April 8, 2026

"Ils n’ont pas cherché à parler, ils ont mis des coups direct" : un jeune homme lynché devant une boîte de nuit en Ariège

l’essentiel
Un salut mal perçu a viré au passage à tabac devant une boîte de nuit à Pamiers. Deux jeunes hommes écopent d’un an de prison sous bracelet, mais le procureur a contesté la clémence du jugement.

“C’était de l’acharnement” : voilà comment un témoin a décrit la scène de violences qui s’est déroulée le 6 décembre 2025 devant la boîte de nuit Le Diam’s, à Pamiers. Une véritable échauffourée qui a éclaté sur les coups de 6 heures du matin, après qu’Hasan* “a eu l’outrecuidance de saluer” des femmes devant la discothèque. Alors, s’abat sur l’arrière de son crâne un premier coup de poing ; puis il est précipité dans une buse sur le parking et les coups pleuvent sur lui jusqu’à ce que l’un de ses amis en parvienne à l’en sortir.

Aujourd’hui, pas grand-chose ne subsiste du nez cassé ou des traces sur le corps d’Hasan lorsqu’il s’avance devant la barre du tribunal de Foix, vêtu d’un chic trench noir et de baskets blanches immaculées. Mais l’émotion est toujours là dans sa voix quand il raconte son calvaire. “On a passé une très belle soirée, mais à la fin, je n’ai pas compris ce qui m’arrivait.” Pas spécialement petit, le gaillard dit avoir “peur maintenant”, qu’il se “fait des films dans les rues de Pamiers”.

L’indignation colore peu à peu son ton : “Ils n’ont pas cherché à parler, ils ont mis des coups direct. C’était de la violence gratuite, j’ai jamais vu ça ! Comment tu peux continuer à mettre des coups à quelqu’un dans un trou, qui est inconscient ? Tu veux sa mort ?” Face à lui, derrière la paroi vitrée du box des accusés, Enzo* secoue la tête, tandis que Quentin* ne bronche pas.

Une ambiance tendue à la boîte

Dans la rixe, ce sont notamment eux que les forces de l’ordre ont repérés en train d’asséner des coups à Hasan, en représailles de la manière avec laquelle il se serait adressé à leurs mères. Mais les deux optent pour des attitudes différentes face à la cour. “Je regrette, j’avais peur d’une agression potentielle”, reconnaît Quentin. Le jeune homme, visage fin au long nez et K-way gris sur les épaules, parle d’une ambiance “tendue, électrique”, créant une peur chez lui qui l’a poussé à agir.

Pourtant, les témoignages ne parlent pas d’une telle ambiance, rapporte la présidente Chaulet qui ajoute : “Ils vous ont décrit comme particulièrement agressif, que vous avez fait plus que ce que vous nous dites.” Mais Quentin persiste à ne reconnaître que deux coups, et aucun acharnement.

Si Enzo nie s’être lui aussi acharné, il se montre plus offensif que son comparse. “Je suis là pour assumer mes responsabilités et mes actes, mais il y a quand même un gros problème”, clame-t-il. Selon lui, il existe une vidéo montrant Hasan en train de lui mettre des coups, “alors que la victime dit qu’il était inconscient”, persifle-t-il. “On n’en a pas trace dans la procédure, contre la magistrate. De plus, pourquoi on vous croirait quand, au départ, vous avez dit que vous n’étiez pas là ?”

Son casier, garni de 5 condamnations contrairement à celui de Quentin qui est vierge, ne joue pas non plus en sa faveur. La justice lui a pourtant beaucoup tendu la main, dixit la présidente, qui relate des rapports peu satisfaisants de la Police judiciaire de la jeunesse (PJJ) : “Faible investissement”, “sursis probatoire inefficient”, lit-elle. Enzo a beau se défendre en évoquant une “partie difficile de sa jeunesse”, où il était “perdu et têtu”, la juge assène : “C’est toujours la faute des autres en fait, jamais la vôtre.”

Un “déferlement de violences”

Une attitude qui laisse Maître Chatelet, avocate d’Hasan, “atterrée” : “De ce que j’entends, c’est mon client qui devrait s’excuser” s’indigne-t-elle. Rappelant les témoignages qui décrivent unanimement Hasan comme “quelqu’un de bien”, qui ne “pose pas de problèmes”, l’avocate assène : “Il n’y a aucun contexte de friction, la réalité, c’est que c’est un déferlement de violences.”

Un sentiment partagé par le procureur Olivier Mouysset, qui parle de “violences aggravées et parfaitement gratuites”. Le magistrat souligne la lâcheté du coup – par-derrière – à cause d’une “agression putative” par des prévenus qui minimise tous les deux leur geste. “Alors que c’était un moment de détente, ça a fini en lynchage, en passage à tabac”, fustige le représentant du ministère public : il demande 2 ans de prison pour les deux, ainsi que 5 mois de sursis révoqués pour Enzo.

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Une scène choquante

Pour Maître Fabbri, qui défend Enzo, il s’agit d’une scène choquante, des “faits désagréables qu’on a du mal à comprendre” ; mais son client “ne voulait tabasser personne”. Contrairement au ministère public, l’avocat évoque des témoignages qui parlent de “rixes ailleurs sur le parking” qui ont pu entraîner un manque d’appréciation de la part du jeune homme. “On peut lui donner une dernière chance. Il faut sanctionner mais aider à réinsérer”, plaide le pénaliste, qui décrit un jeune majeur qui veut rentrer en apprentissage cuisine et n’a pas d’antécédents de violence.

Comme son confrère, Maître Parant insiste sur “les poches de violence” disséminées sur le parking. “Monsieur a grandi dans un climat de violences intrafamiliales, où il a souvent eu à défendre sa mère contre son père. Peut-être que cela a fait remonter des réminiscences en lui”, suggère l’avocate, sous les yeux rougis du jeune homme. Elle souligne par ailleurs sa franchise tout au long de la procédure et rappelle que la situation était pourtant confuse : “On va tout mettre sur le dos de ces deux, mais il faut déterminer exactement quels coups ont été portés, ce qui est plausible et ne l’est pas dans ce chaos”, enjoint l’avocate.

Ce sentiment de confusion est assez persistant pour que la cour n’inflige des peines moins lourdes que demandées par le ministère public : les deux sont condamnés à un an de prison aménagé sous bracelet électronique et ont interdiction de paraître au Diam’s. Le procureur a d’ores et déjà annoncé interjeter appel de cette condamnation.

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