des usages.
Mais les écrans ne sont pas seulement des concurrents, ils redéfinissent les pratiques culturelles. Les jeunes lisent peu en ligne, mais consomment massivement des vidéos courtes et des réseaux sociaux, omniprésents dès le collège. Dans ce contexte, le livre doit rivaliser avec des formats instantanés, immersifs et continus.
Des leviers encore puissants
Pour autant, l’étude ne se limite pas à un constat pessimiste. Elle met en lumière des leviers encore puissants. Les bandes dessinées, mangas et romans continuent de séduire, tandis que les adaptations audiovisuelles ou les recommandations de proches jouent un rôle déterminant. Surtout, la lecture partagée en famille reste plébiscitée, même si elle recule nettement depuis dix ans.
C’est précisément sur ces leviers que les politiques publiques tentent d’agir. À l’échelle nationale, le CNL multiplie les initiatives : « Quart d’heure de lecture », « Nuits de la lecture », ou encore « Partir en Livre ». L’objectif est de redonner à la lecture sa dimension de plaisir, dans un univers saturé de sollicitations.

En région, certaines collectivités s’engagent plus directement encore. C’est le cas de la Région Occitanie, qui a fait de l’accès au livre un axe de sa politique jeunesse. À travers la « Carte Jeune Région », les lycéens bénéficient d’une aide dédiée à la lecture de loisirs, utilisable dans un réseau de librairies partenaires. Un dispositif qui répond à un double enjeu : soutenir la pratique chez les jeunes et maintenir un maillage culturel de proximité.
Cette politique territoriale traduit une évolution des stratégies publiques : face à la concurrence des écrans, il ne suffit plus d’inciter à lire, il faut faciliter l’accès, valoriser les lieux du livre et recréer des habitudes. La lecture devient ainsi un enjeu d’aménagement culturel autant que d’éducation.
Reste une interrogation de fond : comment réinstaller durablement le livre dans le quotidien des jeunes ? L’étude du CNL rappelle que la lecture n’est pas un réflexe naturel, mais une pratique qui se construit, souvent contre la facilité immédiate des écrans.
Dès lors, la question dépasse le seul cadre scolaire. Elle engage les familles, les institutions, mais aussi les territoires. Car derrière la baisse du temps de lecture se joue un enjeu plus large : celui de l’attention, de la concentration et, in fine, de la formation intellectuelle des générations à venir.

