De coups de théâtre en alliances de circonstance, la séance de ce lundi 13 avril 2026 au conseil départemental de Tarn-et-Garonne a débouché sur une situation inédite : un président de droite, Jean-Claude Bertelli, élu au bénéfice de l’âge face à Valérie Rabault… et, deux heures plus tard, pour l’élection des neuf vice-présidents, une victoire de la liste de gauche. La cohabitation semble impossible.
En matière de suspense et de rebondissements, on a été servis. L’assemblée plénière du conseil départemental de Tarn-et-Garonne, réunie ce lundi 13 avril 2026 à Montauban pour élire un successeur à Michel Weill, le président radical démissionnaire, a choisi un président de droite, Jean-Claude Bertelli, 76 ans, élu au bénéfice de l’âge face à la socialiste Valérie Rabault… avant, deux heures plus tard, de donner la majorité absolue des suffrages (15 sur 29 votes) à la liste de gauche présentée par Mme Rabault pour désigner les neuf vice-présidents. Voilà donc le Tarn-et-Garonne dans un scénario de blocage institutionnel, car on imagine mal une cohabitation.
“C’est quelque chose d’exceptionnel. Un président élu de droite et tout l’exécutif qui est à gauche, on verra bien ce que la suite va donner”, confiait José Gonzalez, président du groupe des Radicaux et apparentés. C’est lui qui avait ouvert la séance, à 9 h 35, en tant que doyen de l’assemblée. Sans se douter de ce qui allait se passer au cours de cette folle séance, José Gonzalez avait évoqué “un choix qui engage notre crédibilité et je parle de la crédibilité de chacun d’entre nous. Faisons les choses avec dignité, respect, avec le sens de l’intérêt général, tout cela pour le Tarn-et-Garonne”.

Un 1er tour de scrutin qui n’a pas éclairci le paysage
Un avis de sage que tous les conseillers n’ont pas suivi. Le premier tour de scrutin n’a guère éclairci le paysage politique avec cinq candidats, dont trois issus de la majorité de gauche sortante : Valérie Rabault et Jean-Claude Bertelli faisaient la course en tête avec huit voix chacun, devant Clarisse Heulland et José Gonzalez (six voix) et une seule voix pour Jean-Luc Deprince, président par intérim depuis la démission de Michel Weill.
Au second tour, le Beaumontois se retirait tout comme Clarisse Heulland. Ne restaient donc plus en course que Jean-Claude Bertelli, Valérie Rabault et José Gonzalez. Le premier réunissait quatorze suffrages… à deux voix de la majorité absolue. Valérie Rabault obtenait huit voix et José Gonzalez sept, puisqu’un vote blanc a été comptabilisé. De longues tractations allaient débuter entre socialistes et radicaux. Objectif : choisir le meilleur candidat pour que la gauche conserve le département.
“Les socialistes ont absolument voulu prendre la présidence aux Radicaux. Il se trouve qu’il y a eu des dissensions au sein des Radicaux mais aussi des trahisons. Alors que notre candidat, José Gonzalez, l’aurait emporté, nous avons perdu le département après avoir perdu Montauban dans des circonstances assez similaires. Au bénéfice de l’âge, la présidence revient à la droite. Mais au moment où il a fallu élire les vice-présidents, l’alliance PS/PRG a fonctionné si bien qu’on se retrouve avec un président de droite et un exécutif de gauche”, analysait Jean-Michel Baylet, quelques minutes après la fin de la séance.
Lopez, Bésiers et Descazeaux ensemble
Le 3e tour du scrutin pour la présidence avait fait monter la tension dans l’hémicycle avec un duel entre Jean-Claude Bertelli et Valérie Rabault se soldant par un match nul, 15-15, remporté donc au bénéfice de l’âge par le conseiller du canton Quercy-Aveyron. Dans le décompte, on constatait que l’ancien maire de Réalville avait bénéficié des voix du RN Romain Lopez, du maire centriste de Castelsarrasin Jean-Philippe Bésiers et du conseiller divers gauche de Montauban 1 Ghislain Descazeaux, candidat sur une liste LFI aux dernières municipales dans la cité d’Ingres.

“J’ai bien conscience de la lourdeur de la tâche qui m’attend”, déclarait le nouveau président, ajoutant qu’avec lui “il n’y aura pas de révolution ni de promesse intenable”. Prenant acte du résultat, “une égalité parfaite”, Valérie Rabault ajoutait : “C’est toujours très sain d’avoir un vote et il ne faut jamais avoir peur de passer devant un vote. J’ai toujours travaillé dans l’intérêt du département et je suis très attachée à ce qu’il continue à avancer”.
“Vous avez choisi de faire une liste qui va de LFI au RN. Là, c’est de la politique tambouille, qui n’a plus de cap, plus de boussole” (Valérie Rabault).
En politique, on sait que le vent peut très vite tourner. Après la “trêve culinaire” au château Montauriol, les hostilités reprenaient à 15 h 25 avec l’élection des vice-présidents. Face à face, la liste de Valérie Rabault sur laquelle socialistes et radicaux avaient réussi à s’entendre cette fois et une liste “attrape-tout” menée par Jean-Philippe Bésiers qui, quelques jours après avoir combattu l’extrême droite pour conserver in extremis sa mairie de Castelsarrasin, se retrouve avec le maire RN de Moissac Romain Lopez. Tout aussi étonnante, la présence sur cette liste de Ghislain Descazeaux et du maire de Labastide-Saint-Pierre Jérôme Beq, qui a donc changé de camp… pour la 4e fois, qui dit mieux ?
De quoi faire sortir Dominique Sardeing de ses gonds. Interpellant le nouveau président, elle lançait : “Jean-Claude, le RN et Descazeaux sur la même liste, je n’en dirai pas plus”. Valérie Rabault renchérissait : “L’élection, c’est toujours un moment de vérité. On ne peut pas tricher. Vous avez choisi de faire une liste qui va de LFI au RN. Là, c’est de la politique tambouille, qui n’a plus de cap, plus de boussole.”

Liliane Morvan devait être du même avis, car, ayant dans un premier temps donné procuration à son binôme Ghislain Descazeaux, elle la lui a retirée en séance pour marquer son désaccord avec cette alliance de circonstance. Vingt-neuf votants au lieu de trente et un score de 15-14 pour la liste de Valérie Rabault. Outre une vice-présidence et l’indemnité qui va avec, Jérôme Beq a perdu pas mal de crédibilité politique dans l’affaire. Quant à Jean-Claude Bertelli, on se demande dans quelles conditions il va pouvoir exercer sa présidence. Des rumeurs de démission du nouveau président bruissaient déjà ce lundi soir, à l’hôtel du Département.
Les 9 vice-présidents élus
La liste présentée par Valérie Rabault pour les 9 postes de vice-présidents se compose de : Emmanuel Cros, Marie-Claude Nègre, José Gonzalez, Cathie Bourdoncle, Michel Weill, Christiane Le Corre, Jean-Luc Deprince, Dominique Sardeing et Alain Belloc. Cette liste PS/PRG a obtenu 15 voix, soit la majorité des suffrages exprimés (29). La liste présentée par Jean-Philippe Bésiers et qui comprenait aussi Clarisse Heulland, Jérôme Beq, Elisabeth Castagné, Romain Lopez, Véronique Colombié, Christian Astruc, Any Delcher et Ghislain Descazeaux, a obtenu 14 voix.

