Avec ses vidéos TikTok et ses stories Instagram très mises en scène, Sara Knafo s’est imposée comme l’une des candidates les plus visibles de la campagne municipale parisienne. Une stratégie de communication très travaillée qui lui a permis de gagner en visibilité et de progresser dans les intentions de vote.
Si la campagne des municipales se jouait sur TikTok, Sarah Knafo serait de toute évidence la grande favorite pour remporter l’élection à la mairie de Paris. Avec ses 245 000 abonnés, la candidate Reconquête multiplie les mises en scène sur ses réseaux sociaux. De l’ancienne chanteuse Koxie investie dans le 14e arrondissement, ou parcourant les rues de la capitale sur la moto du célèbre champion Philippe Monneret, la candidate pour l’Hôtel de Ville fait tout pour créer des contenus attractifs, susceptibles de capter l’attention.
Avec ses tenues jaune, un large sourire à chaque apparition médiatique ou encore des visuels inspirés de la campagne électorale de Zohran Mamdani, le nouveau maire de New York, Sarah Knafo, épouse d’Éric Zemmour, tend à faire oublier que ses idées sont pourtant très éloignées du candidat victorieux dans la mégalopole américaine.
Sur les réseaux sociaux, elle devance largement ses concurrents, avec pus de 500 000 abonnés sur Instagram, contre 200 000 pour Rachida Dati (LR) et 27 000 pour Emmanuel Grégoire (PS).
C’est une sorte “d’Amélie Poulain”
Dans ses stories, la candidate enchaîne les séquences autour de thèmes précis (sécurité, logement ou finances), tout en mettant en scène la capitale. “Aujourd’hui la tour Eiffel, demain la dette de Paris, après-demain les familles… Elle raconte une histoire. C’est une campagne numérique très maîtrisée”, observe Pascal Lardellier, spécialiste en communication politique à l’université de Bourgogne-Europe.
Une stratégie numérique qui s’appuie également sur des codes culturels et visuels soigneusement choisis. Dans ses vidéos, la candidate à la mairie de Paris opte toujours pour des couleurs vives avec des mises en scène pour un “Paris heureux”. “On peut dire qu’elle s’est en quelque sorte ‘Amélie Poulainisée’ avec son sourire permanent et sa petite touche d’accordéon à la fin de ses vidéos… Elle utilise tout un imaginaire parisien”, explique Pascal Lardellier.
Au-delà de la forme, les réseaux sociaux constituent aussi pour elle un outil stratégique pour contourner les médias traditionnels. “Elle avait un déficit de notoriété et tout le monde ne veut pas forcément l’inviter à la télévision, rappelle le chercheur. Les réseaux lui permettent d’assurer une campagne permanente, continue, et qui finit par être reprise par les grands médias.”
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Attention au “mirage politique”
Une stratégie politique et médiatique qui lui a permis de grappiller plusieurs points dans les derniers sondages. Partie avec 3 % des intentions de vote, elle est aujourd’hui à 13,5 %, une remontée qui pourrait bien, avec le jeu des alliances, venir troubler le duel entre Emmanuel Grégoire et Rachida Dati.
“Elle a fait en deux mois ce que Marine Le Pen a mis dix ans à faire : normaliser l’offre politique de Reconquête et la rendre acceptable pour une partie de la droite traditionnelle”, analyse Philippe Moreau Chevrolet, spécialiste en communication politique. “Sarah Knafo est une sorte de première MAGA française qui s’adresse à de jeunes électeurs de droite proche de l’extrême droite qui se reconnaissent dans une offre plus moderne et dynamique.”
Mais attention à ne pas confondre réseaux sociaux et réalité : “Reconquête est très fort en termes de communication, mais il se pourrait que ça soit aussi un mirage politique. On l’a vu avec Zemmour en 2022, sa popularité ne s’est pas retrouvée dans les votes. L’effet marketing peut être une illusion”, prévient Philippe Moreau Chevrolet.

