April 19, 2026

ENTRETIEN. Dermatose nodulaire, Loi d’urgence agricole, intempéries, revenus… Le cri d’alarme de la Confédération paysanne pour l’agriculture

l’essentiel
Réunie en assemblée générale le 16 avril, la Confédération paysanne du Gers a dressé un bilan alarmant de l’année 2025. Sa co-porte-parole Sylvie Colas alerte sur les crises agricoles et veut replacer l’humain au cœur de la politique.

La Confédération paysanne gersoise s’est rassemblée, jeudi 16 avril, pour son assemblée générale. L’occasion pour la co-porte-parole du syndicat, Sylvie Colas, d’aborder l’actualité agricole. Entretien.

Comment les agriculteurs du syndicat ont-ils vécu cette année 2025 ?

L’année 2025 a été dramatique pour toutes les filières, déjà avec les aléas climatiques, dont la sécheresse, et bien sûr la crise de la Dermatose nodulaire contagieuse (DNC) qui a eu pour conséquence la colère de la fin d’année. La crise sanitaire a rappelé les grandes difficultés que connaissent tous les agriculteurs, quel que soit leur système de production. […] On ne sait pas où on va. On tue des bovins, en anticipation du risque de propagation. On arrache de la vigne, près de 10 % de la surface, en anticipation d’une baisse du marché. Quand on arrache une vigne, ce n’est pas rien, ce sont des fois des décennies de travail…

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Finalement, il n’y a pas grand-chose de positif… Sauf que l’on pense tous faire le plus beau métier du monde et si on arrive un jour à bouleverser l’ordre des choses et mettre fin à ce libéralisme de marché, il n’y a pas de raison que le Gers ne participe pas à la souveraineté alimentaire avec des produits de qualité. Mais comme on l’a dit au ministre de la Ruralité, si l’agriculture ne va pas dans le Gers, rien ne va. C’est bien de faire des usines de déchets mais on espère mieux (le centre de tri interdépartemental de Masseube a été inauguré le 11 avril, NDLR). Si on doit être la poubelle du Sud-Ouest pour trouver de l’emploi dans un territoire purement agricole…

Sylvie Colas, co-porte-parole, aborde l’actualité agricole.
Sylvie Colas, co-porte-parole, aborde l’actualité agricole.
Photo DDM – Sébastien Lapeyrère

Les précipitations ont été importantes depuis le début de l’année. Est-ce que cela vous rassure pour les prochains mois, en cas de sécheresse ?

Pas du tout, on est toujours inquiets. Heureusement qu’il a plu il y a 10 jours, parce que la terre commençait déjà à craqueler. On a cru qu’on allait déjà devoir arroser nos blés. Les fortes chaleurs nous inquiètent, aujourd’hui, mais aussi l’été. L’an dernier, ce qui nous a fait perdre le plus de rendement, ce sont les températures. La végétation s’est bloquée pour se protéger, même en irriguant.

La DNC et les autres épidémies sont, elles aussi, toujours bien présentes en ce début d’année…

On a beaucoup parlé, durant l’AG, de la peste porcine africaine. Il y a beaucoup de contrôles par rapport aux normes de sécurité en ce moment. On espère que ces normes ne feront pas disparaître le modèle plein air. Mais, surtout, ce que l’on demande, c’est de remettre de l’humain dans la politique. La gestion de la crise de la DNC a été catastrophique sur ce point-là. Abattage, vaccination… Il faut avoir une attention particulière aux situations de chacun, savoir ce que chacun revendique et avoir une autre façon de faire que de tout abattre ou de tout vacciner. On voit bien qu’il y a d’abord un intérêt économique. Dans certains territoires, comme le Cantal, il est interdit de vacciner alors que certains le souhaiteraient. La ministre n’a absolument rien bougé dans sa gestion.

L’assemblée générale a eu lieu le 16 avril à la chambre d’agriculture du Gers.
L’assemblée générale a eu lieu le 16 avril à la chambre d’agriculture du Gers.
Photo DDM – Sébastien Lapeyrère

Que pensez-vous de la Loi d’urgence agricole, qui doit être étudiée à l’Assemblée en mai ?

C’est un vrai scandale, une régression absolue pour les paysans, pour les défenseurs de l’eau mais aussi pour les citoyens. L’agrandissement des bâtiments d’élevage sans qu’il n’y ait plus de normes ou d’enquête publique pose problème (une ordonnance doit créer un régime spécifique pour les élevages, distinct du régime industriel des installations classées pour la protection de l’environnement, NDLR). Comment peut-on autoriser cela ? On veut que le Gers devienne une Bretagne ? Si on crée plus de gros bâtiments sur le territoire, on risque d’avoir encore plus de cas de grippe aviaire puisqu’on augmentera la densité. Quand va-t-on faire la promotion d’une agriculture paysanne, bio, de qualité, comme on sait le faire dans le Gers ?

La question sociale a également été abordée lors de cette assemblée générale.

Il y a énormément de choses à mettre à plat. Comment cela se fait-il que l’on travaille toute notre vie pour ne pas la gagner ou que l’on ait un régime social de retraite aussi faible ? La réponse suite à l’augmentation du GNR a été d’alléger nos cotisations sociales. Mais quel est le rapport ? Il faut donner de l’attractivité au métier, avec un congé paternité/maternité à la même hauteur que dans les autres catégories professionnelles. Idem pour les arrêts maladie. Qu’est-ce que l’on peut faire avec 20 € d’indemnité par jour ?

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