March 5, 2026

"Cette grosse période de gel nous a tout emporté" : pourquoi dans ce département les trufficulteurs ont vendu seulement 200 kg de truffes

l’essentiel
La production de truffes noires de Lalbenque a chuté à moins de 200 kg cette saison, contre 500 kg habituellement. Le gel intense de janvier a décimé les récoltes. Jean-Jacques Foures, président de l’association des trufficulteurs du canton de Lalbenque, et Géraldine, trufficultrice, dressent un bilan amer.

“On n’a pas dépassé les 200 kg de truffes commercialisables sur le marché, sur l’ensemble de la saison depuis décembre.” Pour Jean-Jacques Foures, président de l’association des trufficulteurs du canton de Lalbenque et des causses du Quercy, le bilan de la saison, qui s’est clôturée mardi 3 février, est amer. D’habitude, il l’affirme, le chiffre est doublé : ce sont près de 500 kg de truffes noires qui sont vendues chaque année.

Mais cette fois-ci, la production du diamant noir a subi de plein fouet le dérèglement climatique et notamment la vague de froid qui a frappé le département début janvier. “C’est une année catastrophique. La saison avait très bien démarré en décembre, avec de belles truffes, bien mûres. Mais nous avons eu une grosse période de gel la deuxième semaine de janvier, qui a décimé toute la production”, détaille Jean-Jacques Foures. Pourtant le gel fait partie du cycle naturel de la truffe noire de Lalbenque. Il favorise même sa maturation, à condition… de rester modéré. Les nuits consécutives à – 10 degrés ont laissé des traces invisibles mais redoutables. “Cette grosse période de gel nous a tout emporté. Heureusement, le Tarn a été moins touché et a pu nous fournir un peu de truffes”, note-t-il. Pour les trufficulteurs du Lot, le bilan reste difficile.

Le dernier marché aux truffes de Lalbenque a eu lieu ce mardi 3 mars.
Le dernier marché aux truffes de Lalbenque a eu lieu ce mardi 3 mars.
DDM – Selim Bi Hi-Samin

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“Un tiers de la production au congélateur”

“Travailler toute une année pour voir la production abîmée en quatre jours, c’est dramatique”, souffle Géraldine. La trufficultrice possède cinq hectares. Elle a planté ses chênes il y a quinze ans. Et depuis cinq ans, elle se rend sur le marché de Lalbenque chaque mardi jusqu’à fin février. Cette année, elle s’est arrêtée en janvier. “On a eu pas mal de truffes gelées, parce qu’elles sont en surface, donc pas très profondes. On a mis environ un tiers de la production au congélateur pour l’ensemencement. On en a aussi vendu à des pépiniéristes pour leurs plants ou à des particuliers qui ont des truffières”, détaille celle qui se trouve sur la commune de Laburgade.

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La crainte, pour elle et d’autres trufficulteurs, c’est de voir ces épisodes se multiplier. “La sécheresse, on peut la gérer avec l’arrosage, mais le gel, on ne sait pas comment y remédier. Pailler, c’est possible, mais sur de grandes surfaces, c’est coûteux et on ne sait pas si c’est efficace. Si c’est un épisode tous les dix ans, ce n’est pas grave, mais si ça devient récurrent, ce sera problématique”, note-t-elle.

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De 200 euros à 1 100 euros le kilo

Sur le marché, Jean-Jacques Foures veille au grain. Aucun trufficulteur ne peut vendre, au prix du marché, des truffes gelées. Le prix tombe donc à 200 euros le kilo. Et les trufficulteurs, eux, se sont adaptés. “Cette année, c’était particulier. Comme la production s’est terminée tôt, les prix ont grimpé. Début décembre, la moyenne était de 700 à 900 euros le kilo selon la qualité. En janvier, c’est descendu à 500, puis remonté à 600, et les derniers marchés ont atteint 1 100 euros le kilo. Normalement, ça ne monte pas aussi haut : la moyenne tourne autour de 700 euros”, soulève Géraldine. Mais face au peu de truffes qui passaient le contrôle minutieux, les prix se sont envolés. “C’est l’offre et la demande”, résume la trufficultrice.

Gelées, les truffes ne peuvent être vendues au prix initial, autour de 500 à 700 euros le kilo.
Gelées, les truffes ne peuvent être vendues au prix initial, autour de 500 à 700 euros le kilo.
DDM – Selim Bi Hi-Samin

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Difficile pour elle de savoir comment envisager les prochaines années. Mais ce sont les “aléas de l’agriculture”. “Il faut attendre plusieurs années pour voir si c’est une tendance ou un épisode isolé. Changer les habitudes des producteurs et des clients serait compliqué. Le marché de Lalbenque est d’ailleurs de plus en plus fréquenté par des particuliers, ce qui change la dynamique : les paniers sont plus petits, entre 200 et 600 grammes, car peu peuvent acheter plusieurs kilos”, ajoute la trufficultrice. Autant de conditions qui soulèvent des questions quant à l’avenir du diamant noir pour les prochaines années.

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