April 11, 2026

Forges de Tarbes : Europlasma veut céder son pôle Défense pour 150 millions d'euros, une opération sous conditions dans un secteur stratégique

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La cession du pôle Défense envisagée par Europlasma marque un tournant pour l’industrie militaire française et les Forges de Tarbes. Le groupe landais prévoit de vendre ses activités dont le site tarbais pour 150 millions d’euros d’ici octobre à un investisseur français. Voilà tout ce qu’il faut savoir.

C’est par un communiqué de presse que le groupe Europlasma est sorti de son silence ce vendredi. Soit un peu plus d’une semaine après avoir été entendu par la commission d’enquête parlementaire, dans le cadre de son travail sur “la prédation des fonds spéculatifs sur notre tissu industriel”. Aujourd’hui, le groupe basé dans les Landes et propriétaire notamment depuis 2021 des Forges de Tarbes, dernier bastion de l’industrie militaire à l’Arsenal, avec KNDS (ex-Nexter), a annoncé “avoir conclu un accord d’exclusivité avec un investisseur français (non divulgué) en vue de la cession de ses activités liées à la Défense pour un montant de 150M€”.

Cession au plus tard en octobre

Le groupe poursuit : “Le Pôle Défense d’Europlasma regroupe les activités de développement, de production et de commercialisation de corps creux d’obus de moyens et gros calibres (dont les Forges de Tarbes ou la Fonderie de Bretagne). La réalisation de l’opération est subordonnée à la levée de conditions suspensives usuelles, précise le communiqué. La période d’exclusivité jusqu’au 25 mai 2026 pourra être prolongée d’un mois, le closing de l’opération de cession est prévu au plus tard le 15 octobre prochain.”

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L’entreprise Europlasma ne précise pas les sites concernés mais présente les Forges de Tarbes comme “la seule forge capable d’assurer la production de corps creux de grandes dimensions en France”, avec notamment pour client le groupe franco-allemand de défense KNDS et voisin des Forges sur le site de l’Arsenal à Tarbes.

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Dernièrement, la CGT s’était inquiétée après que la production du site a été freinée voire stoppée. “L’an dernier 150 000 corps d’obus devaient sortir du site, mais il n’y en a eu que 70 000 de produits, pointait José Navarro. On est loin de la communication et des annonces du groupe. La production a été à l’arrêt en ce début de mois, les contrats intérimaires suspendus. Pourquoi le site n’arrive-t-il pas à se procurer suffisamment d’acier ? Est-ce un problème financier alors que la trésorerie fait état de – 3 M€ en 2024 ? Il faut qu’Europlasma réponde…”

Un groupe en difficulté

Europlasma avait communiqué fin octobre des résultats financiers dans le rouge pour le premier semestre 2025 : plus de 27 M€ de pertes nettes pour un peu moins de 33 M€ de chiffre d’affaires, et un excédent brut d’exploitation, indicateur de rentabilité, négatif à près de 11 M€. La société n’a pas encore communiqué sur ses résultats annuels 2025, plus de trois mois après la fin de l’exercice.

Ce, sur un secteur stratégique et sensible, et alors que le carnet de commandes des Forges de Tarbes s’était considérablement rempli à la faveur de plusieurs contrats sur fond de conflits internationaux. Il y a un an, l’État, par l’intermédiaire de la Direction générale de l’armement, avait octroyé une enveloppe de 1,4 M€ au groupe Europlasma, soit près de 7,1 M€ consentis au total pour la fabrique française. Avec pour objectif, la montée en cadence en vue de produire 160 000 corps d’obus creux par an.

« Si Europlasma vend, c’est parce qu’il arrive au bout de sa logique… »

À la CGT, José Navarro suit avec attention la situation des Forges de Tarbes et d’Europlasma. « En interne, cette annonce a été vécue avec soulagement, dans une entreprise où il n’y a plus de délégué syndical en raison des pressions. Là, Europlasma vend parce qu’il arrive au bout de sa logique. Face aux accusations de la commission d’enquête parlementaire, il a décidé de céder. Mais au point de vendre tout, y compris des projets pas même sortis de terre. Et dans le même temps, suite à cette annonce, l’action Europlasma a augmenté de 200 % à la bourse, alors l’autorité des marchés financiers aurait dû suspendre sa cotation. C’est un scandale. Nous sommes révoltés car nous n’avons cessé d’alerter les pouvoirs publics sur le fait qu’Euoplasma ne présentait aucune garantie, n’honorant pas les commandes, ni les investissements annoncés. Mais les autorités sont restées sourdes à nos alertes. » Pressenti pour la reprise, KNDS tiendrait les faveurs. « Mais pas à n’importe quel prix. Il est hors de question que, via KNDS, l’État, qui a beaucoup avancé pour Europlasma, paye 150 M€ pour des escrocs. »

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