April 17, 2026

"C’est pour montrer que tout le monde peut le faire": ils veulent amener des sédentaires à finir un ultra-trail

l’essentiel
Kiné du sport, le Lotois Karl Campdoras fait partie des coachs d’un projet scientifique de longue haleine sur les bienfaits du sport : accompagner quarante sédentaires jusqu’à une course de l’Ultra-Trail du Mont Blanc.

Inutile de vanter les bienfaits du sport auprès de Karl Campdoras. Kiné du sport, traileur, ancien rugbyman, il en est déjà convaincu. Au point que celui qui est aussi coach de trail participe à une expérience scientifique pour le prouver.

Karl Campdoras est aussi coach de trail formé à l’École du trail.
Karl Campdoras est aussi coach de trail formé à l’École du trail.
Photo transmise par K. C.

0 to 100, c’est son nom, a été lancé par l’université Jean Monnet de Saint-Étienne avec le CHU stéphanois. Le projet : amener des sédentaires à courir les 100 km de la CCC (Courmayeur-Champeix-Chamonix) dans le cadre de l’Ultra-Trail du Mont Blanc.

“On va voir les effets de nos propres yeux”

L’objectif : vérifier les bienfaits du sport sur la santé ou, en langage plus universitaire, “quantifier précisément les transformations du corps et de l’esprit grâce à un protocole scientifique rigoureux”. Le coaching est assuré par l’École de trail. Et ça tombe bien, Karl Campdoras est justement formé à cette méthode. Alors quand il a entendu parler de cette expérience, ce kinésithérapeute d’Alvignac (Lot) a bondi sur l’occasion.

“C’est hyperintéressant en tant que kiné du sport”, explique-t-il. “Il y a plein de gens qui sont d’accord avec le fait que l’activité physique, c’est bon pour la santé et ils n’en font pas”, déplore le quadragénaire. Il espère donc que les résultats de l’étude lui donneront encore plus d’arguments : “Ça va être hyperprécis. On va voir les effets de nos propres yeux”.

“C’étaient des vrais sédentaires”

Vingt hommes et vingt femmes, tous candidats, ont été retenus à l’issue d’entretiens et de tests. “Et c’étaient des vrais sédentaires, même pas des gens qui prennent le vélo pour aller au travail”, poursuit Karl Campdoras. Le challenge : qu’en août 2027, au moins 80 % d’entre eux arrivent à finir cet ultra-trail de 100 km sur l’UTMB. Impossible ? Pas pour les chercheurs. “C’est pour montrer que tout le monde peut le faire”, renchérit le Lotois.

Pour cela, les participants bénéficient tous du même programme d’entraînement précis supervisé par un coach. Ils auront trois regroupements sous forme de “week-end chocs”, et suivront des tests réguliers en laboratoire à l’Institut régional de médecine et d’ingénierie du sport, allant jusqu’à des biopsies musculaires.

Déjà une évolution sur un mois

Chaque coach suit quatre personnes. “On les motive, on fait remonter les infos, on répond à leurs questions”, explique Karl Campdoras. Au menu, de la course à pied mais pas seulement : “Il y a des sports croisés : vélo, randonnée. Mais c’est toujours du temps passé dehors. Et il y a beaucoup de renforcement musculaire”. En un mois, certains voient déjà une évolution.

Karl Campdoras en accompagne six car il y a aussi deux personnes engagées sur le 0 to 40, un projet réservé aux personnes souffrant de handicap ou de maladie chronique.

“Les gens vont trop vite”

Les coachs comme Karl Campdoras suivent les participants, répondent à leurs questions, remontent les informations et animeront des week-ends "choc".
Les coachs comme Karl Campdoras suivent les participants, répondent à leurs questions, remontent les informations et animeront des week-ends “choc”.
Photo transmise par K. C.

Les candidats ont commencé l’entraînement début mars. “Là, ils courent treize fois une minute” note le coach. La montée en puissance est très progressive. “Si tu laisses à ton corps le temps de s’adapter, tu peux tout faire”, confirme Karl Campdoras, à condition de ne pas aller trop vite. Et c’est bien là le nœud du problème. “Les gens vont trop vite. 80 % se blessent la première année d’exercice”, observe-t-il avant d’illustrer : “Une minute de course, c’est sauter 90 fois sur le pied gauche et 90 fois sur le pied droit. Certains me disent : j’ai couru dix minutes, ça sert à rien. Mais essayez de sauter 900 fois sur chaque pied”.

Course hommage

Après avoir arrêté le rugby, Karl Campdoras s’est mis à courir… et pas à petite dose. En 2017, il a couru un marathon pour Mécénat chirurgie cardiaque, avant de se tourner vers le trail. “Courir en ville, c’est moins marrant”, dit-il. S’il n’a pas encore participé à l’UTMB, il a couru la Diagonale des fous, à La Réunion, il y a deux ans. Et cette course mythique a un lien avec ce qui l’occupe ce week-end : ce mercredi 15 avril, Karl Campdoras devait partir du Puy-en-Velay pour rallier Creysse samedi ou dimanche au terme de plus de 300 kilomètres de course. Une forme d’hommage à un ancien patient, devenu un ami, et qui avait marché sur le chemin de Saint-Jacques. “Quand j’ai fait la Diagonale des fous, il m’a laissé un message, je n’ai pas eu le temps de le rappeler et il est mort le lendemain… Je n’ai jamais eu le temps de marcher avec lui”, regrette Karl Campdoras. Alors, avec le fils de son patient, il va courir du Puy à Creysse et, en 2027, devrait sortir un film documentaire sur cette aventure.

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