La pénurie d’œufs en France touche aussi le Lot où la consommation a bondi de 30 %. Les grandes surfaces sollicitent donc les petits producteurs lotois. Entre normes strictes et production locale limitée, une éleveuse se dit prête à se développer, à condition que les consommateurs jouent le jeu. Explications.
Le rayon de ce supermarché de Cahors semble bien vide. Depuis un an, il devient de plus en plus difficile pour de nombreux Lotois de se procurer des œufs. Cette pénurie surprend par sa longueur et le fait qu’elle frappe un produit pourtant essentiel de la consommation française. Depuis près de deux ans, Delphine Fougères, éleveuse de poules pondeuses à Thédirac, voit la demande exploser.

30 % de consommation en plus : les œufs viennent à manquer
Face à l’explosion de la demande, elle peine à suivre la cadence. Dans sa petite exploitation, elle ne produit qu’en bio et écoule ses stocks en vente directe, sur les marchés ou à la ferme : “J’ai la chance de m’appuyer sur une clientèle régulière et que je connais, mais la réalité est là : la consommation d’œufs a augmenté de 30 %. Ce n’est pas un problème méconnu, car nous avions eu le même lors de la pandémie de Covid. Le souci, c’est de pouvoir suivre la courbe de la demande et c’est là que cela devient compliqué”, analyse l’agricultrice.
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La faute à des normes trop contraignantes. Pour pouvoir vendre sa production en gros, Delphine Fougères devrait investir dans un centre d’emballage des œufs. Ce dispositif est obligatoire pour garantir leur calibrage et ne pas fausser le produit fini vendu dans les rayons des grandes surfaces. “Certaines enseignes m’ont déjà contactée pour me demander de leur livrer mes produits, mais je ne peux pas financer un tel outil. Je n’ai qu’entre 130 et 160 poules et ce genre d’investissement n’est rentable qu’à partir de 1 000 poules”, regrette l’éleveuse.

Consommer local, une solution miracle ?
Dans le Lot, ils ne sont que cinq à dépasser ce quorum : “Cinq producteurs pour un département entier, ce n’est clairement pas suffisant pour tenir la cadence”, poursuit Delphine Fougères. Le résultat est là : les rayons d’œufs sont vides et la demande est pourtant toujours aussi forte. Mais quelle solution pourrait être apportée ?
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Delphine Fougères a sa petite réponse : se réorienter vers le local. “Nous sommes très nombreux à avoir nos petites exploitations. Si les gens avaient le réflexe de venir nous voir, nous pourrions éventuellement penser à nous agrandir.” Une démarche à l’initiative du consommateur, donc, mais qui n’exclut pas le producteur de l’incitation : “Peut-être devrions-nous aussi financer notre propre publicité ?”, s’interroge la productrice. C’est une question à laquelle il faudra répondre dans les prochains mois.
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