April 15, 2026

Colère des agriculteurs : blocage d’un dépôt par la CR, action des JA à Toulouse… la mobilisation reprend-elle en Haute-Garonne ?

l’essentiel
Rencontre avec les services de l’État à Toulouse, coup de pression à Lespinasse : ce mardi 14 avril, deux mobilisations agricoles simultanées ont éclaté en Haute-Garonne. Si la forme diffère, le fond reste inchangé : des exploitants à bout, en quête de réponses.

9 h 45, place Émile-Blouin, dans le quartier Guillaumet à Toulouse. Devant la cité administrative, plusieurs camions de police sont déjà en place. Une dizaine de CRS surveillent les abords. Mais pour l’heure, pas d’agriculteurs à l’horizon.

Quelques minutes plus tard, un petit groupe des Jeunes Agriculteurs (JA31) arrive, sans heurts. “On sera une vingtaine maximum, avec un tracteur”, annonce calmement Vincent Delaux, casquette rouge vissée sur la tête. L’ambiance est posée, presque détendue. “On n’est pas là pour embêter ou foutre le bordel”, insiste-t-il.

Un tracteur est finalement autorisé à stationner devant l’entrée, malgré l’interdiction préfectorale. Pendant que certains déchargent croissants et jus d’orange, une délégation de quatre agriculteurs est reçue à la Direction départementale des territoires (DDT). À l’intérieur, les discussions portent sur des sujets bien connus : hausse du GNR, explosion du coût des engrais, trésoreries fragilisées…

Malgré l’interdiction préfectorale, un tracteur a été installé devant la cité administrative, à Toulouse.
Malgré l’interdiction préfectorale, un tracteur a été installé devant la cité administrative, à Toulouse.
DDM – FREDERIC SCHEIBER

“Le carburant a plus que doublé : en quelques mois, on est passé de 0,60 à 1,70 euro”, déplore Dimitri Lobera, exploitant à Castelnau-d’Estrétefonds. “La survie de nos exploitations se joue ici.”

À 11h15, la délégation ressort. “Ils ont entendu, ils vont faire remonter”, résume Tristan Fava d’Albert. Mais sur le fond, les attentes restent fortes : “Ce qu’on veut, c’est de la lisibilité. Les annonces ne sont pas suffisantes.”

À Lespinasse, une colère plus visible

À moins d’une vingtaine de kilomètres de là, le ton est tout autre. Midi, rond-point du dépôt TotalEnergies à Lespinasse. Une quarantaine d’agriculteurs de la Coordination Rurale (CR31) occupent les lieux depuis la nuit. Huit tracteurs, des remorques, des pneus et des gravats déposés devant l’entrée : le décor est plus tendu.

Un petit feu crépite au centre du giratoire. Les klaxons résonnent, mais l’ambiance reste paradoxalement calme. “Beaucoup de gens sont résignés, on ne voit plus le bout du tunnel”, souffle un agriculteur.

Les agriculteurs de la Coordination rurale de Haute-Garonne ont occupé le rond-point non loin du dépôt TotalEnergies de Lespinasse.
Les agriculteurs de la Coordination rurale de Haute-Garonne ont occupé le rond-point non loin du dépôt TotalEnergies de Lespinasse.
DDM – MARC SALVET

Face à eux, un important dispositif de forces de l’ordre. Boucliers en main, les CRS sécurisent surtout l’entrée d’un dépôt TotalEnergies. “Un déploiement disproportionné”, estime Véronique Rousseau, maire de Labastide-du-Salat, venue afficher son soutien. “La colère est toujours là, elle n’est pas éteinte.”

Malgré la période des semis, la mobilisation tient. Les agriculteurs se disent prêts à rester “jusqu’à être reçus”. En coulisses, des négociations s’engagent.

Une mobilisation qui couve

Finalement, vers 14 heures, les agriculteurs lèvent le camp. Ils ont obtenu un rendez-vous avec le préfet dans la semaine. Un premier pas, mais loin d’un apaisement.

Sur le terrain, le constat est le même. “On n’a pas assez de revenus pour vivre décemment”, résume un exploitant. Et malgré des mobilisations moins massives qu’en début d’année, la détermination reste intacte.

Reste une question, en suspens : ces actions ponctuelles sont-elles les prémices d’un nouveau mouvement d’ampleur ? Dans les champs comme sur les ronds-points, la colère, elle, ne semble pas retombée.

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