Le président américain Donald Trump dans le Cross Hall de la Maison-Blanche à Washington, DC, le 1er avril 2026, alors qu’il s’apprête à prononcer un discours télévisé sur le conflit au Moyen-Orient. ALEX BRANDON / AFP
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Le président américain, certes déjà connu pour sa propension à user d’un vocabulaire fleuri, s’est de nouveau fait remarquer ces derniers jours pour ses propos extrêmes et contradictoires dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient et des négociations avec l’Iran.
Dimanche, le président américain a écrit sur sa plateforme Truth Social : « Ouvrez le Putain de Détroit, espèce de tarés, ou vous vivrez en Enfer – VOUS ALLEZ VOIR ! » Et d’ajouter : « Gloire à Allah. » Puis mardi : « Une civilisation entière va mourir ce soir », a-t-il averti avant d’évoquer la possibilité d’un compromis diplomatique et de conclure par : « Que Dieu bénisse le grand peuple d’Iran. » Face à cette énième sortie du républicain de 79 ans, de nombreuses voix s’élèvent chez les démocrates comme chez les républicains pour mettre en doute son équilibre psychique.
• Des réactions autour de sa santé mentale
Dans l’opposition américaine, de nombreux élus alertent sur la santé mentale de Donald Trump, notamment suite aux propos controversés du milliardaire vis-à-vis de l’Iran. « Les facultés mentales du président sont en train de s’effondrer », a dénoncé l’élue progressiste Alexandria Ocasio Cortez sur X. De son côté, Mark Pocan réclamait l’usage du 25ᵉ amendement de la Constitution contre Donald Trump qu’il juge « trop instable, dangereux et déséquilibré pour détenir les codes nucléaires ».
Chez les partisans MAGA (Make America Great Again), des traditionnels soutiens du président accusent eux aussi le président de démence. L’influenceuse trumpiste Candace Owens, pourtant fervente partisane de Donald Trump, s’est ainsi alarmée de la gestion du conflit au Moyen-Orient par Donald Trump. « Le 25ᵉ amendement doit être invoqué. C’est un fou génocidaire. Le Congrès et l’armée doivent intervenir. Nous avons dépassé le stade de la folie », a-t-elle déclaré sur X.
L’ex-députée trumpiste Marjorie Taylor Greene, devenue très critique, avait estimé dimanche que Donald Trump était « devenu fou ». Rejoignant de nombreux démocrates, cette figure ultra-conservatrice a aussi plaidé mardi pour le recours au 25ᵉ amendement. De son côté, l’influent commentateur d’extrême droite Tucker Carlson a lui aussi réagi. « Le temps est venu de dire non » au président, a-t-il lancé à l’intention des cadres de la Maison-Blanche et de l’armée.
• Que prévoit la section 4 du 25ᵉ amendement ?
Cette rhétorique chaotique de Donald Trump a ainsi mis en lumière le 25ᵉ amendement de la Constitution des Etats-Unis. Ce texte permet, au travers d’une procédure contraignante, de déposer de force un président jugé incapable d’exercer ses fonctions.
La section 4 de ce texte permet en effet de mettre fin au mandat de l’actuel président si celui-ci est jugé « incapable d’exercer les pouvoirs et les devoirs de sa fonction ». La section 1 de ce même amendement prévoit d’ailleurs qu’en « cas de destitution du président, de son décès ou de sa démission, le vice-président devient président ». Dans l’hypothèse d’un départ de Donald Trump, ce serait donc son actuel vice-président J.D. Vance qui prendrait la relève.
• Un processus qui a peu de chance d’aboutir
Cette destitution n’est aujourd’hui qu’une hypothèse, car plusieurs obstacles demeurent avant de pousser Donald Trump vers la sortie. Il faut d’abord que le vice-président initie le processus, et il doit bénéficier du « soutien de huit des quinze membres du cabinet », rappelle un article du « Monde » daté de 2021. Or, même s’il est plutôt discret sur la guerre au Moyen-Orient, qu’il n’approuverait pas vraiment, rien n’indique que J.D. Vance partage le point de vue de ceux qui accusent le président de démence. Le constat est le même pour les membres du cabinet.
Ensuite, les responsables de l’exécutif doivent signer et transmettre au président du Sénat et au président de la Chambre des Représentants une « déclaration écrite attestant que le président est dans l’incapacité d’exercer les pouvoirs et les fonctions de sa charge », peut-on lire dans la section 4 du 25ᵉ amendement. Le vice-président prend alors la relève du chef de l’Etat. Mais, autre difficulté, le président peut contester le processus en faisant parvenir un document similaire aux mêmes élus pour attester qu’il n’est pas inapte à occuper ses fonctions.
Si les auteurs de la première déclaration réitèrent leur demande auprès des responsables du Congrès, un vote est requis. Les deux tiers des membres du Sénat et les deux tiers de la Chambre des Représentants doivent voter pour valider le processus de destitution. Or, dans les deux organes institutionnels, les républicains sont actuellement majoritaires et beaucoup soutiennent toujours le président américain.
Ces multiples conditions rendent donc quasi-impossible l’aboutissement d’une destitution de Donald Trump. Dans quelques mois se tiendront en revanche les élections de mi-mandat aux Etats-Unis. A cette occasion, les résultats peuvent être en mesure de déstabiliser l’administration Trump et ses projets.

