Le deuxième jour du procès de Christophe Ellul, accusé d’homicide involontaire après la mort d’Élisa Pilarski, a été marqué par une inflexion cruciale dans le discours du prévenu. Les expertises ont failli faire craquer le maître de Curtis.
“Il est à bout de forces”, a justifié Me Alexandre Novion pour expliquer les raisons qui ont poussé son client Christophe Ellul à “craquer nerveusement”. Six ans après la mort d’Élisa Pilarski en forêt de Retz, le procès de son compagnon a connu un moment charnière, ce mercredi 4 mars. Devant le tribunal correctionnel de Soissons, Christophe Ellul a admis que son chien, Curtis, a pu attaquer la jeune femme. “Je pense que la présidente m’a donné les preuves avec les mesures des crocs”, a-t-il notamment lâché, avant de craquer.
La phrase brève, prononcée dans les sanglots, rompt avec des années d’une ligne de défense fondée sur la mise en cause des chiens de chasse à courre présents ce jour-là. “Ce ne sont pas au sens strict du terme, des aveux”, a averti son conseil bordelais, en fin de journée.
Les tailles des crocs comparées aux plaies
Le 16 novembre 2019, Élisa Pilarski, enceinte de six mois, était retrouvée morte, présentant de multiples morsures. Très tôt, le débat public s’était cristallisé autour d’une possible implication d’une meute de vénerie évoluant dans le secteur. L’instruction, elle, s’est progressivement orientée vers Curtis, le pitbull du couple.
À l’audience, les magistrats sont revenus méthodiquement et de façon extrêmement technique sur les expertises vétérinaires et médico-légales. Plus d’une cinquantaine de plaies ont été relevées sur le cadavre d’Élisa Pilarski, lors de l’autopsie. Les spécialistes ont comparé l’écartement des crocs, la profondeur et la morphologie des morsures avec des moulages des mâchoires des chiens susceptibles d’être impliqués.
Les conclusions des expertises ont convergé : les lésions sont compatibles avec la mâchoire de Curtis et ne correspondent pas à celles des chiens de chasse, qui sont trop grandes. “Les mâchoires des chiens de chasse sont trop grandes pour correspondre”, a clairement énoncé la procureure Laureydane Ortuno.
Face à ces éléments, Christophe Ellul, acculé par les questions, concède : “Les mensurations parlent d’elles-même, aujourd’hui, on m’a donné la preuve qu’il est coupable”. Il précise n’avoir jamais assisté à la scène et affirme ne pas pouvoir décrire ce qu’il s’est réellement passé dans les derniers instants. Stupeur dans la salle, où tout le monde a pensé aux aveux. Que nenni pour la défense.
Une défense fragilisée par l’évolution des déclarations ?
Si cette reconnaissance partielle ne vaut pas aveu de culpabilité, elle infléchit nettement la stratégie adoptée depuis plusieurs années par la défense de Christophe Ellul. Durant l’enquête, Christophe Ellul avait multiplié les déclarations laissant entendre que la chasse à courre pouvait être responsable du drame. À l’audience, le ministère public souligne cette évolution et insiste sur la cohérence des expertises, réalisées indépendamment les unes des autres.
Des observations contestées par Me Novion qui a clairement affirmé que l’expertise vétérinaire sur le comportement de Curtis a été un acte de validation. Elle cherchait à répondre à une question décisive : le pitbull du prévenu a-t-il été entraîné au mordant sportif ou suspendu ?
Curtis entraîné au mordant ?
Une expertise vétérinaire a pourtant bien établi que Christophe Ellul a fait faire du mordant à Curtis. “Je ne savais pas que c’était du mordant”, a-t-il rétorqué. La discipline est interdite en France et est considérée comme un acte de maltraitance animale.
Christophe Ellul a plaidé l’ignorance, reprenant du poil de la bête. “Pour moi, c’était naturel de jouer comme cela”. Ce à quoi la présidente Armelle Radiguet lui a opposé : “Un chien peut être dangereux sans être agressif”. N’est-ce pas tout le cœur de cette affaire ?

