Des Iraniens dans la rue après l’annonce du cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, à Téhéran, le 8 avril 2026. STR/AFP
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Si un cessez-le-feu temporaire de deux semaines entre les Etats-Unis et l’Iran, en contrepartie d’une réouverture du détroit d’Ormuz, a été annoncé dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 avril, la perspective d’une paix durable n’en reste pas moins fragile. Pour préparer les pourparlers prévus entre les deux pays au Pakistan vendredi 10 avril, Téhéran a proposé un plan en 10 points au président américain Donald Trump pour parvenir à la fin de la guerre. Le texte pourrait servir de base à d’éventuelles négociations, mais il comporte plusieurs points de blocage que Washington a jugé irréalisables par le passé notamment à propos de l’enrichissement d’uranium.
• La cessation de tous les combats, y compris au Liban
Sans surprise, ce plan requiert la cessation de combats. Selon la version diffusée par les médias iraniens, « les Etats-Unis doivent s’engager à garantir, en principe, la non-agression ». Le texte comprend aussi le « retrait des forces de combat américaines de la région » ainsi que la « cessation de la guerre sur tous les fronts, y compris contre l’héroïque résistance islamique au Liban ».
Mais pour Israël, qui a dit « soutenir » la décision américaine de suspendre les frappes contre l’Iran pendant deux semaines, cet accord « n’inclut pas » le pays du Cèdre, où opère le Hezbollah pro-iranien. L’Etat hébreu a au contraire intensifié ses bombardements, annonçant ce mercredi avoir mené sa « plus grande frappe coordonnée » depuis le début du conflit.
• Le détroit d’Ormuz contrôlé par Téhéran
Alors que le bras maritime, où transite en temps de paix un cinquième du pétrole et du gaz naturel mondiaux, doit rouvrir durant le cessez-le-feu, le plan avancé par Téhéran comporte, d’après l’agence de presse iranienne Tasnim et la chaîne d’informations américaine en continu CNN, « le maintien du contrôle de l’Iran sur le détroit d’Ormuz ». Le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi, a également affirmé sur le réseau X que l’armée iranienne coordonnera le passage par ce corridor stratégique pendant la trêve.
Téhéran a toutefois ajouté qu’en cas d’échec des négociations, l’Iran se réserverait le droit de bloquer à nouveau le détroit.
• La question sensible de l’enrichissement de l’uranium iranien
La République islamique a exigé dans son plan que le droit « à l’enrichissement d’uranium » soit accepté dans le cadre de son programme nucléaire. Un point sujet à des crispations, alors que l’administration Trump réclame de longue date la fin du programme nucléaire iranien. L’enrichissement de l’uranium était d’ailleurs l’une des raisons invoquées par les Etats-Unis et Israël pour justifier le début des frappes au Moyen-Orient le 28 février.
Interrogé sur le sujet par l’Agence France-Presse dans la foulée de l’annonce d’un accord de cessez-le-feu, Donald Trump a affirmé que la question de l’uranium iranien « sera parfaitement réglée » durant la trêve. « Sinon je n’aurais pas accepté », a-t-il ajouté. Mercredi après-midi, le président américain a réaffirmé qu’il n’y aurait « pas d’enrichissement d’uranium » en Iran et que les Etats-Unis allaient « travailler » avec Téhéran pour extraire de la « “poussière” nucléaire » enfouie « profondément », évoquant visiblement les conséquences des frappes américaines de juin 2025 contre des installations iraniennes.
Lors d’une conférence de presse mercredi, Pete Hegseth a répété que l’Iran ne pouvait pas espérer obtenir l’arme atomique. « Cela a toujours été non négociable », a assuré le ministre de la Défense américain.
• La levée de toutes les sanctions contre l’Iran
Le plan réclame la levée de « toutes les sanctions », « principales » comme « secondaires », sans rentrer plus dans les détails. L’Iran demande également l’abrogation de l’ensemble des résolutions qui ont été imposées par l’ONU et l’Agence internationale de l’Energie atomique. Téhéran veut aussi qu’une indemnisation lui soit versée pour l’ensemble « des dommages infligés » au pays.
« Nous sommes en train de discuter, et continuerons à discuter, de la levée des droits de douane et des sanctions avec l’Iran », a écrit le président américain mercredi dans un message sur son réseau social Truth Social.
• Un plan très favorable à la République islamique
A la publication du plan par CNN, Donald Trump s’est empressé d’accuser le média américain de « fake news ». « Il s’agissait d’une pure invention, publiée en titre, probablement dans le but d’attiser les tensions dans une situation déjà très délicate », dénonce-t-il. L’article de la chaîne revenait notamment sur les conditions de l’accord, affirmant que « l’Iran revendiqu[ait] la victoire et affirm[ait] avoir contraint les Etats-Unis à accepter un plan en dix points ».
Pour ce qui est du « droit de l’Iran à l’enrichissement d’uranium », si la proposition est bien présente dans la version en farsi du plan diffusée par Tasnim, sa mention est absente en revanche de la copie en anglais transmise à l’ONU. Dans sa globalité, le plan iranien reste très favorable à la République islamique.
• Le plan n’est pas celui en cours de discussion avec les Etats-Unis, selon la Maison-Blanche
Plus tard, un haut responsable de la Maison-Blanche a assuré que le plan en dix points diffusé publiquement par l’Iran, qui contient des demandes a priori difficilement acceptables par Washington, n’était pas le document servant de base aux négociations avec les Etats-Unis.
« Le document qui est mentionné par la presse n’est pas le plan sur lequel nous travaillons. Nous n’allons pas négocier publiquement », a déclaré cette source, qui a requis l’anonymat, après que Donald Trump a évoqué mardi un plan « viable » soumis par l’Iran.

