Emmaüs doit faire face à un afflux inédit de textiles, conséquence directe de la fast fashion. Les collectes ont été stoppées et des dizaines de sacs finissent désormais chaque semaine à la déchèterie.
Dans les locaux d’Emmaüs Cahors, installés dans la zone industrielle d’Englandières sur la route de Mercuès, la partie textile tourne à plein régime. Chaque semaine, près d’une centaine de sacs de vêtements arrivent. Mais derrière ces dons généreux se cache une réalité de plus en plus difficile à gérer pour l’association.
Depuis 2024, la crise mondiale du textile et l’essor de la fast fashion ont profondément bouleversé l’activité de l’association. “Il faut surtout voir le point de départ : la façon de consommer. On veut toujours renouveler les collections. Il n’y a plus de qualité”, observe Alix Lepoil, responsable communication d’Emmaüs Cahors.
Un afflux de vêtements… et de déchets
L’été dernier a marqué un tournant. Les arrivages ont explosé, mais une grande partie des vêtements ne pouvait plus être réutilisée. Aujourd’hui, l’association, qui rassemble 13 salariés et près de 70 bénévoles, trie environ 15 tonnes de textile par trimestre. Ce travail repose sur deux salariés et une dizaine de bénévoles mobilisés chaque semaine pour la partie textile.


Au-delà de ce travail colossal se cache une difficulté majeure : l’absence de débouchés pour les vêtements non réemployables. “Avant, nous avions des repreneurs, des gens qui recyclaient. Mais cela s’est terminé”, explique Alix Lepoil. Pire encore : là où l’association était autrefois rémunérée pour ces textiles, elle a dû, l’an dernier, payer pour que certains déchets soient récupérés.

La fin des collectes
Face à cette situation, Emmaüs Cahors a dû prendre des décisions inédites. La vingtaine de bornes de collecte du Grand Cahors ont été progressivement fermées entre juillet et janvier. Les collectes de vêtements à domicile ont également été arrêtées. “Cela mobilisait deux salariés une journée entière par semaine. Et nous ne faisions que stocker des déchets”, raconte la responsable communication.

L’été dernier, les équipes ont été submergées. Les sacs s’accumulaient, les conteneurs débordaient et les espaces de stockage étaient saturés. Aujourd’hui encore, une quarantaine de sacs de vêtements sont envoyés chaque semaine à la déchèterie. Un paradoxe difficile à accepter pour l’association, dont la vocation reste la solidarité. “Nous ne sommes pas la déchèterie”, insiste la présidente des Amis d’Emmaüs Cahors, Brigitte Siffray. “Certains salariés disent qu’ils font le même travail qu’à la déchetterie, et c’est un vrai problème.”

Une qualité en baisse
Pour les bénévoles présents depuis longtemps, l’évolution est flagrante. Évelyne, 78 ans, trie et organise le joli rayon textile de l’association depuis plus de quinze ans. Elle a vu les dons changer au fil du temps. “On a constaté une détérioration de la qualité des vêtements”, confie-t-elle. Selon l’équipe, l’essor des plateformes de revente entre particuliers a également modifié la nature des dons. Les vêtements en bon état sont souvent revendus en ligne, tandis que les associations récupèrent plus fréquemment les pièces abîmées.

Pour Brigitte Siffray, le problème dépasse désormais le textile. “Le sujet s’est imposé à nous. Cela faisait longtemps qu’on s’inquiétait des quantités, mais aujourd’hui on voit l’ampleur du phénomène.” Et un autre défi se profile déjà : celui des jouets. “Nous recevons des tonnes de jouets, parfois même neufs. Des magasins nous donnent leurs surplus”, explique-t-elle. Un paradoxe qui interroge le sens même de l’activité de l’association. “On pourrait presque ne vendre que des jouets neufs. Mais ce n’est plus de la seconde main. On perd notre cœur de métier.”
Entre inquiétude et espoir
Au fil du temps, Emmaüs se retrouve à gérer des flux toujours plus importants d’objets. “On fait de la gestion de stock, de flux, presque de déchets”, reconnaît la présidente. Malgré les difficultés, l’association veut croire à des solutions et cherche toujours des bénévoles. Des entreprises spécialisées dans le recyclage textile commencent à émerger. “Il y a des savoir-faire, des entreprises qui se développent. Mais il faudra aussi des choix politiques et des financements”, estime Brigitte Siffray.

En attendant, Emmaüs Cahors lance un appel simple : ne donner que des vêtements en bon état. “Le trop-plein de bonne qualité ne poserait pas de problème”, rappelle la présidente. “Mais le trop-plein de cochonneries, si.”

