March 3, 2026

Double crise de production et de consommation : pourquoi le vignoble de Gascogne vacille avec 30 % de récoltes en moins

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Le vignoble gascon traverse une période difficile, marqué par cinq années de récoltes insuffisantes. Les aléas climatiques et une baisse de la consommation fragilisent la trésorerie des exploitations. Pourtant, l’espoir demeure pour le millésime 2026. Explications.

Le vignoble gersois est-il en train de vaciller ? En début d’année, le tribunal de commerce d’Auch, chef-lieu du Gers, a validé le plan de sauvegarde du domaine Tariquet, fleuron des Côtes de Gascogne. Puis, ce jeudi 26 février, le couple emblématique de l’émission L’amour est dans le pré, Pierre et Frédérique, a annoncé sur les réseaux sociaux faire face à une crise agricole majeure : 1,5 million d’euros de dettes menacent aujourd’hui leur exploitation.

Ces situations critiques interrogent sur la santé du vignoble gascon, fragilisé depuis plusieurs années par une succession d’aléas climatiques. Autant d’épisodes qui ont entraîné des récoltes insuffisantes. Alain Desprats, directeur du Syndicat des Vins Côtes de Gascogne, dresse un constat sans détour : “Le vignoble gersois a connu cinq petites récoltes d’affilée : 2021, 2022, 2023, 2024 et 2025. Petites, cela signifie environ 30 % de production en moins par rapport à une année normale. Et pour des raisons principalement climatiques.”

Alain Desprats, directeur du Syndicat des Vins Côtes de Gascogne.
Alain Desprats, directeur du Syndicat des Vins Côtes de Gascogne.
DDM – Sébastien Lapeyrère

L’année 2021 a été marquée par un gel de printemps particulièrement destructeur. En 2022, une sécheresse sévère, accompagnée d’une forte canicule, a été suivie d’importants orages de grêle. “Environ 5 000 hectares avaient été touchés il me semble”, précise-t-il. En 2023, les excès de pluie au printemps ont favorisé le développement de maladies, notamment le Mildiou, et causé d’importants dégâts dans les vignes. En 2024, de mauvaises conditions météorologiques au moment de la floraison ont provoqué coulures et avortements. Enfin, en 2025, la sécheresse et la canicule sont revenues, accompagnées d’un épisode de grêle sur le secteur de Condom.

Résultat : cinq années consécutives de récoltes déficitaires. “Tous les vignerons de Gascogne et de l’Armagnac souffrent énormément. La question des ressources financières pour poursuivre l’activité devient centrale”, souligne Alain Desprats.

Une trésorerie fragilisée

Sans disposer d’un état des lieux exhaustif, le directeur du syndicat estime que “la très forte majorité des exploitations est aujourd’hui fragilisée en matière de trésorerie”. Malgré tout, il insiste sur la résilience de la filière : “Les opérateurs restent confiants. Ils croient en ce vignoble Gascogne-Armagnac. Les Côtes de Gascogne demeurent des produits adaptés au marché.”

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Au-delà des aléas climatiques, la filière doit également composer avec une baisse de la consommation. “Nous traversons une double crise : une crise de production et une crise de consommation”, analyse Alain Desprats. Depuis un an et demi environ, la demande nationale et internationale ralentit. La déconsommation touche l’ensemble des vins tranquilles, même si les vins rouges et rosés semblent plus affectés que les blancs. “Nous avons les armes pour lutter, avec des produits fruités, des produits adaptés au marché.”

Un millésime 2026 “absolument pas compromis”

En revanche, malgré les pluies torrentielles qui ont marqué le début d’année, la situation n’inquiète pas pour l’instant les professionnels. “S’il doit pleuvoir, mieux vaut que ce soit en janvier”, relativise Alain Desprats.

Hormis d’éventuels dégâts localisés liés à l’érosion ou aux coulées de boue, ces précipitations pourraient même constituer une bonne nouvelle : elles permettent de reconstituer les réserves hydriques des sols.

À ce stade, le millésime 2026 n’est “absolument pas compromis”. La vigne entamera son cycle végétatif avec des réserves en eau suffisantes. Les prochains mois, notamment au moment du débourrement et de la floraison, seront toutefois déterminants.

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