C’est le cœur battant de la place Esquirol. Depuis 80 ans, Midica accompagne la vie des Toulousains, des premières accessoires en caoutchouc aux goûters sur le rooftop de Gigiland. Alors que les commerces du centre-ville traversent des perturbations, ce monument indépendant attire près d’un million de visiteurs par an en refusant de céder aux sirènes du web.
Sur la place Esquirol, des générations de Toulousains ont poussé les portes du même magasin. Certains y sont venus enfants avec leurs parents. D’autres y achètent aujourd’hui leurs casseroles ou leurs outils de bricolage. Depuis 1946, le grand magasin Midica s’adapte aux transformations de la ville et aux modes de vie de ses habitants.

Fondée par Marcel Garrigou, transmise à son fils Roland trente ans plus tard, et aujourd’hui entre les mains d’Olivier et de Sophie, frère et sœur issus de la troisième génération, l’enseigne familiale fête ses 80 ans. Dans un paysage bouleversé par les zones commerciales et le commerce en ligne, ce magasin indépendant continue pourtant d’attirer près d’un million de visiteurs par an (970 000 précisément en 2025). Un chiffre en augmentation. “Il y a eu mille Midica en 80 ans”, résume Olivier Garrigou. Il est à la tête du groupe Gefiroga, qui possède aussi 9 magasins Intersport, 3 magasins Blackstore et un outlet dans la région. Pour survivre, le magasin n’a cessé de se réinventer.
L’histoire du magasin Midi Caoutchouc a commencé avec un ancien résistant : Marcel Garrigou se faisait appeler “Lieutenant Franck” dans le maquis du Lot pendant la Seconde Guerre. Il ouvre une petite boutique spécialisée dans les articles en caoutchouc. En huit décennies, l’enseigne changera profondément. Des articles de sports, des tondeuses, des toupies à béton, des skis, des planches à voile, de la literie… “On a tout vendu ici, sur cinq niveaux !”, s’amusent le frère et la sœur, qui voient une “fête du mouvement perpétuel” dans ce qu’on appelait autrefois un bazar. “Les concepts ont changé mais les fondations sont stables”, assurent-ils. Une sacrée performance, alors que la concurrence sévit partout, et que l’entreprise Garrigou assume son choix de ne pas céder aux sirènes de l’e-commerce.

À lire aussi :
Malgré un contexte plutôt morose, les Galeries Lafayette, locomotives du centre-ville de Tarbes, ont su se remettre sur les rails
La locomotive du bricolage
“Midica se porte bien”, assure Benoît Barron, son directeur général. Avec un chiffre d’affaires de 72 millions, la croissance de la holding est au rendez-vous. Au centre-ville, le magasin s’est recentré sur l’univers de la maison. Le bricolage est la locomotive, qui représente un tiers du chiffre d’affaires, dans un contexte national pourtant morose pour le secteur. Au-dessus, se trouvent les arts de la table, avec des marques historiques, comme les cocottes en fonte Le Creuset et la vaisselle Cristel, qu’on se transmet de génération en génération. Puis, aux étages supérieurs, le linge de maison et la décoration.
Un temps boudé par la jeune génération, Midica est parvenu à se renouveler en tenant compte des saisons et des tendances. Sur ses 40 000 références, plusieurs milliers changent tous les mois. “On leur a proposé des produits dans leur budget. Le panier moyen a baissé mais il contient plus d’articles qu’auparavant, explique Clarisse Berthet, la directrice du magasin. Les 35-50 ans représentent la plus grande part de notre clientèle mais on compte quand même 15 à 18 % de jeunes.”
Plus jeune, plus branché déco et plus abordable qu’avant, le grand magasin s’est aussi doté, au dernier étage, d’un restaurant, Gigiland, en 2019, qui lui permet d’attirer sa propre clientèle, du petit-déjeuner jusqu’à 19h30, en passant par le déjeuner et le goûter. Familles, coworkers et bandes de copains viennent y faire une pause et profiter de sa cuisine maison, de son rooftop et de son coin enfants. Dans un centre-ville où le commerce se transforme à grande vitesse, le grand magasin toulousain a prouvé qu’un modèle indépendant peut garder sa place.

