April 8, 2026

Hausse des prix des carburants : "Je fais le plein pour 85 euros", comment l’Espagne parvient à maintenir des tarifs bas malgré la crise

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Alors que les prix à la pompe s’envolent partout en Europe, le gouvernement de Pedro Sánchez a choisi une thérapie de choc pour protéger le pouvoir d’achat des Espagnols. Grâce à une baisse massive de la TVA et des taxes sur les hydrocarbures, Madrid parvient à maintenir des tarifs bien inférieurs à ceux pratiqués en France.

Face à la flambée des prix du carburant, l’Espagne a choisi de frapper fort. Depuis le 22 mars, le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez a décidé de réduire drastiquement la fiscalité sur l’essence et le diesel. Résultat : un plein à peine plus cher qu’avant la guerre en Iran.

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Concrètement, Madrid a abaissé la TVA sur les carburants de 21 % à 10 %. La taxe spéciale sur les hydrocarbures a été revue à la baisse – moins 11 centimes par litre sur l’essence, moins 5 centimes sur le diesel. L’impact est immédiat : une baisse estimée entre 30 et 40 centimes par litre à la pompe. Le SP95-E10 s’affiche aujourd’hui autour de 1,55 euro dans les stations du centre de Madrid, contre 1,45 euro avant la crise iranienne. En France, ce même carburant a franchi la barre des 2 euros.

Pour les conducteurs espagnols, le conflit qui secoue l’économie mondiale passe presque inaperçu. Javier Gómez, commercial à Madrid, parcourt près de 20 000 kilomètres par an au volant de sa Seat León. « Avant la guerre en Iran, je payais mon plein 80 euros. Aujourd’hui, je suis à 85 ou 90 euros. Cela a un peu augmenté, mais c’est presque indolore pour moi ». Lucía, infirmière en banlieue de Madrid, fait 80 kilomètres par jour. « Le carburant représente presque 15 % de mon salaire. Cette baisse me soulage vraiment ».

Derrière cette mesure qui va bénéficier à 20 millions de foyers, l’effort pour les finances publiques est considérable. Le plan global du gouvernement, officiellement prévu jusqu’au 30 juin 2026, coûtera 5 milliards d’euros à l’Etat espagnol. En abaissant la TVA et en allégeant la fiscalité, l’exécutif accepte de percevoir moins de recettes par litre vendu. Le pari ? Contenir la hausse des prix, préserver le pouvoir d’achat et éviter un ralentissement de l’économie. Reste à savoir combien de temps Madrid pourra tenir cet effort.

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Un effort budgétaire assumé

Pourquoi Sánchez a-t-il agi aussi vite et aussi fort ? Plusieurs raisons se conjuguent. D’abord, l’Espagne a une tradition d’interventionnisme énergétique : elle avait déjà déployé un plan massif lors de la crise de 2022, après l’invasion de l’Ukraine. Ensuite, un contexte politique fragile : depuis plusieurs mois, Pedro Sánchez – au pouvoir depuis 2018 – gouverne sans majorité stable.

À l’approche des élections de 2027, ce n’est pas le moment de froisser l’opinion publique. La société espagnole gronde depuis des mois – sur le logement surtout, où les loyers ont explosé dans les grandes villes, sans que l’exécutif parvienne à enrayer la spirale. Problème structurel, long à résoudre et politiquement épuisant. La baisse des taxes à la pompe, elle, produit un effet immédiat, concret, mesurable au centime près. Quelques milliards pour désamorcer la cocotte-minute. En attendant de trouver – ou pas – une réponse aux vraies fractures sociales.

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Toujours est-il que la décision prise par Madrid a des conséquences jusqu’aux confins du royaume. À quelques kilomètres de la frontière, autour de La Jonquera, dans la province de Gérone, les stations-service espagnoles tournent à plein régime. Les plaques françaises s’y multiplient depuis la baisse des prix. Certains distributeurs frontaliers réalisent jusqu’à 40 % de ventes supplémentaires. L’écart de prix est devenu tel qu’il justifie, pour certains automobilistes des Pyrénées-Orientales, le détour.

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