April 17, 2026

Hausse des prix des matériaux et des carburants : pourquoi le secteur du BTP est sous pression dans les Hautes-Pyrénées

l’essentiel
Le BTP des Hautes-Pyrénées subit de plein fouet la flambée des matériaux et du carburant. Marges rognées, trésoreries sous tension, les entreprises s’adaptent sans céder à la panique et misent sur la solidarité pour tenir.

Dans les Hautes-Pyrénées, le secteur du BTP traverse une nouvelle zone de turbulences. En cause, la hausse des prix des matériaux et du carburant, dans un contexte international tendu depuis le conflit au Moyen-Orient. Si l’inquiétude est bien réelle, Pierre Duplaa, président de la Fédération du BTP 65, et Jean-Denis Brau, secrétaire général, refusent de céder à l’alarmisme.

Pierre Duplaa, chef d’entreprise en génie climatique, estime que certaines hausses de matériaux apparaissent difficilement justifiables. “On a vu des augmentations appliquées en quelques jours sur des stocks produits il y a plusieurs mois.” Face à ces pratiques, la Fédération du BTP 65 a également interpellé les industriels pour réclamer davantage de transparence et des délais raisonnables pour lisser cette hausse de prix.

Car sur le terrain, les entreprises sont prises en étau. Les devis sont souvent établis plusieurs mois avant le début des chantiers, rendant impossible toute répercussion immédiate des hausses. Selon la Fédération Française du Bâtiment au niveau national, certaines augmentations récentes atteignent + 10 à + 20 % sur les matériaux liés au pétrole (plastiques, isolants, polystyrène), et jusqu’à + 30 % pour les produits bitumineux d’étanchéité. “Avec des marges autour de 2 %, absorber ces augmentations n’est pas tenable”, souligne Pierre Duplaa. Résultat : ce sont les trésoreries qui encaissent le choc.

Des engins gourmands en carburant

Les produits bitumineux connaissent une augmentation de près de 30 % selon les chiffres communiqués par la Fédération Française du Bâtiment.
Les produits bitumineux connaissent une augmentation de près de 30 % selon les chiffres communiqués par la Fédération Française du Bâtiment.
DDM archives. – LAURENT DARD

À cette pression s’ajoute celle du carburant. Dans un secteur par nature non sédentaire, où les déplacements sont constants, l’impact est direct. “Tous nos métiers impliquent de bouger. Aller sur chantier, transporter du matériel, intervenir chez les clients”, rappelle Jean-Denis Brau. La hausse du carburant non routier, parfois supérieure à 40 %, pèse lourdement, d’autant que certains fournisseurs appliquent désormais des surtaxes.

Dans les travaux publics comme dans le bâtiment, les effets varient. Les engins de chantier, très gourmands en carburant, amplifient la facture dans le BTP, tandis que dans le second œuvre, les déplacements fréquents des équipes deviennent le principal poste de dépense. “Sur une entreprise moyenne, une hausse de 30 % du carburant, c’est colossal”, insiste Pierre Duplaa.

Malgré ce contexte, les professionnels appellent à ne pas bloquer les projets. Le secteur sort déjà fragilisé des élections municipales, période traditionnellement creuse, et observe une baisse des carnets de commandes. Sans compter l’élection présidentielle qui se profile. “Si on arrête la machine, c’est tout le tissu local qui est en danger”, alerte le président de la Fédération du BTP 65.

Un secteur résilient

Pour l’instant, les entreprises absorbent une grande partie des hausses pour rester compétitives. “Si on répercutait tout, certains marchés ne se feraient plus”, reconnaît Jean-Denis Brau. Mais cette autorégulation a un coût, car elle fragilise durablement les structures, déjà éprouvées par les crises successives depuis le Covid.

La fédération plaide donc pour une répartition plus équilibrée des efforts. Compréhension des maîtres d’ouvrage, responsabilité des industriels, vigilance sur les appels d’offres… Chacun a un rôle à jouer. Pierre Duplaa insiste également sur l’importance de soutenir les entreprises locales, dans un département rural où chaque euro investi génère des retombées économiques directes.

“Oui, c’est difficile. Mais notre secteur est résilient”, assure-t-il. Pour les acteurs du BTP, la clé réside dans la solidarité. Maintenir l’activité et “se serrer les coudes” pour passer la vague. Une condition essentielle pour préserver un tissu économique local déjà sous pression, mais déterminé à tenir.

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