March 31, 2026

REPORTAGE. Carburants : les camping-caristes réduisent le nombre de kilomètres sans renoncer à prendre la route

l’essentiel
La hausse des carburants, due à la guerre qui enflamme le Moyen-Orient, réduit la fréquentation des aires de camping-cars. Le prix du litre dépasse parfois 2,10 euros et oblige les voyageurs à limiter leurs déplacements. Sur l’aire de Saint-Martin, à Auch (Gers), les camping-caristes changent leurs habitudes. Témoignages.

Le prix des carburants ne finit plus de grimper, conséquence directe du conflit au Moyen-Orient depuis près d’un mois. Chauffeurs routiers, taxis, agriculteurs, ambulanciers et de nombreuses autres professions sont très impactés depuis des semaines. Si les travailleurs subissent ces hausses de plein fouet, ils ne sont pas les seuls pour autant…

Sur l’aire de Saint-Martin à Auch, au bord de la rivière Gers, les camping-cars sont moins nombreux que d’habitude. En cette période où les voyageurs reprennent la route, le calme surprend. Ici, tous font le même constat, le prix du carburant change la manière de voyager.

Voyage écourté

Serge et son épouse Réjane, venus du Calvados, sont sur la route du retour. Après un passage par l’Espagne, ils prévoyaient de poursuivre leur périple à travers plusieurs grandes villes françaises. “On devait faire Avignon, Grenoble, Lyon, Dijon…”, raconte Réjane.

Serge et Réjane voyagent en camping-car depuis près de 30 ans.
Serge et Réjane voyagent en camping-car depuis près de 30 ans.
DDM – Ra. B.

Finalement, le voyage a été écourté. En cause, des prix du gasoil que le couple dit n’avoir “jamais vus”, dépassant parfois les 2,30 euros le litre. Le couple a bien tenté d’optimiser en faisant le plein en Espagne, où il a “gagné une trentaine d’euros”, mais cela ne suffit pas toujours à compenser.

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Malgré tout, Serge reste mesuré : “ces hausses ne nous empêcheront pas de repartir. Un rendez-vous médical imprévu nous contraint un peu aussi à rentrer. Et franchement, nous sommes retraités, avec deux pensions. C’est un budget supplémentaire, mais cela ne va pas changer notre manière de vivre.”

“Il va falloir que l’État fasse quelque chose”

Un peu plus loin, Pascal, un retraité nomade qui vit depuis des années en camping-car, observe une baisse nette de fréquentation. “D’habitude, on est 20 ou 25 le soir à cette période de l’année ici… là, même pas 10”, note-t-il. Pour lui, le lien avec le carburant est évident : les voyageurs roulent moins. Lui-même a adapté son rythme, en limitant les déplacements.

“Je suis ici depuis un mois et demi, j’ai l’habitude de stationner là car j’ai des amis dans le coin. Mais quand je repartirai, je ferai 200 kilomètres maximum, pour m’installer un peu avant de repartir”, explique-t-il, une façon d’amortir la hausse. Mais il le souligne, cette situation et ses conséquences restent beaucoup plus faciles pour ceux qui ne travaillent pas.

Pascal, sur les routes depuis longtemps, stationne régulièrement sur l’aire de Saint-Martin à Auch.
Pascal, sur les routes depuis longtemps, stationne régulièrement sur l’aire de Saint-Martin à Auch.
DDM – Ra. B.

“J’étais chauffeur routier, comme mes petits-enfants aujourd’hui. Je peux vous dire que les patrons s’arrachent les cheveux. D’ailleurs, je viens de faire un tour en Espagne, comment se fait-il que là-bas on soit à 1,70 euro voire 1,80 euro, et ici on dépasse largement les 2 euros ? Il va falloir que l’État fasse quelque chose, cela ne va pas pouvoir continuer comme cela.”

900 km depuis le Vaucluse

Louis et son épouse Nicole, camping-caristes depuis une vingtaine d’années, ajustent eux aussi leur façon de voyager. Après un trajet de près de 900 kilomètres depuis le Vaucluse, ils mesurent concrètement l’impact sur leur budget.

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“Je viens de mettre 70 euros de gasoil, ça fait un peu plus de 300 kilomètres”, calcule Louis. Résultat, ils évitent désormais les autoroutes, privilégient les nationales et ont même décidé de réduire la durée de leurs vacances. “Nous sommes allés jusqu’au Pays basque. Souvent, on pousse jusqu’en Espagne voire au Portugal, mais là, on a laissé tomber.”

Si les camping-caristes ne renoncent pas à voyager, désormais, ils optimisent leurs trajets, repensent les itinéraires, s’arrêtent plus longtemps. La route reste un mode de vie, mais elle se calcule au litre près.

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