Terre d’exploits pour les grimpeurs, pays de contes et de mémoires, carrefour de langues et d’identités, les Pyrénées ne cessent de fasciner. À l’occasion de la sortie de Mes Pyrénéens insolites, Jean Lassalle et René Girma invitent à redécouvrir ce territoire à part et à comprendre pourquoi il continue de nous passionner.
Connaissez-vous vraiment les Pyrénées et ses histoires ? Le Pic du Midi, perché au-dessus des nuages, d’où l’on photographie la Lune avant même les premiers pas des astronautes en 1969, le Gourgue d’Asque, canyon luxuriant des Hautes-Pyrénées surnommé la “petite Amazonie”, ou encore le béret basque qui n’est pas basque mais béarnais… Autant d’images et de récits qui disent la diversité d’une chaîne longue de 430 kilomètres, ouverte sur l’Atlantique comme sur la Méditerranée.
C’est cette diversité et richesse pyrénéenne que racontent l’ancien député Jean Lassalle et le journaliste René Girma dans Mes Pyrénéens insolites, un ouvrage publié aux éditions du Glyphe à partir du 12 mars. Un récit de 180 pages qui rassemble anecdotes “trop peu méconnues”, faits historiques et histoires glanées au fil des années et des rencontres.
Une montagne territoire des grimpeurs
Pourtant, les Pyrénées n’ont pas toujours suscité le même émerveillement. Pendant longtemps, la montagne a inspiré la crainte, “c’était le domaine du diable”, rappelle René Girma, notamment à cause de sa population d’ours, de loups et de ses pentes abruptes. À tel point qu’en 1910, le Tour de France franchit pour la première fois le col du Tourmalet et les coureurs découvrent avec appréhension ces cols gigantesques et leur dureté.
L’un d’eux, Octave Lapize, avait accusé les organisateurs d’être “des assassins” tant l’étape était rude. À l’époque, certains coureurs le surnomment même le “cercle de la mort.” Pour l’écrivain Christian Laborde, grand amoureux des Pyrénées et auteur d’un ouvrage intitulé La chute de Luis Ocaña dans le col de Menté (Gallimard), cet épisode marque l’entrée de la chaîne dans la légende sportive. “Les Pyrénées sont le territoire des grimpeurs. Elles ont donné au Tour sa dimension épique”, souligne-t-il.
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Une richesse culturelle rare
Mais réduire les Pyrénées au cyclisme serait encore les trahir. “Elles ne sont pas une frontière, elles sont un pays”, insiste Christian Laborde. Une terre où se croisent le catalan, le gascon, le basque, l’espagnol et le français. “Une tour de Babel magnifique”, résume-t-il. D’une vallée à l’autre, les accents changent, les traditions se nuancent, les fêtes et les récits se répondent. Une superposition d’identités où cohabitent des héritages très anciens, des mythologies païennes et des récits de montagne. Christian Laborde parle d’un “pays du conte”, d’une terre façonnée par la parole avant même l’écriture. “Les mots ont leur place dans la bouche”, glisse-t-il.
Alors si les Pyrénées fascinent, c’est peut-être parce qu’elles sont une terre de contrastes. Sauvages et habitées, enracinées et ouvertes, savantes et populaires. Mais en 2026, le regard ne peut plus être seulement admiratif. “On voit les glaciers qui fondent, la neige qui disparaît”, alerte Christian Laborde. Derrière ses paysages de cartes postales, la montagne est aussi un territoire à préserver. “Hier on les chantait, aujourd’hui elles nous appellent au secours”, résume l’écrivain.
Et c’est peut-être là que réside le lien le plus fort. Car si l’on s’inquiète pour les Pyrénées, c’est bien parce qu’on y est attaché. “C’est comme quand on tombe amoureux, on ne sait pas l’expliquer mais on l’est”, sourit René Girma. Sans doute est-ce cela, le secret des Pyrénées : un mélange d’histoires, de paysages et de mémoire vivante qui, de vallée en vallée, continue de captiver ceux qui les parcourent comme ceux qui les racontent.

