Le feu de la colère a été ravivé sur le rond-point du Montat, ce jeudi 15 janvier. Cette fois-ci, les Jeunes Agriculteurs et la FDSEA ont tenu à faire entendre leurs revendications locales autour des normes environnementales. Face à la pollution aux nitrates, ils contestent leur classification en zone vulnérable.
La fumée sur le rond-point du Montat couvait depuis plusieurs semaines. Ce jeudi 15 janvier, le feu a été ravivé par les Jeunes Agriculteurs (JA) et la FDSEA du Lot. Derrière cette manifestation, une volonté de se faire entendre et surtout, de prouver qu’aujourd’hui, nombreux sont les produits importés qui circulent sur le territoire. L’idée initiale était donc d’effectuer plusieurs contrôles des camions. “Il y a une dizaine de points de blocage entre Toulouse et chez nous. Avant qu’un camion avec de la merde arrive on peut attendre, attaque d’emblée Ludovic Lagard, président des JA du Quercy Blanc. On a annoncé la mobilisation il y a trois jours, les transporteurs ne sont pas fous. S’il y en a un qui arrive avec du poulet ukrainien, c’est un fou.”
Pour la trentaine d’agriculteurs mobilisés dans l’après-midi, qu’importe. Parce que derrière toutes les revendications nationales (Mercosur, dermatose nodulaire contagieuse, loi Duplomb…), ce sont des problématiques locales qu’ils veulent faire entendre. Alors que la fumée noire s’échappe dans le ciel, l’heure est aux explications. La préfète du département, Claire Raulin, entame le dialogue.
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“On a l’agriculture la plus belle du monde, la plus propre”
“Aujourd’hui on se mobilise aussi parce qu’on a compris que les petites actions dans notre département permettaient d’obtenir des choses concrètes pour nous”, indique Ludovic Lagard. Les dossiers dont il parle ? Faire en sorte que le Quercy Blanc, territoire du sud-ouest du département, ne soit plus considéré comme une zone vulnérable (lorsque les eaux enregistrent un taux important de pollution aux nitrates). Une étiquette que le syndicat agricole juge contraignante. “Être en zone vulnérable ça engendre des contrôles en plus sur nos exploitations avec des prélèvements des sols qu’on doit faire. Ça nous coûte de l’argent, poursuit Ludovic Lagard, qui milite sur ce dossier depuis “au moins huit ans”. Les heures qu’on passe à remplir les papiers c’est incroyable. On est contrôlés sur tout ce qu’on fait alors qu’on a l’agriculture la plus belle du monde, la plus propre.”
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Avec ses collègues, ils ont monté un dossier soumis à la préfecture pour prouver que les exploitations agricoles ne sont pas à l’origine de la pollution aux nitrates des rivières. Entre autres, cela proviendrait “des feuilles qui tombent par terre, des fosses septiques etc.”. “Des arguments sérieux”, estime la préfète du Lot, Claire Raulin. “C’est un travail qui va prendre du temps parce qu’il faut réviser le périmètre, établir un plan d’action car l’actuel est en train de se finir. Celui que nous allons établir servira pour les quatre prochaines années”, souligne-t-elle. Et d’ajouter : “On va soumettre votre dossier la semaine prochaine et ensuite, on réunira à nouveau la profession pour travailler bassin-versant par bassin-versant.”
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“Ces normes nous font crever”
Ludovic Lagard, qui possède une exploitation sur la commune de Montcuq-en-Quercy-Blanc, est président des Jeunes Agriculteurs de cette région depuis cinq ans. Aujourd’hui, il se dit à bout d’avoir à se mobiliser sur les ronds-points d’année en année et que rien ne change. S’il se dit satisfait des travaux entrepris avec la préfecture, il ne veut pas se montrer trop optimiste. “On n’est pas là pour pourrir les sols. On sait exactement comment produire. La zone vulnérable n’est pas faite pour nous. On n’est pas du tout une agriculture qui balance des engrais. On ne peut pas accuser l’agriculture d’être pollueuse envers nos rivières. Ces normes nous font crever”, s’indigne-t-il, devant le rond-point qui risque de fumer encore plusieurs semaines.
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Le producteur de céréales et de semences l’assure : “le taux de nitrates n’a pas bougé alors que 3 000 hectares sont désormais en agriculture biologique”. En toile de fond, avec ces problématiques locales, comme avec celles portées au niveau national, c’est la souffrance d’une profession et la peur de voir de moins en moins d’exploitations qui les attriste. Après plusieurs échanges avec la préfète, certains ont tenu à reparler de la dermatose nodulaire contagieuse, dont ils sont inquiets. Ce soir, ils resteront une fois de plus face à leur fumée.

