Selon les informations de Reuters, l’ambassadeur des États-Unis à Paris et son équipe ont rencontré des cadres du RN en préparation de la prochaine présidentielle. Lors de cet échange, les projets économiques du Rassemblement national pour la France ont déplu aux représentants américains, inquiets pour les grandes entreprises et investisseurs français. Un revers dans la relation entre Trump et le RN : il y a à peine un an, le président américain avait dénoncé les condamnations à l’encontre de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires du parti au Parlement européen.
Charles Kushner, l’ambassadeur des États-Unis en France, et son équipe se préparent déjà aux élections présidentielles de 2027. Le représentant américain, père du gendre de Donald Trump, a en effet rencontré plusieurs candidats, selon les informations de Reuters, dont Marine Le Pen avec Jordan Bardella.
Mais le programme économique avancé par le RN laisse perplexes les membres de l’ambassade américaine. “Bien qu’aucun des candidats rencontrés ne les ait particulièrement convaincus, les points de vue du RN sur la manière de réduire un déficit abyssal, d’obtenir des investissements américains et de relancer l’économie étaient une source d’inquiétude”, a indiqué Reuters grâce aux communications de plusieurs sources.
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Ce constat se base aussi sur les inquiétudes partagées par plusieurs membres des hautes sphères de l’économie française, qui s’interrogent sur les capacités du RN à gouverner la deuxième économie européenne. En effet, plusieurs chefs d’entreprise ont déclaré à Reuters leurs inquiétudes, “Le Pen étant perçue comme une populiste dépensière et Bardella cherchant à tracer une voie plus favorable aux entreprises”.
Un des points de friction serait la politique interventionniste prévue par le Rassemblement National. En effet, le parti aurait une priorité : augmenter le pouvoir d’achat à travers la baisse des impôts, la baisse des dépenses publiques, la baisse de la contribution française à l’UE et la restructuration de la sécurité sociale pour les citoyens français. Les représentants américains auraient aussi été interpellés par “une combinaison de messages contradictoires” en ce qui concerne l’avenir de la réforme des retraites de 2023, mais aussi la méthode pour réduire le déficit.
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Autre point crispant les représentants américains : les députés du groupe RN ont voté unanimement l’amendement budgétaire concernant une taxe sur les services numériques (ou “taxe Gafam”) à laquelle les États-Unis se sont fortement opposés. En effet, cette taxe de 6 % viserait notamment les géants du numérique américain.
Pour autant, le RN cherche bien à se normaliser, notamment sur ses positions économiques. Le Pen a en effet reçu le 7 avril dernier plusieurs grands PDG, comme ceux de LVMH, Renault, TotalEnergies, AXA… Le but serait de dissiper “les caricatures souvent dressées de notre programme, qui est en réalité le programme le plus favorable à la croissance et aux entreprises de tout l’échiquier politique”, a affirmé Jordan Bardella, le président du parti.
Trump avait soutenu Le Pen en mars 2025
Ces désaccords sur ces questions économiques pourraient conditionner le soutien américain envers le parti d’extrême droite, alors qu’en mars 2025, le président des États-Unis Donald Trump s’était offusqué des condamnations du tribunal de Paris à l’encontre de l’ex-présidente du Rassemblement National.
Pour rappel, elle avait été reconnue coupable de détournements de fonds publics dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaires du Front National au Parlement européen. Elle a été condamnée à une amende de 100 000 euros, à quatre ans de prison dont deux ferme, ainsi qu’à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire. Mais elle a fait appel de cette décision, ce qui lui permet de rester députée en attendant un jugement en seconde instance.
Le président des États-Unis Donald Trump avait à l’époque comparé cette condamnation à une “chasse aux sorcières”. “Libérez Marine Le Pen !” avait-il écrit dans un post sur son propre réseau Truth Social. “Elle a essuyé des échecs, mais elle a continué et, maintenant, juste avant ce qui serait une grande victoire, ils s’en prennent à elle sur une accusation mineure dont elle ne savait probablement rien – cela ressemble pour moi à une erreur comptable”, avait ajouté Donald Trump dans le même post du 3 avril 2025.

