January 1, 2026

Dermatose nodulaire : "Les papys font de l’assistance"… Un vétérinaire sort de sa retraite pour vacciner les élevages

l’essentiel
La menace de la dermatose nodulaire contagieuse dans le Gers pousse un vétérinaire de 74 ans à reprendre du service. Ce praticien a déjà vacciné mille bovins pour endiguer l’épizootie.

Face au flot d’approximations qui circulent autour de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) des bovins, Didier Villate, vétérinaire retraité, adjoint au maire chargé de l’agriculture et des marchés, a choisi de répondre par l’action. À 74 ans, il a repris la seringue. “Les papys font de l’assistance”, résume-t-il avec une pointe d’ironie, mais le regard est grave.

Retraité depuis 2021, il n’a pas supporté de rester spectateur face à la menace qui pèse sur les élevages. Il a donc sollicité et obtenu l’aval de l’Ordre des vétérinaires afin de participer à la campagne de vaccination. “Je ne pouvais pas rester inactif. Je me suis réinscrit pour vacciner contre la DNC. Il faut protéger le cheptel au plus vite”, explique-t-il, visiblement éprouvé. Les traits tirés, le visage amaigri, il s’investit sans compter. Il est déterminé.

“La seule solution, c’est une vaccination massive et rapide”

En Occitanie, le cheptel bovin compte environ 550 000 têtes. À ce jour, 300 000 doses de vaccin ont été administrées. Insuffisant, alerte le praticien, qui s’appuie sur les avis des scientifiques spécialistes de la maladie, dont celui du professeur François Schelcher, enseignant-chercheur en pathologie du bétail à l’École nationale vétérinaire de Toulouse. “La seule solution, c’est une vaccination massive et rapide pour atteindre une immunité collective”, martèle Didier Villate. L’objectif est clair : 80 % des animaux vaccinés pour espérer juguler l’épidémie. On en est encore loin. Malgré la mobilisation des vétérinaires et des bonnes volontés habilitées, le manque de bras demeure criant et la tâche colossale.

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Avant d’intervenir dans le Gers, Didier Villate a vacciné 500 vaches dans l’Aude. Depuis, il poursuit son labeur dans le Savès, auprès de son ancienne clientèle. Mille bovins ont déjà reçu le vaccin sous sa main. Il reprendra dès samedi pour traiter les trois cents bêtes restantes, avant de se rendre dans d’autres départements si nécessaire.

Didier Villate a déjà vacciné plus de 1 000 bovins.
Didier Villate a déjà vacciné plus de 1 000 bovins.
DDM – MA

Il agit en lien étroit avec Hervé Lefebvre, maire de Samatan et professeur de physiologie au département de physiologie et thérapeutique de l’ENVT. Ensemble, ils mènent aussi un travail de pédagogie auprès des éleveurs. “Ce n’est pas facile à entendre, mais il est indispensable de comprendre comment le virus circule pour pouvoir l’arrêter”, insiste le vétérinaire. Malgré une contestation agricole parfois vive, il assure être très bien accueilli. “Ici, ils me connaissent. Ils savent combien cela me tient à cœur.”

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Didier Villate rappelle les bases scientifiques : “La DNC est une maladie virale grave, transmise par des insectes piqueurs, des arthropodes hématophages, notamment les stomoxes, ces mouches qui se nourrissent de sang. Elle est endémique depuis longtemps en Afrique australe, où une immunité collective s’est installée. Là-bas, on vaccine dès l’apparition des cas, sans recourir à l’abattage.”

“C’est toujours l’intérêt général qui doit primer”

La maladie a gagné l’Europe du Sud sous l’effet combiné du réchauffement climatique et des déplacements touristiques et commerciaux. “Selon le concept One Health, la santé de l’environnement, des animaux et des humains est étroitement liée”, rappelle-t-il. En Europe, le bétail n’a jamais été exposé à ce virus, d’où la flambée actuelle. Le point crucial, souvent mal compris, reste le temps d’incubation, d’une à cinq semaines : “Une vache peut être contagieuse sans présenter de symptômes. Il existe aussi des animaux infectés inapparents. Le virus est présent dans toutes les excrétions. Sans vaccination, la propagation de troupeau à troupeau est inévitable.”

Pour être efficace et gagner la partie, quand on vaccine un troupeau, il faut compter trois semaines pour que l’immunité soit faite et poursuivre en confinant le cheptel pendant deux mois, à compter du jour de la vaccination. “À ce prix-là, on gagne la partie.” D’où l’urgence absolue : vacciner vite, partout, avec le maximum de vétérinaires mobilisés. “C’est toujours l’intérêt général qui doit primer”, conclut Didier Villate, avant de repartir sur les routes, seringue en main.

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