Spécialiste de l’urbanisme commercial et ancien manager du centre-ville de Toulouse, Arnaud Ernst analyse le succès des centres-villes qui offre “shopping plaisir” et “expérience” aux visiteurs.
Arnaud Ernst est directeur du cabinet AID, spécialisé dans l’économie et le commerce, et ancien “manager” du centre-ville pour la mairie de Toulouse (de 2007 à 2015).
Comment expliquez-vous le succès de la rue Alsace et du centre-ville toulousain ?
Toutes les villes qui offrent du confort et une expérience à leurs visiteurs connaissent le succès. L’adage “pas de voiture, pas de business” ne se justifie plus. Les transports en commun, le vélo, les parkings permettent de profiter d’un centre-ville piétonnisé, confortable… C’est la recette du succès du centre-ville de demain. Le centre-ville, c’est un réseau social physique.
Est-ce que cette affluence se traduit par un chiffre d’affaires supplémentaire pour les commerçants ?
Lors de la piétonnisation de la rue Alsace, les flux piétons ont été multipliés par trois, voire par quatre, et cela a continué. Il vaut mieux une rue pleine de monde que l’inverse. Bien sûr, il y a des activités qui mutent. Et les commerçants souffrent d’une consommation en berne. Mais ce que possèdent les Français dans leur poche est un débat qui dépasse les commerçants et le maire de Toulouse.
Quel est le profil commercial de la rue Alsace ?
Celui de grandes enseignes populaires, essentiellement celles de l’équipement de la personne. Et presque plus d’indépendants en raison de la hausse du prix du loyer, mais aussi des grandes cellules commerciales, de 200 m² jusqu’à 6 000 ou plus avec Primark, les Galeries Lafayette, Monoprix… Ces enseignes ont un positionnement moyen de gamme qui répond à la demande du plus grand nombre. C’est du shopping plaisir.
Comment voyez-vous l’avenir du centre-ville toulousain ?
Les centres-villes de demain doivent être multifonctionnels avec de l’habitat, des commerces, de la fréquentation… C’est la forme urbaine la plus écologique : on peut tout faire à pied, surtout à Toulouse où le centre est tout petit. Les centres-villes doivent être sûrs et apaisés, avec de l’éclairage, de beaux aménagements. Ils doivent être accessibles à tous, des enfants aux seniors… Ils doivent être conviviaux, avec plus de bistrots, d’événements… Il faut qu’il y ait un vrai bénéfice à y passer un bon moment. Enfin, un centre-ville doit être patrimonial. On doit se sentir à Toulouse, pas à Bordeaux ou à Dunkerque.

