Ce mardi 17 mars, le parquet de Paris a signalé aux autorités américaines une possible “valorisation artificielle” des sociétés X et xAI par Elon Musk. Les magistrats estiment notamment que la polémique suscitée par les images à caractère sexuel générées par Grok, l’IA de X, pourrait avoir profité à l’entrepreneur.
La justice française s’attaque de nouveau à l’homme le plus riche de la planète. Des magistrats de la section cyber du parquet de Paris ont signalé aux autorités américaines une possible “valorisation artificielle”, des sociétés X et xAI par Elon Musk, a révélé le Monde ce vendredi 20 mars.
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L’entrepreneur chercherait à gonfler artificiellement l’utilisation de son réseau social X en vue d’une prochaine introduction en Bourse. Les enquêteurs auraient obtenu ces informations au cours de leurs investigations contre le réseau social au début de 2025. Ils s’intéressent notamment à la recommandation algorithmique de contenus par l’application et à la création de deepfakes à connotation sexuelle non consentis par l’intelligence artificielle de X, Grok.
Les informations trouvées par les magistrats et transmise ce mardi 17 mars au ministère de la justice américain (DoJ), sont “accessibles en source ouverte” et “[laissent] soupçonner que la polémique suscitée par [ces] deepfakes […] pourrait avoir été générée à dessein afin de valoriser artificiellement les sociétés X et xAI [maison mère de Grok]”, précise le parquet de Paris.
Une stratégie connue
Les autorités françaises s’appuient sur certains messages. Dans plusieurs publications, le multimilliardaire se réjouit des capacités de “déshabillage” de son moteur d’intelligence artificielle, allant jusqu’à relayer une image de lui-même en bikini. Il a également vanté à de nombreuses reprises la montée en puissance de son intelligence artificielle qui se rapproche de ChatGPT, d’OpenAI, et de Gemini. Cet accroissement a permis au milliardaire de faire grimper la valorisation de sa marque en vue de sa future introduction en Bourse.
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Elon Musk connaît cette stratégie. En août 2018, il avait fait bondir le cours de l’action Tesla de plus de 6 % après avoir annoncé qu’il pourrait retirer son entreprise de la Bourse. Pour mettre fin aux investigations du gendarme de la Bourse américaine, la Securities and Exchange Commission (SEC), Elon Musk et Tesla avaient accepté de payer 40 millions de dollars (environ 35 millions d’euros).
Mais Grok pose problème. Entre le 25 décembre 2025 et le 1er janvier, les contenus problématiques représentaient la moitié des images générées par l’IA, selon l’ONG AI Forensics, qui assurait même en avoir repéré d'”enfants de moins de 5 ans”. Il a fallu attendre plusieurs jours pour que xAI finisse par prendre des mesures censées empêcher la génération “d’images de personnes réelles dans des tenues révélatrices, comme des bikinis”, mais uniquement dans les pays où la loi l’y contraint.
Des enquêtes et des auditions
Plusieurs opérations ont été lancées. En Europe, la Commission européenne a ouvert une enquête pour une potentielle infraction aux règles du Digital Services Act, le texte qui encadre les grandes plateformes numériques. Aux États-Unis, une action de groupe a été lancée contre xAI par trois victimes de ces images, dont deux mineures.
Elon Musk a été convoqué par la justice française pour une audition libre qui aura lieu dans un mois. Linda Yaccarino, ancienne directrice générale de X, sera aussi présente. Ces auditions libres “des dirigeants doivent leur permettre d’exposer leur position sur les faits et le cas échéant les mesures de mise en conformité envisagées”, avait souligné en février la procureure de Paris, Laure Beccuau. Des salariés de X sont également convoqués du 20 au 24 avril “pour être entendus en qualité de témoins”.

