Dans le Nord-Toulousain, les fissures qui apparaissent sur les maisons inquiètent de plus en plus d’habitants. Des centaines de propriétaires touchés par le retrait-gonflement des argiles dénoncent l’absence de reconnaissance en catastrophe naturelle et tentent de se mobiliser pour faire valoir leurs droits.
À Vacquiers, au nord de Toulouse, face à l’inaction de l’État, une centaine d’habitants confrontés au retrait-gonflement des argiles ont créé une association pour tenter de faire valoir leurs droits.
À quelques kilomètres de là, plus à l’est, les habitants de Bouloc, petite commune de 4 600 habitants, se heurtent aux mêmes difficultés. “Depuis 2016, la commune n’a pas été reconnue en catastrophe naturelle (ce qui ouvre le droit à une indemnisation par l’assurance, NDLR). Pourtant, les dégâts s’aggravent chaque année, souligne le maire Serge Terrancle. On compte aujourd’hui environ 200 demandes de reconnaissance déposées par les habitants.”

L’édile dit ne pas comprendre que des communes toutes proches fassent l’objet d’un arrêté de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle, tandis que la sienne attend toujours. Les habitants vivent dans l’angoisse permanente de voir leur maison se dégrader encore davantage.
“À chaque épisode de sécheresse, de nouvelles fissures apparaissent. Les gens viennent nous voir, désespérés. Ils ne demandent pas des aides exceptionnelles, juste la reconnaissance de la réalité. Si rien ne change, nous envisageons un recours.” Ces situations sont loin d’être isolées.
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Avec la multiplication des arrêtés de catastrophe naturelle liés à la sécheresse, l’Occitanie figure parmi les régions les plus exposées aux fissurations de maisons provoquées par le phénomène de retrait-gonflement des argiles (RGA), devenu l’une des principales causes d’indemnisation du régime CatNat selon la Caisse centrale de réassurance.
En France, près de 10,4 millions de maisons individuelles, soit plus d’une sur deux, sont situées dans des zones exposées, selon la cartographie nationale réalisée par le BRGM pour le ministère de la Transition écologique. Pour tenir compte de l’augmentation des sinistres observée ces dernières années, notamment sous l’effet du changement climatique, l’arrêté du 9 janvier 2026 actualise la carte d’exposition au retrait-gonflement des argiles établie en 2020.
Cette révision entraînera, à compter du 1er juillet 2026, une extension des zones d’exposition moyenne et forte qui couvriront désormais 55 % du territoire hexagonal, contre 48 % actuellement.
300 maisons étudiées pendant cinq ans
Parmi les réponses actuellement étudiées figure une expérimentation lancée il y a deux ans, portée par France Assureurs, la Caisse centrale de réassurance et la Mission risques naturels. Elle vise à mieux protéger les maisons individuelles. Pendant cinq ans, plus de 300 maisons, parmi lesquelles 27 situées en Haute-Garonne, sont étudiées afin de tester et comparer différentes solutions de prévention et de réparation pour identifier les méthodes les plus efficaces et durables.
Selon Géorisques, le coût moyen d’un sinistre lié au retrait-gonflement des argiles sur une maison individuelle est estimé à 16 500 euros, ce qui en fait le plus élevé des garanties dommages. Or, les dernières projections réalisées par la Caisse centrale de réassurance tablent sur une augmentation de 44 % à 162 % de la sinistralité due au retrait-gonflement des argiles d’ici 2050.
“C’est un cauchemar”
Face à ce constat, le député Jean-François Portarrieu a décidé d’agir. Le 17 février dernier, le député du Nord-Toulousain a saisi le gouvernement à l’Assemblée nationale pour défendre les familles touchées par le phénomène de retrait-gonflement des sols argileux. Il dénonce une réponse publique qu’il juge trop lente face à l’aggravation des dégâts.
“Des milliers de personnes sont concernées dans le Nord-Toulousain. Et on leur répond : “Redéposez votre dossier l’an prochain”. Pendant ce temps, les dégâts s’aggravent. Quand on vient de s’endetter pour vingt ans, c’est un cauchemar. Certains ne dorment plus, vivent dans la peur que leur maison s’effondre. C’est un phénomène lent et sournois : les fissures apparaissent, s’élargissent, et les habitants ne savent plus quoi faire.”
En septembre, l’État a annoncé le lancement d’une expérimentation dans onze départements, mais pas en Haute-Garonne. Ce dispositif permettrait pourtant aux propriétaires d’obtenir des aides pour des diagnostics et des travaux. “Je préconise des procédures plus lisibles et adaptées. Et surtout, que la Haute-Garonne soit intégrée à l’expérimentation. J’invite les habitants à se regrouper en associations. Il faut être nombreux pour être entendus.”
Les conseils aux propriétaires de Nicolas Courtin, cofondateur de CoCREATA, spécialiste de la réparation et de la reconstruction après sinistres
Signaler rapidement les fissures à sa mairie afin qu’elle puisse déposer une demande de reconnaissance en catastrophe naturelle.
Déclarer les dégâts à son assurance dès leur apparition et renouveler la déclaration si la commune est ensuite reconnue en catastrophe naturelle.
Suivre la reconnaissance officielle de sa commune sur le site Géorisques.
Être présent lors de l’expertise pour expliquer l’apparition des fissures et s’assurer que la cause principale est bien identifiée.
Entretenir sa maison : vérifier notamment les gouttières et éviter les fuites d’eau qui peuvent accentuer les variations d’humidité du sol.
Identifier la cause exacte des fissures grâce à une analyse de sol, indispensable pour déterminer si la sécheresse est en cause.
Agir dès les premiers signes : plus l’intervention est rapide, plus les réparations sont simples et durables.

