April 18, 2026

Des Caraïbes à un village aveyronnais, le parcours d’un sous-préfet devenu maire après avoir promené son chien

l’essentiel
Patrick Bernié a été élu maire de Lanuéjouls, le 15 mars 2026. Alors qu’il affiche un parcours haut en responsabilités tant dans le droit du travail que dans les fonctions régaliennes de l’État, il a choisi un petit village de l’ouest Aveyron.

Il paraît qu’on peut rencontrer l’amour en promenant son chien. Patrick Bernié, lui, a obtenu un poste de maire. L’Aveyronnais natif de Saint-Geniez-d’olt, petit-fils d’un immigré espagnol parti travailler dans les mines à Decazeville et d’un couple d’agriculteurs, pensait profiter d’une retraite paisible à Lanuéjouls, où il s’était installé par hasard quatorze ans plus tôt.

Et ce d’autant qu’il avait enchaîné partout en France des postes à responsabilités dans le droit du travail et dans les hautes fonctions de l’État. Il a d’ailleurs la manie des hauts fonctionnaires à écrire son CV sur sept pages, quand dans le privé, on en demande une seule par visibilité. On retiendra qu’il a commencé comme contrôleur du travail, a monté le premier groupement d’employeur en Aveyron avec José Bové, a lutté contre l’esclavagisme de la main-d’œuvre et le blanchiment d’argent.

En 2014, il fait part de son envie de devenir sous-préfet pour “élargir mes fonctions”. Il travaille avec la police, les élus, mobilise tous les services. “Ça compte quand on est maire”. Il achève sa carrière préfectorale à Saint-Barthélemy et Saint-Martin, notamment pour combattre le narcotrafic. De ces îles paradisiaques, il reconnaît que “c’était très sympa, surtout l’accueil des gens à saint-Martin”, enchaînant vite sur ses missions menées. Le retour à Lanuéjouls se fait sans regrets, “je préfère le froid”.

La difficulté de monter une liste

Et c’est comme ça qu’il se retrouve à “promener le chien le matin, comme d’habitude. J’aime la lumière à ce moment-là, je préparais d’ailleurs un livre de photos sur cette lumière. Je croise une personne qui me dit : Vous avez été sous-préfet, vous ne voulez pas candidater comme maire ? J’ai été surpris qu’il était au courant. Je n’étais jamais là, et j’ai toujours été discret sur mon travail”, raconte-t-il. Benoît Garric a décidé, en effet, de ne pas se représenter à la mairie.

Habitué aux responsabilités, Patrick Bernié, 66 ans, ne tergiverse pas : “Tout compte fait, pourquoi ne pas être au service de la commune ?”. D’emblée, il part à la rencontre du maire sortant. “Je voulais être sûr qu’il n’y avait pas d’autres candidats, sinon, je me retirais”.

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Une réunion publique est organisée. Ils ne sont en tout que… sept. Quand certains se seraient montrés désabusés, lui y voit un signe. “On était sept, le septuor ! Et en plus, deux conseillers municipaux repartaient”. Il n’empêche, l’équipe éprouve des difficultés à trouver suffisamment de colistiers. “J’étais content car on a deux jeunes de 18 ans”. La liste sans étiquette est enfin complète, elle s’intitule “Lanuéjouls, l’énergie du bien vivre”. “Il y a toutes les générations, des professions différentes”.

Avec une seule liste aux élections municipales, forcément, “les jeux sont faits”, reconnaît Patrick Bernié, “mais je crois qu’on a réussi à instaurer un principe de confiance”. Le taux de participation affiche 66,21 %. Les quinze conseillers élisent “à l’unanimité” l’ancien sous-préfet tête de liste comme maire. Lui n’était sûr de rien : “Je n’arrêtais pas de dire aux colistiers, ça se trouve, vous allez élire quelqu’un d’autre”, dit-il en riant.

À la vice-présidence de l’intercommunalité

Au regard de son parcours, il y a de quoi s’étonner qu’il n’ait pas choisi une commune plus importante pour candidater. Comme Villefranche-de-Rouergue. Ou briguer la présidence de l’intercommunalité Plateau de Montbazens. Voire un poste de député ou de conseiller régional. “Je sais, tout le monde me dit ça, mais j’ai souhaité prendre la mairie de Lanuéjouls”.

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Il a tout de même négocié le poste de vice-président à l’économie. “Lanuéjouls est la deuxième commune de l’intercommunalité, il faut bien que l’on pèse dans l’économie. Et puis, j’aimerais que l’on étende mon projet de territoire à la communauté de communes, dans une logique de développement local. Il y a une zone artisanale qui n’est pas totalement occupée”.

De grands projets, mais aussi des préoccupations très locales qui font désormais partie de son quotidien. L’ancien sous-préfet a ainsi dû gérer un conflit de voisinage pour une haie non taillée. “On a instauré une médiation”. Patrick Bernié s’adapte à tout.

Les orientations du maire

– Rendre le territoire attractif en renforçant l’économie, les services, la culture et les aides aux associations.

– Maintenir le niveau de population par la vente de foncier, un projet de lotissement est en cours, un second sur un terrain d’1,8 hectares est envisagé.

– Recruter un dentiste, qui pourra s’installer dans la maison de santé ou un local municipal disponible.

– Construire une salle des fêtes.

– Sécuriser la route départementale 1, qui traverse le village de Rodez à Villefranche, empruntée par 6 000 à 7 000 véhicules par jour.

– Pas d’augmentation de la fiscalité, ni de recours à l’emprunt.

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