Le rugby agenais perd l’une de ses figures emblématiques. Franco Zani, triple champion de France et gentleman du ballon ovale, laisse le souvenir d’un joueur exemplaire et d’un homme profondément respecté.
”Le rugby est un sport de voyous pratiqué par des gentlemen”, disaient Oscar Wilde, Winston Churchill ou Jean Lacouture. En ce jour de Pâques, le peuple d’Armandie, joueurs, staff, supporters, amoureux du ballon ovale, a perdu son gentleman. Franco Zani, une de ses légendes, tous se souviendront du joueur, ”classe”, élégant collectif, généreux, respectueux des règles des joueurs et de l’arbitre, mais aussi de l’homme droit et intègre.
Arrivé en 1961, l’international italien forme avec Louis Echavé et Michel Sitjar une troisième ligne de légende, qui faisait dire à Pierre Lacroix, que, sans elle, il serait resté un demi de mêlée comme les autres. Il sera trois fois champion de France en 1962, 1965 et 1966.
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“C’était le Lino Ventura… du rugby”
L’entraîneur Maurice Magnac finit par le persuader de monter d’un cran dans la mêlée. Il devint rapidement un numéro huit craint sur tous les terrains de France et de Navarre. Jean-François Fonteneau se souvient : “À l’époque, il avait un gabarit hors du commun, et, en plus, une gueule de cinéma. Pour moi, c’était le Lino Ventura… du rugby. Un grand Monsieur !”
1965 : Charly Nieucel est capitaine des Cadets et le club, au sommet du rugby français, décroche trois titres : la Une, la réserve et les Cadets. Charly se souvient : “J’avais sa photo dans ma chambre… On avait fait la tournée des grands-ducs avec l’équipe première, et, cinq ans plus tard, je joue avec lui la demi-finale contre La Voulte entre Sijar et Biémouret. Franco est seconde ligne avec Plantefol. On se téléphonait régulièrement. Je le savais fatigué, mais j’espérais que son tempérament de battant vaincrait la maladie.”
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Daniel Dubroca ne l’a pas connu comme joueur, mais il appréciait beaucoup l’homme : “C’était un grand bonhomme, qui faisait l’unanimité auprès de tous ceux qui le côtoyaient. Un homme au grand cœur.” Ils sont de moins en moins nombreux, ceux qui ont partagé le titre de 1962 avec Franco.
Parmi eux, le pilier Guy Miquel tient à dire son admiration : “Quand il est arrivé, seconde ligne de l’équipe d’Italie, son bagage rugbystique était plutôt sommaire. L’entraîneur Maurice Magnac a très vite choisi de le faire jouer numéro huit. Il craignait de ne pas être à la hauteur, et avait même envisagé de retourner en Italie. Mais, grâce à son engagement et son sérieux, il est vite devenu un des meilleurs à ce poste. D’un calme exemplaire, je ne l’ai jamais vu donner un coup de poing, malgré les provocations dont il était l’objet.”
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Christian Lanta, quant à lui, l’a connu plus tard : “J’ai eu la chance de le découvrir au cours de déjeuners chez des amis. Son calme et sa vision du rugby étaient exceptionnels, et on comprend vite pourquoi il était devenu une référence pour les amoureux du rugby. Il ne suffit pas d’avoir été un grand joueur. Il faut avoir les qualités humaines, qui faisaient de Franco quelqu’un de si attachant.”
Enfin, un autre monstre sacré du SUA. Philippe Sella l’a admiré comme tout le monde : “Franco, un joueur dont la présence a marqué les terrains de rugby. Un grand Monsieur qui a accompagné le XV du SUA pendant de nombreuses années. J’ai aimé son comportement réglo, et son respect des règles et des humains. Un grand joueur, pas seulement par la taille, qui a marqué le rugby. J’ai beaucoup aimé passer de bons moments avec Franco Zani.”
Les réactions sont unanimes. L’ancien agenais Jean-Pierre Gardes, ancien agenais aujourd’hui toulousain, ne manque pas un match à Armandie, et porte sur Franco un avis, où se mêlent respect et admiration : “Enfant, il était mon idole, et j’avais sa photo dans ma chambre. Petit à petit, j’ai découvert l’homme. Le joueur était très exigeant envers lui-même. Il a été un des premiers étrangers à venir jour en France. Il a fait l’effort de s’intégrer pour devenir un vrai agenais. Adieu Franco.”
Lorsqu’il raccroche les crampons, il devient éducateur du SUA ”pour rendre au club tout ce qu’il lui avait donné”. Il essaiera d’inculquer aux plus jeunes la rigueur qui avait fait sa gloire et, là aussi, malgré ses exigences, il a fait l’unanimité. À son épouse, à sa famille, tout le peuple d’Armandie tient à présenter ses plus sincères condoléances. À toi Françoise, je dis mon amitié.

