Le programme européen Safe cristallise les tensions politiques en Pologne. Le veto du président nationaliste bloque 44 milliards d’euros d’argent de l’UE destinés à la défense, mais le gouvernement pro-européen espère pouvoir contourner ce blocage.
Le gouvernement pro-européen de la Pologne a dénoncé ce jeudi 12 mars “un acte de trahison” après le veto du président nationaliste à la participation de Varsovie au programme Safe de l’UE censé lui apporter des dizaines de milliards d’euros sous forme de prêts afin de renforcer sa défense. Il permettra de financer l’effort de défense pour ses frontières orientales.
44 milliards d’euros pour la Pologne avec Safe
Voisine de la Russie, du Bélarus et de l’Ukraine, la Pologne a massivement investi ces dernières années dans la modernisation de ses forces armées et de son industrie de défense, mobilisant des milliards de zlotys (la monnaie polonaise) pour contrer une éventuelle menace russe.
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En 2026, ses dépenses militaires doivent dépasser 4,8 % du PIB, faisant de son budget l’un des plus élevés de l’Otan. Pour accélérer encore la modernisation, le gouvernement de Donald Tusk mise sur le vaste programme européen Safe, doté de 150 milliards d’euros, dont environ 44 milliards d’euros pour la seule Pologne.
Un cheval de Troie de Bruxelles pour les conservateurs polonais
Safe a déjà été approuvé par le Parlement, mais le président Karol Nawrocki, un historien de formation élu en juin 2025 avec l’appui du parti ultraconservateur Droit et Justice (PiS, opposition), a annoncé jeudi soir qu’il y mettait son veto.
“Je ne signerai en effet jamais une loi qui porte atteinte à notre souveraineté, à notre indépendance, ainsi qu’à notre sécurité économique et militaire”, a déclaré Karol Nawrocki lors d’une allocution télévisée. Karol Nawrocki et le PiS voient dans le programme Safe un cheval de Troie permettant à Bruxelles – et à Berlin, toujours perçu comme le voisin dominateur par une partie de la droite – d’exercer une pression sur Varsovie, notamment par un mécanisme de contrôle de l’allocation des fonds. Selon lui, Safe risque aussi d’endetter les Polonais “pour des générations”.
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“Un acte de trahison nationale”
Après des semaines de polémique, le gouvernement a violemment réagi jeudi soir à l’annonce du veto présidentiel. “Le président a perdu l’occasion de se comporter en patriote. Une honte !”, a écrit le chef du gouvernement Donald Tusk sur son compte X. Son porte-parole avait auparavant dénoncé “un acte de trahison nationale”.
Ce vendredi, le gouvernement pro-européen du pays s’est engagé à tout de même mettre en œuvre le programme Safe malgré le veto du président nationaliste. L’exécutif de Donald Tusk entend recourir à un instrument financier existant – mais moins agile et avantageux que celui rejeté le président – afin de sécuriser l’utilisation intégrale des quelque 44 milliards d’euros.

