April 26, 2026

"On a fait tous les deux, des études qui n’avaient rien à voir avec le milieu agricole" : dans le Lot, ces jeunes brasseurs reprennent la ferme familiale et créent leurs bières bio

l’essentiel
À Barguelonne-en-Quercy (Lot), deux brasseurs, Pablo Ruamps et Neil Cox, ont lancé leurs bières artisanales. Blé, houblon, orge… les deux amis d’enfance cultivent eux-mêmes leurs céréales sur l’exploitation familiale. À l’occasion de l’événement “De ferme en ferme”, prévu par Bio 46, dimanche 26 avril, ils organisent une visite de leur brasserie ainsi que des dégustations.

Perché sur le haut d’une colline de Barguelonne-en-Quercy, à la lisière d’un vaste bois, un hangar monté en kit surplombe les environs. À l’intérieur, deux amis, qui connaissent très bien le coin, font tourner une microbrasserie. Ils produisent leurs bières, cultivent leurs céréales et embellissent leurs terres. Pour la 5e édition de “De ferme en ferme”, Pablo Ruamps et Neil Cox présenteront aux visiteurs leurs ateliers et l’exploitation familiale. Cet événement, qui propose des visites et des animations dans les fermes lotoises le dimanche 26 avril, sera également l’occasion de déguster leurs produits.

Deux amis d’enfance pour un projet commun

C’est une histoire qui ne date pas d’hier. Rencontrés sur les bancs du collège de Montcuq, les deux hommes de 32 ans ont grandi et joué sur cette exploitation qui appartenait, à l’origine, aux parents de Pablo Ruamps. Après le lycée, l’objectif était tout autre : profiter de la vie, voyager et étudier. “À la fac, on a été en coloc pendant six ans. On a fait tous les deux des études qui n’avaient rien à voir avec le milieu agricole. On n’avait pas vraiment pour projet de se lancer là-dedans”, se souviennent-ils.

Pablo Ruamps et Neil Cox devant les cuves de la microbrasserie "Les Bartas"
Pablo Ruamps et Neil Cox devant les cuves de la microbrasserie “Les Bartas”
DDM – Simon Alagnou

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Mais les souvenirs de leur enfance dans le Quercy Blanc n’ont jamais disparu. Pablo raconte son retour après des années passées à voyager : “C’est la ferme de mes parents, je suis né ici, c’est un lieu ancré en moi.” Ce retour sonne comme une remise en question pour le brasseur : “Je suis revenu en me demandant : est-ce que c’était juste un souvenir d’enfant ou est-ce que c’est vraiment quelque chose qui me plaît d’être ici, à la campagne ?”

Pour trancher, il se forme comme ouvrier dans des fermes, puis décide de s’installer définitivement dans le Lot. Neil Cox, de son côté, prolonge ses études jusqu’au doctorat de biochimie avant de se lasser de la ville : “Dix ans après, franchement, la ville, ça me faisait chier, ce n’était plus pour moi.” Arrivé dans la trentaine, le duo se retrouve autour d’un objectif commun : “On a monté le projet doucement, explique Neil. Je voulais changer de voie, l’idée d’avoir une ferme me plaisait bien, surtout la partie transformation et la bière. Dans mes études de chimie, j’ai pas mal bossé sur les levures.”

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“On se disait en rigolant, moi je te fournirai l’orge, toi tu feras la bière”

Lorsque Pablo Ruamps s’aperçoit que ses parents vont bientôt partir à la retraite, il décide de reprendre la ferme familiale. En plaisantant, il en parle à son ami, qui souhaite de son côté monter une brasserie : “On se disait : “moi je te fournirai l’orge, toi tu feras la bière”. Au final, on a commencé à prendre ce projet plus au sérieux. On a fini par créer un groupement agricole d’exploitation en commun (GAEC).”

Le hangar de la microbrasserie à Barguelonne-en-Quercy
Le hangar de la microbrasserie à Barguelonne-en-Quercy
DDM – Simon Alagnou

Avec le statut de paysan brasseur, la désormais nouvelle brasserie “Les Bartas”, qui apparaît sur le marché en mars 2025, se différencie de ses concurrents : “On a un statut agricole, comme les vignerons ou les paysans boulangers. C’est original parce que souvent, dans les bières dites locales, le malt vient de Belgique. Nous, ça nous tenait à cœur de gérer la matière première. Quasiment tout ce qu’il y a dans la bière vient d’un rayon de 20 km.”

Les deux amis se complètent dans le travail : Neil Cox apporte son expérience dans le brassage et la chimie, quand Pablo Ruamps s’occupe du côté pratique et de la gestion des cultures. “On pense que c’est important d’avoir des responsabilités séparées, pour ne pas se marcher dessus. Mais à la fin, on va tous les deux goûter la bière et discuter du produit final.”

“C’était important de partir voir ailleurs, de voyager, pour revenir sans frustration”

Ce produit final, les deux brasseurs vont le présenter lors de l’événement “De ferme en ferme”. Au programme : du partage et de la pédagogie. Ils ne comptent pas changer leur façon de travailler et espèrent s’installer durablement dans le paysage bio lotois. “On ne met pas d’artifices dans nos produits, on veut mettre en avant notre céréale et notre terroir. On ne fera pas de bière à la framboise ou au riz, parce qu’on n’en produit pas sur place. On veut rester cohérents.”

Pablo Ruamps et Neil Cox devant la microbrasserie "Les Bartas"
Pablo Ruamps et Neil Cox devant la microbrasserie “Les Bartas”
DDM – Simon Alagnou

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Le duo lotois est fier d’avoir parcouru ce chemin. Après avoir commercialisé quatre bières, ils ouvrent leurs portes pour la première fois aux visiteurs pour l’événement. À terme, ils aspirent à créer un endroit, le long de la brasserie, pour déguster les bières avec les clients. “Pour moi, reprendre les terres familiales, c’est fort. Je suis né ici, j’ai grandi avec mes grands-parents juste à côté, explique Pablo. C’était important de partir voir ailleurs, de voyager, pour revenir ici à 30 ans sans frustration. On a vu du pays, on s’est défoulés, maintenant on est bien ici.”

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