Alors que les prix du gazole et de l’essence atteignent déjà des niveaux élevés, plusieurs facteurs laissent craindre une hausse durable en France. Si le plafonnement chez Total a été prolongé jusqu’à fin avril, tensions géopolitiques persistantes et poids des taxes alimentent toujours la pression, tandis que les aides gouvernementales restent ciblées et limitées.
Au moment où les prix des carburants atteignent déjà des niveaux élevés – 2,315 euros le litre de gazole et 2,015 euros pour le SP95-E10 selon les données d’hier – plusieurs facteurs laissent entrevoir une hausse durable, voire une nouvelle accélération dans les mois à venir.
Premier élément déterminant : la fin programmée du dispositif de plafonnement mis en place par TotalEnergies. Pendant plusieurs semaines, celui-ci a contenu les prix à 1,99 €/L pour l’essence et 2,09 €/L pour le diesel dans 3 300 stations-service, dont certaines ont été prises d’assaut. Ce mécanisme devait s’arrêter hier mais Total a décidé de le prolonger jusqu’à la fin du mois. Si le plafonnement du prix de l’essence reste à 1,99 €/L, celui du diesel est relevé à 2,25 €/L. Reste que la disparition du dispositif – sauf s’il est prolongé – exposera les consommateurs aux fluctuations du marché.
Un retour à la normale pourrait prendre des années
Or ces fluctuations restent fortement orientées à la hausse. En cause, la guerre en Iran et plus largement les tensions au Moyen-Orient, qui pèsent directement sur l’approvisionnement mondial. Le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour environ 20 % du pétrole mondial, concentre toujours les inquiétudes. Les scénarios évoqués par les analystes incluent non seulement des perturbations logistiques, mais aussi la destruction d’infrastructures énergétiques, dont la reconstruction pourrait s’étaler sur plusieurs années.
Dans ce contexte, les cours du Brent ont déjà franchi des seuils élevés, oscillant entre 80 et 110 dollars le baril selon les périodes récentes. Cette hausse se répercute mécaniquement sur les prix à la pompe en France, d’autant plus que la structure fiscale amplifie le phénomène. Environ 60 % du prix d’un litre de carburant correspond, en effet, à des taxes (accises, TVA), ce qui crée un effet multiplicateur : toute augmentation du brut entraîne une hausse plus que proportionnelle pour le consommateur final.
À cette dynamique s’ajoutent des facteurs structurels internes. Les coûts de raffinage, de transport et de distribution, ainsi que certaines obligations réglementaires comme les certificats d’économies d’énergie (CEE), contribuent à maintenir les prix à un niveau élevé, notamment dans un contexte de forte volatilité où les acteurs cherchent à sécuriser leurs marges.
Le gouvernement promet de nouvelles aides ciblées
Face à cette situation, la réponse du gouvernement dirigé par Sébastien Lecornu apparaît limitée. Un premier plan d’aide, annoncé le 27 mars, mobilise environ 70 millions d’euros, principalement en faveur des secteurs les plus exposés : transport, agriculture et pêche. Les transporteurs bénéficient ainsi d’un soutien équivalant à 20 centimes par litre, tandis que les pêcheurs et agriculteurs reçoivent des aides plus limitées. Mais ces mesures, ciblées et temporaires, suscitent de vives critiques.
Plusieurs organisations professionnelles, notamment les agriculteurs dénoncent des dispositifs insuffisants, voire inadaptés, face à l’ampleur de la hausse. Sur le terrain, les tensions se sont déjà traduites par des mouvements de protestation et des blocages, tandis que certaines entreprises évoquent des trésoreries fragilisées.

Le gouvernement assume toutefois sa ligne de fermeté budgétaire, compte tenu de l’état des finances publiques. Refus de baisser la TVA sur les carburants, comme le réclame 40 millions d’automobilistes, mesure jugée trop coûteuse ; rejet d’un blocage des prix qui pourrait provoquer des pénuries, alors que la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, a demandé lundi la mise en place d’un « prix maximum à la pompe de 1,70 euro » : l’exécutif privilégie des aides ciblées et renouvelables, en cours de finalisation et qu i doivent être annoncées cette semaine. Une stratégie dictée par la volonté de contenir le déficit public, attendu sous les 5 % du PIB en 2026.
Dans le même temps, des tensions ponctuelles apparaissent dans la distribution. Hier, environ 18 % des stations-service connaissaient des ruptures temporaires d’au moins un carburant, principalement pour des raisons logistiques liées au week-end de Pâques et à un afflux de consommateurs dans les stations à prix plafonnés.
Si la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a assuré hier ne pas observer de « marge indue chez les distributeurs », le ministre de l’Économie Roland Lescure avait annoncé vendredi avoir écrit à la Commission européenne pour lui demander d’enquêter sur les marges des raffineries en Europe et de s’assurer qu’il n’y avait « pas d’abus ».
Un risque de diffusion à l’ensemble de l’économie
Cette situation ouvre en tout cas un risque plus large : celui d’une diffusion de la hausse des carburants à l’ensemble de l’économie. Transport, logistique, agriculture : autant de secteurs où l’énergie constitue un coût central, susceptible d’alimenter une nouvelle phase inflationniste.
Pour l’exécutif, l’enjeu devient donc double : contenir la colère sociale – le souvenir des Gilets jaunes est toujours dans les têtes – sans compromettre l’équilibre budgétaire. Une équation d’autant plus complexe que les leviers immédiats apparaissent limités, et que la résolution du facteur principal, le conflit au Moyen-Orient, échappe largement à son contrôle.

