Après avoir interpellé le ministre de l’Industrie sur le sujet, le sénateur Franck Montaugé appelle dans le Gers à une stratégie de diversification pour accompagner les mutations agricoles, attirer entreprises et investisseurs et transformer les enjeux climatiques en leviers d’emplois locaux durables.
Monsieur le Sénateur, vous avez récemment interpellé Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, sur la nécessité “d’accompagner les territoires agricoles en mutation vers la diversification”, “la création d’une économie nouvelle”. Qu’entendez-vous par là ?
Nous devons désormais penser l’avenir de nos territoires en tenant compte des enjeux économiques, sociaux et environnementaux qui se posent conjointement. Les activités existantes doivent être soutenues tout en évoluant. Les projets nouveaux ou potentiels contribuant au développement doivent être facilités pour les porteurs de projets. Les politiques publiques peuvent les faciliter et les accompagner. La démarche “Territoires d’industries”, qu’avec d’autres j’ai contribué à développer dans le Gers, en est un bon exemple.
À lire aussi :
ENTRETIEN. “Une mentalité terrienne” : ce que révèle l’étude exclusive de l’Ifop sur la santé économique du Gers
Selon vous, quelles sont les filières nouvelles qui pourraient demain, non pas remplacer, mais compléter l’économie agricole dans le Gers ?
L’économie agricole gersoise, dans sa diversité de structures et de productions, doit être confortée et accompagnée dans ses évolutions. C’est fondamental et il faut y veiller ! Mais son évolution doit nous inciter à diversifier les productions économiques gersoises en répondant aux besoins et aux enjeux d’un développement durable. J’ai trouvé que le travail de “planification écologique” mené par l’État était pertinent pour définir le cadre et faciliter les choix. Cette démarche qui n’a pas pleinement abouti pourrait inspirer les acteurs locaux, notamment dans le cadre des schémas régionaux de développement économique et d’aménagement du territoire.
Comment convaincre les investisseurs et les entreprises de s’installer en zones rurales ?
Le rural a des atouts pour prendre sa place dans le monde productif durable dont notre pays a besoin. Les chefs d’entreprise et les salariés contribuent déjà à la vitalité des territoires ruraux. De nombreux exemples d’installations et de transformations réussies existent dans le Gers. Ils doivent être valorisés. On sait que les ressorts de l’installation dans le rural oscillent entre attachement au terroir et opportunisme de développement. Cela marche quand les porteurs de projets, acteurs des services à l’entreprise (dont la formation), collectivités territoriales et État travaillent ensemble de façon méthodique et structurée. Je crois que nous devons et que nous pouvons progresser sur ce point. Une dynamique est à impulser. J’y prendrai ma part le cas échéant.
À lire aussi :
Déserts médicaux : le sénateur du Gers Franck Montaugé réclame le déploiement d’internes en médecine
Vous critiquez la mise en concurrence des territoires par les appels à projets : quel mécanisme de financement plus juste proposez-vous pour que le Gers ne soit pas pénalisé face aux grandes métropoles ?
Le développement des territoires ruraux et de leurs villes moyennes doit procéder d’une double démarche, “du terrain vers l’État” et “de l’État vers le terrain”. Mais effectivement, une ambition, une vision, au plus haut niveau de l’État, de ce que les territoires ruraux comme le nôtre peuvent apporter au redressement productif de la France serait utile.
Par ailleurs je n’oppose pas métropoles et territoires ruraux. Leur complémentarité doit être réelle. En définitive, il s’agit de faire vivre une interdépendance profitable à tous les territoires. Il y a déjà du positif mais je pense qu’on peut faire mieux. Les infrastructures de déplacement sont à cet égard indispensables… mais pas suffisantes à elles seules.
L’économie “durable” est souvent perçue comme un concept urbain : comment transformer concrètement les enjeux climatiques en emplois locaux et non délocalisables pour les Gersois ?
Ce concept mérite d’être expliqué parce qu’il concerne tous les territoires. Ne regardons pas la notion de développement durable par le petit bout de la lorgnette. Il ne s’agit pas non plus de décroissance mais d’une autre croissance. Nous sommes rentrés dans une période où l’industrie au sens large du mot est déjà en mutation profonde. Les territoires ruraux doivent y contribuer. C’est à cela que je travaille.

