Ce vendredi 27 mars, au deuxième jour du procès de Ludwig C. devant la cour d’assises du Lot à Cahors, la mère et le père des deux enfants victimes de viols et d’agressions sexuelles incestueuses ont témoigné à la barre. Un psychiatre mandaté pour examiner les deux garçons a également livré ses conclusions sur les séquelles psychologiques constatées chez les victimes.
“Pendant tout ce temps, je suis restée en apnée.” La voix de la mère de T. et S. a rempli la salle d’audience ce vendredi 27 mars, au deuxième jour du procès pour viols sur mineurs incestueux et viols avec acte de barbarie de Ludwig C., devant la cour d’assises du Lot. “Il pouvait vous regarder droit dans les yeux et vous mentir pendant quatre ans”. Elle pleure, mais reste droite, la voix incisive.
Cette mère de famille raconte comment tout a commencé : une rencontre anodine dans un parc, en promenant les chiens. Ludwig C. est “gentil et attentionné.” Une amitié se noue, puis une relation. “Il était très serviable, très avenant.” Il s’installe progressivement dans leur vie. Une grossesse, des déménagements, une maison à Biars-sur-Cère puis à Issendolus.
“Le 19 décembre 2022, à un peu plus de 16 heures, notre vie a été atomisée, pulvérisée”
“J’entendais mes enfants rire, jouer avec lui. J’ai même été heureuse de leur complicité sans imaginer ce qu’il pouvait faire à côté de moi.” Selon elle, c’est lui qui avait proposé de donner le bain à T. quand elle était épuisée par sa grossesse, sans se douter qu’il commettrait des viols dans cette salle de bain. Elle lui faisait confiance. “On nous dépeint les prédateurs sexuels comme des monstres, comme quoi ils se voient comme le nez au milieu de la figure. Sauf que non. Ils peuvent vous regarder droit dans les yeux et vous mentir pendant quatre ans.”

Elle décrit avec une précision douloureuse le jour de l’arrestation. “Le 19 décembre 2022, à un peu plus de 16 heures, notre vie a été atomisée, pulvérisée. On faisait notre goûter avec les enfants. La sonnette du portail a retenti. Ma fille a dit : il y a la gendarmerie qui escalade le portail.” A la barre elle dit avoir vu son compagnon menotté. Un gendarme lui parle à l’écart de “cybercriminalité et mineurs.” Puis on lui présente deux photos d’enfants. Elle reconnaît les habits et la tétine de son fils. “À ce moment-là, j’ai eu une douleur qui m’a traversé le corps. Je ne tenais plus debout, j’ai tout de suite compris.”
“Je vois toutes les scènes, je plonge dans l’horreur”
Le lendemain, à Cahors, lors de son audition, elle apprend que Ludwig C. avait déjà été condamné pour téléchargement d’images pédopornographiques. Elle dit ne pas être au courant. On lui montre des photos pour identifier ses enfants. “Je vois toutes les scènes, je plonge dans l’horreur.” S, 18 mois à peine au début des faits, apparaît sur les clichés. On y voit son père, Ludwig C, le violer avec ses mains, son sexe et parfois même avec des objets. Il se filme également en train de masturber l’enfant et de lui demander la même chose en retour. Il utilise sa chienne comme objet sexuel avec les deux jeunes garçons et se masturbe devant la scène. “J’étais effondrée. J’ai demandé qu’on ne me montre plus les photos, je n’en pouvais plus”, confie la mère.

Elle s’adresse directement à l’accusé, toujours tête baissée dans le box : “Si tu as un minimum de respect pour nous et pour toi-même, donne-nous une réponse.” Il ne la regarde pas. Rongée par la culpabilité, elle cherche depuis son interpellation le signe qu’elle aurait manqué. “Ça fait trois ans que je rumine. Je me suis demandé si j’avais été naïve, si quelque chose clochait chez moi.” Après deux heures éprouvantes de témoignage, la mère des deux victimes conclut, “Maintenant que je nous sens en sécurité, j’aimerais essayer de revivre.”
Un père effondré, des enfants marqués
Le père de T., l’un des deux garçons, s’est présenté à la barre, dévasté. “Ludwig, je ne le connaissais pas vraiment. Je le trouvais louche.” Il confie ne pas avoir voulu voir les images pour ne pas être hanté. “Dès que je vois les petits, j’y repense. Aujourd’hui, je suis un peu perdu je n’arrive pas à comprendre comment on peut infliger ça à des enfants, je reste très sonné par tout ça.”
Le psychiatre mandaté pour examiner les deux enfants a apporté un éclairage clinique glaçant. T, 10 ans au moment de l’examen, présentait des troubles du langage et une indifférence préoccupante à son propre avenir, “assez rare chez un enfant de cet âge”, a souligné le médecin. Son petit frère S., examiné à 3 ans et demi, ne parlait pas du tout et se faisait comprendre par des gestes. Il désignait Ludwig C. comme “son ancien père”. À 6 ans aujourd’hui, il fait encore des cauchemars répétés, il évoque “un monstre qui le mange”.

