Nouveau volte-face d’ampleur de la part du président américain. Après avoir lancé un ultimatum à l’Iran, Donald Trump a annoncé dans la nuit du 7 au 8 avril un cessez-le-feu de quinze jours. Une “victoire” à en croire le leader américain, mais la trêve semble fragile. Spécialiste des États-Unis, Dominique Simonnet analyse ce nouveau revirement majeur dans le conflit et les conséquences qu’il peut engendrer.
Dans un contexte de tensions extrêmes, le revirement soudain de Donald Trump interroge. Entre menaces, bluff et cessez-le-feu, le politologue Dominique Simonnet décrypte une stratégie risquée, révélatrice d’un affaiblissement américain et d’une impasse face à l’Iran.
Donald Trump lançait, lundi, un ultimatum et, le lendemain, on parle d’un cessez-le-feu. Comment expliquer un tel revirement ?
Dominique Simonnet (*) : C’est typique du comportement de Donald Trump. Il agit comme un joueur de poker : il menace, il bluffe, puis avance au coup par coup. Face aux Iraniens, il a multiplié les surenchères, et eux ont répondu de la même manière. À un moment, il faut choisir entre continuer ou se coucher. Ses conseillers l’avaient averti du risque d’escalade, mais il pensait que tout serait réglé en deux semaines. Coincé, il cherchait une victoire, quitte à s’en inventer une, pour sortir de l’impasse. La trêve actuelle lui permet de dire qu’il négocie, mais la base de discussion repose sur une proposition iranienne délirante : toutes les conditions iraniennes sont acceptées, y compris l’annulation des sanctions et le contrôle du détroit d’Ormuz avec un péage. Cela ressemble plus à une défaite qu’à une victoire.
Trump parle pourtant de victoire. Est-ce vraiment le cas pour les États-Unis ?
Non, évidemment pas. Cette situation affaiblit la crédibilité américaine. Trump montre qu’il ne sait pas comment s’en sortir, tandis que les Iraniens affichent une détermination sans faille. Le régime iranien est fanatique, prêt à tout pour garder le pouvoir. Face à une telle obstination, il est presque impossible de négocier. Trump pourrait conclure un faux accord et crier victoire, mais ce serait une défaite symbolique.
Trump a-t-il subi des pressions internes, notamment de l’armée ou de son administration ?
Oui, probablement. D’abord, la situation économique : même si les États-Unis produisent leur propre pétrole, la hausse mondiale des prix les touche. Le gallon de carburant est passé de 3 à 4 dollars, ce qui pèse sur son électorat. Ensuite, il y a des divisions au sein du Parti républicain, ses déclarations violentes ont choqué bien au-delà de ses opposants.
Israël a-t-il forcé la main de Donald Trump dans cette guerre ?
Non, pas vraiment. Israël a ses propres objectifs. Il se sent menacé par les groupes soutenus par l’Iran (le Hezbollah, les Houthis, le Hamas). La manière dont Israël mène la guerre est un autre sujet. Mais dire que Netanyahou manipule Trump serait exagéré. Il existe une entente profonde entre eux, et la population israélienne soutient majoritairement l’action militaire.
Trump pense-t-il déjà aux élections de mi-mandat en novembre ?
Bien sûr. Il joue sa crédibilité et son influence. Sa popularité baisse, notamment à cause de la situation économique et de sa brutalité politique. Cette guerre est mal perçue par les partisans du mouvement MAGA, plutôt isolationnistes. Des voix s’élèvent, y compris chez les démocrates, pour évoquer le 25e amendement (NDLR : de la Constitution des États-Unis) et remettre en cause sa capacité à gouverner.
Justement, cette procédure du 25e amendement est-elle envisageable ?
C’est possible, mais très compliqué. Le 25e amendement prévoit deux cas : soit le président se déclare lui-même inapte, soit le vice-président et la majorité du cabinet le font. Le Congrès doit ensuite trancher à la majorité des deux tiers. C’est une procédure lourde, politiquement risquée et on voit mal J.D. Vance aller contre Trump.
Si le cessez-le-feu échoue, les États-Unis peuvent-ils reprendre la guerre ?
C’est toute la question. Les stocks américains s’épuisent, et le déploiement coûte environ un milliard de dollars par jour. Le régime iranien, lui, est prêt au sacrifice. Si les États-Unis cèdent, leur crédibilité mondiale sera gravement atteinte. Cela enverrait un signal à la Chine, avec Taïwan. En plus, Trump a isolé les États-Unis en méprisant leurs alliés européens. La France, par exemple, reste à distance et répète que ce n’est pas sa guerre.
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La situation peut donc encore évoluer ?
Oui. Trump sait qu’il ne peut pas gagner cette guerre. Il s’invente donc des victoires pour préserver sa crédibilité. L’avenir reste incertain : un effondrement du régime iranien changerait tout. Mais pour l’instant, tout indique une reculade américaine que Trump tentera, comme toujours, de déguiser en triomphe.

