Bloquée au Qatar lors des premières frappes iraniennes, la groom Cécile Dupré a vécu une situation aussi inédite que stressante aux côtés de dizaines de chevaux engagés en compétition.
Cécile Dupré a repris le centre équestre de Lannemezan, situé à proximité du champ de courses et du golf, il y aura un an au mois d’août prochain. Depuis, elle a transformé ce lieu en un collectif baptisé “Tous en selle”, destiné aux professionnels souhaitant utiliser les installations.
« Je suis très contente de la tournure que cela prend. J’avais ouvert ces lieux dans un esprit associatif et c’est en bonne voie. Je voudrais aujourd’hui m’impliquer dans l’équithérapie, et cela prend forme pour la rentrée prochaine. J’ai aussi l’intention d’ouvrir les portes à des partenaires qui voudraient enseigner la voltige ou le spectacle équestre afin, pourquoi pas, de monter une petite école de spectacle, de cirque, et de l’ouvrir au plus grand nombre. Je recherche d’ailleurs des personnes intéressées dans ce domaine », explique-t-elle.
Il faut dire que Cécile Dupré n’est pas une inconnue dans le monde de l’équitation. Elle y évolue depuis de nombreuses années comme groom, notamment auprès de la jeune championne Jeanne Sadran. Elle est chargée de la préparation des chevaux de concours, du matériel et du transport, tout en assurant la logistique, l’organisation et l’entretien entre autres. Récemment, c’est donc avec plaisir qu’elle a retrouvé son havre de paix à Lannemezan après une mésaventure peu commune, quelque peu effrayante pour ne pas dire traumatisante.
Une évacuation de 74 chevaux
Elle se trouvait au Qatar lors des premières frappes de l’Iran contre le pays, à la fin du mois de février. Toute l’organisation a alors été saisie par la violence et le danger de la situation, alors que de très nombreux chevaux participaient au Longines Global Champions Tour. « Depuis plusieurs années, je suis souvent en déplacement dans le monde entier. Là, nous étions à Doha, au Qatar, une étape que nous apprécions car nous y sommes toujours bien accueillis. Nous nous sommes retrouvés au cœur d’un contexte géopolitique sans précédent pour nous. Nous avons eu peur, car la situation était très oppressante, c’était quelque chose d’inconnu. C’est là que l’on se dit que, même si l’on se plaint dans nos pays pour diverses raisons, on est très loin de ce que ces gens vivent. D’ailleurs, les locaux étaient un peu plus sereins, plus préparés », raconte-t-elle.
Même si la protection aérienne limitait les dégâts, le quotidien restait stressant : « Ça claque vraiment. Ce sont surtout les débris qui tombent que l’on craint. »
En attendant de trouver une solution pour quitter le pays avec les chevaux, l’équipe a dû s’adapter : « Les animaux étaient sous des tentes climatisées et, quand on les sortait, on leur mettait des bouchons d’oreille et des bonnets antibruit pour qu’ils ne soient pas traumatisés. Et cela a bien marché. »
“Ça aide à relativiser”
Il a ensuite fallu évacuer 74 chevaux, alors qu’en temps normal, un peu plus d’une cinquantaine sont transportés, à bord d’un Boeing 777 : « Tout a été super bien géré avec Qatar Airways et tout est allé très vite. Au lieu d’être deux par caisse, ils étaient trois, un peu serrés pour des chevaux de “luxe”, mais tout s’est très bien déroulé. Nous avons dû changer de trajet afin de ne pas survoler l’Iran et nous sommes arrivés à Liège presque comme d’habitude. C’est vrai qu’au départ, pendant une heure, nous n’avons pas beaucoup parlé entre nous, mais une fois le danger éloigné, ça allait mieux et tout le monde est resté très professionnel. Tout cela nous fait relativiser sur les soucis de notre quotidien, finalement bien tranquille. »
Une mésaventure que les cavaliers et leurs équipes ont déjà reléguée au rang de mauvais souvenir, afin de se concentrer sur leur prochain déplacement à Shanghai, cette fois sans étape à Doha.

