À quatre jours du second tour des municipales à Toulouse, Jean-Luc Moudenc et François Piquemal se sont affrontés lors d’un débat organisé par La Dépêche du Midi et Sud Radio. Transports, sécurité, économie : les deux candidats ont exposé des visions très différentes sur les priorités à venir pour la ville. Voici ce qu’il faut retenir de leurs échanges.
Quatre jours après leur qualification pour le second tour, Jean-Luc Moudenc et François Piquemal se sont affrontés lors d’un débat organisé par La Dépêche du Midi et Sud Radio. Pendant près d’une heure, les deux candidats à la mairie de Toulouse ont confronté leurs propositions et leurs visions sur plusieurs sujets clés, des transports à la sécurité en passant par l’économie. Voici les principaux enseignements de cet échange.

À gauche, le sort incertain de la LGV
L’union de la gauche et ses conséquences ont largement dominé le début du débat d’entre-deux-tours, entre critiques internes, attaques croisées et interrogations sur la cohérence du projet commun. En toile de fond, un sujet cristallise les tensions : la LGV.
Dès les premières minutes, François Piquemal a tenu à replacer le débat dans un contexte plus large, évoquant la mémoire des attentats de 2012 à Toulouse et affirmant que son équipe serait “intransigeante sur le fait que notre ville soit en pointe dans la lutte contre toutes les discriminations, contre l’antisémitisme et contre tous les mécanismes de la haine”.
Interrogé sur les critiques à gauche contre l’alliance conclue avec François Briançon, le candidat insoumis assume pleinement. “Depuis lundi matin, je reçois à chaque heure des centaines et des centaines de messages de Toulousaines et de Toulousains qui nous remercient […] d’avoir fait l’union et de proposer aujourd’hui une alternative crédible”, assure-t-il. Il balaie les oppositions internes en les qualifiant de “choses anecdotiques”, préférant mettre en avant “l’espoir que l’union de la gauche suscite à Toulouse”.
Face à lui, Jean-Luc Moudenc attaque frontalement cette fusion. “En quelques heures […] M. Briançon et tous ses amis ont vendu leur âme à La France insoumise. Voilà la vérité”, lance le maire sortant, qui évoque des électeurs “scandalisés”. Il insiste également sur le positionnement politique de son adversaire, rappelant qu’il a “toujours fait corps avec La France insoumise” et que cela “choque beaucoup les Toulousains”.
Les échanges se tendent autour des soutiens politiques. François Piquemal accuse son rival : “M. Moudenc est désormais le candidat de la droite et de l’extrême droite.” Une affirmation immédiatement rejetée par l’intéressé : “Moi, je ne fais pas le tri entre les Toulousains”, répond-il, refusant de “discuter avec aucun parti politique”.
Au-delà des alliances, la question du leadership à gauche est également posée. “Je suis le candidat du Nouveau Front populaire et de la gauche dans toutes ses composantes”, affirme François Piquemal, qui revendique une filiation avec “l’histoire de la gauche toulousaine”. Et d’insister : “C’est l’union de la gauche. C’est peut-être le cauchemar de M. Moudenc, mais c’est le rêve des Toulousains que nous sommes en train d’accomplir.”
Mais c’est surtout la gouvernance future et la question de la LGV qui mettent en lumière les fragilités de cette alliance. François Piquemal assume un désaccord avec François Briançon : “Moi, je l’ai dit : je ne suis pas favorable à la LGV. François Briançon est favorable à la LGV.” Pour trancher, il propose une méthode : “Il y aura un vote. C’est la démocratie.”
Une position que Jean-Luc Moudenc juge instable. “En quelques mois, vous avez fait quatre propositions différentes. Comment peut-on vous croire ?”, interroge-t-il, dénonçant “l’inconstance” de son adversaire. Il oppose à cela sa propre ligne : “La liste que je propose […] c’est 100 % pour la LGV, 100 % au premier tour, 100 % au second tour.”
Le maire sortant élargit la critique à l’ensemble du projet porté par la gauche unie : “Sur 71 candidats de votre liste, il n’y a plus que 9 socialistes. Ce qui veut bien dire que c’est l’extrême gauche […] qui prendra le pouvoir.”
François Piquemal, lui, revendique au contraire cette diversité et assume les désaccords internes : “Dans une majorité, il y a parfois des points de vue divergents. Et c’est bien qu’ils s’expriment et qu’ils soient tranchés par des votes.”
Sécurité : désaccord sur l’armement
Après les échanges politiques, le débat s’est recentré sur des sujets très concrets du quotidien : transports, logement et sécurité. Sur ces thèmes, Jean-Luc Moudenc et François Piquemal ont affiché des visions nettement opposées, entre promesses de gratuité, prudence budgétaire et désaccords sur les priorités.
Sur les transports, la gratuité a été au cœur des discussions. “Les moins de 26 ans”, précise François Piquemal. Pour financer cette mesure, il s’appuie sur le versement mobilité : “C’est tout simple. Sur la dynamique du versement mobilité, ça va rapporter 35 millions d’euros que l’on va injecter sur le financement de cette mesure.” Il assume que cet impôt repose “notamment” sur les entreprises, estimant que c’est “un bien pour les entreprises” et “une mesure d’urgence sociale”.
Jean-Luc Moudenc conteste cette logique. Il rappelle que “les jeunes ont déjà 70 à 80 % de réduction” et que “pour les étudiants boursiers, c’est même gratuit”. Pour lui, la gratuité généralisée fragiliserait le modèle : “Des gratuités, ça veut dire des moindres recettes. Et donc, forcément, investir moins.” Il met en avant ses choix d’investissement : “On a décidé d’investir sur la troisième ligne de métro” et “on a fait un plan de financement qui nous permettra effectivement de financer autre chose.”
La question des finances a rapidement tendu les échanges. François Piquemal accuse son adversaire d’avoir “surendetté la métropole” et d’avoir “menti sur le coût du financement de la troisième ligne de métro”, évoquant un passage de “1,7 milliard d’euros” à “4 milliards d’euros”. Il annonce un audit et défend ses priorités : “la gratuité pour les moins de 26 ans” et “le choc d’offre de bus avec 6 à 7 nouvelles lignes Linéo”. Jean-Luc Moudenc réfute : “On a investi depuis 2014 4,5 milliards” et “cet investissement, nous l’avons autofinancé à hauteur de 83 %, ce qui veut dire que l’endettement est très faible”, ajoutant que la ligne C représente “3,3 milliards, certainement pas 4 milliards”.
Sur le logement, les positions divergent tout autant. François Piquemal défend l’encadrement des loyers : “L’encadrement des loyers n’a rien de révolutionnaire. Il est mis en place dans beaucoup de grandes villes.” Il souligne que “66 % des habitants de Toulouse sont locataires” et affirme vouloir “reloger tout le monde”, avec “24 000 logements publics pour loger 50 000 personnes”.
Il met aussi en avant la question des logements vacants : “On va lancer un audit sur le nombre de logements vacants qui a explosé dans la métropole”, évoquant également “220 000 m² de bureaux vacants”. Sans vouloir “obliger personne à rien”, il précise que, dans certains cas, “on procédera à des arrêtés de réquisition comme l’ont fait Jacques Chirac et Charles de Gaulle”.
Jean-Luc Moudenc défend sa politique de construction. “Il y a un besoin de logement, donc il faut construire des logements”, insiste-t-il. Il met en avant son bilan : “Nous avons autorisé pas moins de 75 000 logements, dont 30 000 logements sociaux.” Pour la suite, il propose “7 500 logements par an, dont 60 % […] à prix encadré” et annonce une “conférence du logement”. Il rejette en revanche l’encadrement des loyers : “L’encadrement des loyers n’est pas la solution.”
Sur la sécurité, les divergences sont également marquées. François Piquemal récuse tout désarmement total : “Ça n’a jamais été notre propos.” Il précise : “Les policiers municipaux conserveraient leurs armes de protection” mais “à terme, on enlèverait les armes qui tuent”. Il annonce aussi “un audit” sur les caméras et préfère “recruter 100 agents de police municipale bien payés et 100 éducateurs”.
Jean-Luc Moudenc assume, lui, la continuité de sa politique. “On est passé de 21 à 710 caméras. On a doublé le nombre de policiers municipaux. Je les ai armés”, rappelle-t-il. Et il met en garde : “Si on les désarme, on les met en position de faiblesse vis-à-vis des délinquants et des agresseurs.”
Airbus au centre du jeu politique
La question économique a occupé la dernière partie du débat, entre attractivité de la métropole, place d’Airbus, fiscalité et relations avec les entreprises. Là encore, Jean-Luc Moudenc et François Piquemal ont affiché des lignes très différentes.
Interrogé sur le rayonnement de Toulouse, le maire sortant défend son bilan. “Je pense que Toulouse brille tous les jours”, affirme-t-il, en s’appuyant sur les classements d’attractivité : “Lorsqu’il y a des baromètres […] quelle est la métropole qui arrive en tête ? C’est Toulouse.” Il met aussi en avant les grands équipements et projets engagés, comme le parc des expositions ou la troisième ligne de métro, et insiste sur les retombées économiques : “l’activité a doublé, c’est-à-dire des retombées économiques […] des emplois qui sont créés.”
Jean-Luc Moudenc relie également cette attractivité à la dynamique démographique. “Si vous avez 5 000 habitants de plus par an, c’est parce que réellement […] Toulouse attire plus que n’importe quelle autre commune française.” Il reconnaît toutefois un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale, qu’il explique : “Quand nous attirons quelqu’un qui vient pour un emploi, souvent, il vient avec un conjoint […] qui doit le rechercher.”
François Piquemal ne conteste pas l’importance d’Airbus dans l’économie locale. “Moi, je suis fier qu’on ait Airbus à Toulouse”, affirme-t-il. Mais il insiste sur la nécessité d’engager une transition écologique du secteur : “Toutes les capacités et les savoir-faire que nous avons […] doivent être mis sur ce plan-là.” Il refuse toutefois de se prononcer sur une baisse du trafic aérien : “Ça ne veut rien dire”, répond-il, estimant que ces évolutions ne dépendent pas directement des collectivités.
Le candidat de la gauche unie dénonce en revanche certaines inquiétudes exprimées par le patronat : “On nous dit qu’Airbus va délocaliser à Hambourg […] je veux tranquilliser tout le monde. C’est une fake news.” Il affirme vouloir travailler avec les acteurs économiques et développer de nouveaux secteurs, notamment l’économie sociale et solidaire.
Les relations avec les organisations patronales ont d’ailleurs été au cœur des échanges. Interrogé sur les prises de position du Medef ou de la CPME, François Piquemal relativise : “Franchement, vous allez voir, vous parlez du Medef, mais est-ce que vous parlez de la CGT, de la FSU […] qui ont pris position pour notre liste ?” Il propose le dialogue : “Moi, le MEDEF comme la CPME, je leur propose une rencontre. Rencontrons-nous.”
Sur le commerce, il revendique son engagement : “Celui qui détruit le petit commerce, c’est M. Moudenc”, accuse-t-il, citant notamment des projets en centre-ville. Jean-Luc Moudenc rejette ces critiques : “Je ne vais pas répondre à cette litanie de mensonges”, réplique-t-il, assurant travailler “en parfaite concertation avec la Chambre de commerce, la Chambre des métiers, les organisations d’entrepreneurs.”
Le maire sortant met en avant une méthode basée sur le dialogue avec les acteurs économiques et annonce vouloir aller plus loin : “Je propose que nous créions […] un grand conseil économique qui fédérera l’ensemble des représentants des professions économiques.” Il insiste aussi sur son soutien au commerce de proximité et évoque des dispositifs existants pour dynamiser les quartiers.
La question fiscale a enfin permis de clore les échanges. François Piquemal se veut rassurant : “Il n’y aura pas d’augmentation d’impôt”, affirme-t-il, tout en annonçant un audit des finances.
Jean-Luc Moudenc revendique, lui, la stabilité fiscale : “Depuis 10 ans, le taux des impôts […] sont des taux identiques.” Il s’engage à poursuivre dans cette voie : “Nous continuons à maintenir ces mêmes taux.” Et critique à nouveau son adversaire : “Je ne propose pas des abandons de recettes ou des gratuités par ailleurs.”
Les punchlines du débat
Le débat a donné lieu à plusieurs échanges tendus, ponctués de formules marquantes. Voici les principales punchlines retenues.
- François Piquemal ironise sur les critiques médiatiques
“CNews qui titre ce matin : ‘Péril rouge dans la ville rose’. Sérieusement ? C’est quoi ? Un nouvel épisode d’OSS 117 ?”
- Le candidat de la gauche attaque les soutiens de son adversaire
“M. Moudenc est désormais le candidat de la droite et de l’extrême droite. Que tout le monde le comprenne bien.”
- Il défend l’union de la gauche
“C’est peut-être le cauchemar de M. Moudenc, mais c’est le rêve des Toulousains que nous sommes en train d’accomplir.”
- Et critique le cumul des fonctions
“Moi, voyez-vous, je serai un maire de Toulouse à plein temps […] et je ne cumulerai pas un poste à la Métropole et un emploi de complaisance à Paris, grassement payé.”
- Jean-Luc Moudenc dénonce l’alliance à gauche
“En quelques heures […] M. Briançon et tous ses amis ont vendu leur âme à La France insoumise. Voilà la vérité.”
- Il met en garde contre son adversaire
“L’idée que la troisième ville de France serait dirigée par un disciple de M. Mélenchon, c’est une idée qui terrifie beaucoup de monde.”
- Le maire sortant pointe la composition de la liste adverse
“Sur 71 candidats de votre liste, il n’y a plus que 9 socialistes. Ce qui veut bien dire que c’est l’extrême gauche qui prendra le pouvoir.”
- Et oppose deux styles de gouvernance
“Entre le mensonge et l’inconstance, et au contraire la continuité et la sincérité, je pense que les Toulousains n’ont pas de mal à faire la distinction.”



