March 7, 2026

"Elles sont sous les bombes" : de l’Iran à l’Ukraine, quand la guerre et l’autoritarisme menacent les femmes dans le monde

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À l’heure où la force l’emporte trop souvent sur le droit, les femmes paient le prix fort des conflits armés. Dans les zones de guerre ou sous régimes autoritaires, leurs droits reculent et les violences se multiplient.

Une semaine après les premiers bombardements israélo-américains sur l’Iran, la guerre s’installe au Moyen-Orient et compte déjà de nombreux morts. À l’heure où nous célébrons la Journée internationale des droits des femmes, ce conflit rappelle une réalité brutale : dans les guerres comme sous les régimes autoritaires, les femmes sont souvent les premières victimes.

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En Iran, leur situation était déjà au cœur de la contestation bien avant les bombardements. En 2022, la mort de Mahsa Amini avait déclenché un soulèvement inédit. Cette jeune Kurde de 22 ans avait été interpellée à Téhéran par la police des mœurs pour un voile jugé mal porté. Décédée le jour même sous les coups de ses geôliers, son visage avait fait le tour du monde. Dans les rues d’Iran, des milliers de femmes avaient alors retiré leur voile en scandant un slogan devenu symbole de la contestation : “Femme, Vie, Liberté”.

La répression n’avait pourtant jamais cessé. Fin janvier encore, des manifestations étaient violemment dispersées par le régime des mollahs, entraînant des milliers de morts et des dizaines de milliers d’arrestations selon des organisations de défense des droits humains. Depuis fin février, la guerre frappe à nouveau l’Iran, et le sort des femmes apparaît plus incertain que jamais.

“Libérer le peuple iranien”, et après ?

Pour justifier les frappes contre l’Iran, Donald Trump affirme vouloir “libérer” un peuple opprimé, après presque quatre ans de contestations récurrentes, notamment pour les droits des Iraniennes. Un argument que conteste fermement la sociologue Azadeh Kian, spécialiste de l’Iran et du Moyen-Orient. “Depuis quand Trump et Netanyahu se préoccupent-ils de la démocratie dans le monde ? C’est une instrumentalisation éhontée de la lutte des femmes pour leur liberté, estime la chercheuse. Aujourd’hui, elles sont sous les bombes, qu’elles soient pro-régime ou non, ce sont les premières victimes.”

Cette nouvelle guerre risque même de mettre un coup d’arrêt au mouvement de contestation qui secoue la société iranienne depuis près de quatre ans. Selon la sociologue, les frappes israélo-américaines pourraient même produire un effet contraire à celui brandi par Washington. “Elles viennent affaiblir le mouvement qui était en cours. Quand un pays est bombardé, les revendications pour l’égalité passent forcément au second plan car la population cherche d’abord à survivre”, explique-t-elle.

Cette réalité pourrait perdurer même en cas d’affaiblissement du régime. “La chute d’un pouvoir autoritaire ne signifie pas forcément un progrès pour les droits des femmes. Au contraire, on constate régulièrement qu’après des années de guerre, les sociétés sortent profondément fragilisées et les luttes de pouvoir prennent souvent le dessus sur les combats pour l’égalité.”

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La guerre ennemie des femmes

L’histoire récente montre d’ailleurs que les conflits et les bouleversements politiques se traduisent rarement par des avancées pour les femmes. En Afghanistan, le retour des talibans au pouvoir en 2021 après le départ des troupes américaines en est l’exemple le plus déchirant. En quelques mois, près de 20 millions d’Afghanes ont été exclues des espaces publics : interdiction d’étudier à l’université, restrictions sur l’emploi et limitation drastique de leurs déplacements. Quatre ans plus tard, les autorités talibanes ont peu à peu érigé un mur autour des femmes : plusieurs dizaines de décrets leur sont consacrés. Le dernier autorise les maris à infliger des châtiments corporels, sexuels ou psychologiques à leurs épouses.

Mais elles ne sont pas les seules. Au Soudan, où l’armée et les forces paramilitaires s’affrontent depuis 2023, les ONG dénoncent une explosion des violences sexuelles. “En temps de guerre, les femmes sont violées, car c’est un moyen de souiller, à travers leurs corps, toute une nation”, explique la sociologue.

Une réalité qui n’épargne pas non plus l’Ukraine. Depuis l’invasion russe en 2022, les autorités et les organisations internationales documentent de nombreux cas de violences sexuelles en zone occupée. Preuve que lorsque les armes font la loi, les droits des femmes reculent et leurs corps deviennent un autre champ de bataille.

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