April 17, 2026

Mort d’un bébé de 5 mois dans une crèche à Agen : le désespoir des parents de Baptiste face à un potentiel abandon des poursuites

l’essentiel
L’instruction concernant la mort de Baptiste, cinq mois, dans une crèche d’Agen en juillet 2022, touche à sa fin. Avec les éléments d’enquête en sa possession, la justice doit désormais décider de poursuivre, ou non, le gestionnaire de l’établissement mis en examen pour homicide involontaire. Les parents du nourrisson craignent un non-lieu.

Le petit sac à dos à l’effigie d’un loup n’a plus quitté Marie Arderiu-Champion depuis le 25 juillet 2022. “C’est tout ce qu’il nous reste. J’ai même les habits qu’il portait ce jour-là, que je n’ai jamais lavés. Son petit polo, son pantalon…”, s’effondre-t-elle en extirpant du sac de minuscules vêtements. Près de quatre années se sont écoulées depuis le décès du fils de Jean et Marie Arderiu-Champion, le petit Baptiste âgé de cinq mois, au sein de la crèche Yakari d’Agen.

La procédure, éprouvante pour les parents qui espèrent inlassablement que la responsabilité de l’association mise en cause dans la mort du nourrisson soit définitivement reconnue, s’apprête à franchir une étape décisive dans les semaines à venir. Bouclée, l’instruction peut désormais aboutir à différentes décisions, sur lesquelles le magistrat instructeur doit statuer : ordonner le renvoi de l’Udaf47, gestionnaire de la crèche mis en examen pour homicide involontaire, devant une juridiction de jugement, ou prononcer un non-lieu.

La seconde option, inconcevable pour Jean et Marie compte tenu des défauts de surveillance du personnel de la crèche pointés au cours de l’enquête, ne serait pas inenvisageable eu égard aux réquisitions des services du parquet d’Agen, dont ils ont récemment pris connaissance. “Il y a une chaîne de dysfonctionnements, mais à la fin, on vous dit : ce qui est arrivé, c’est de la malchance”, soupire Jean Arderiu-Champion.

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Décédé depuis une heure au moment de la prise en charge

Durant cette matinée d’été, Baptiste est retrouvé inanimé, sur le ventre, aux alentours de 10 h 45. Le couple n’en démord pas, le personnel a été averti, par ses soins, de la tendance du bébé à se retourner lors de son admission dans l’établissement ce matin-là. “Ma femme leur a expliqué qu’il y avait un risque qu’il reste bloqué. Apparemment, personne ne l’a pris en compte”, répète-t-il.

Les parents de Baptiste ont eu accès à des éléments du dossier qui permettraient d’attester que, des surveillances sieste, qui doivent être réalisées toutes les 15 minutes comme le stipule le protocole, n’ont pas été effectuées, à la fréquence requise, par les membres du personnel présents au moment du drame. “C’est impossible de savoir qui faisait quoi”, s’insurgent-ils. Le bilan du médecin légiste conclut à une mort subite du nourrisson.

Quand une manœuvre de réanimation est réalisée sur Baptiste par un médecin urgentiste, vers 11 heures, “tous les éléments médicaux mettent en avant le fait qu’il est décédé depuis une heure et demie à deux heures. On sait qu’il est resté sans surveillance durant ce temps-là”, insiste Marie Arderiu-Champion.

Baptiste, cinq mois, était admis dans la crèche Yakari d’Agen, gérée par l’Udaf47.
Baptiste, cinq mois, était admis dans la crèche Yakari d’Agen, gérée par l’Udaf47.
Photo fournie par Jean et Marie

Dès lors, ils estiment que l’absence de visites dans le dortoir des bébés durant une partie de la matinée a joué un rôle dans le décès de leurs fils, qu’il serait “inacceptable” d’écarter par un non-lieu. “Ils tueraient Baptiste une deuxième fois. On souligne les manquements, mais ces manquements, pour eux, n’ont pas entraîné son décès. Quand j’arrive à la crèche, mon fils est marbré, froid”, reprend, en larmes, la maman de Baptiste. “Au bout de dix minutes, il aurait pu y avoir une réanimation. On leur a confié notre enfant, notre vie, et ils nous l’ont rendu dans un cercueil”, lâche Jean.

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“On ne lâchera pas”

Enlisés “dans une quête de vérité”, devenue le seul moteur de leur vie, Jean et Marie s’entêtent depuis quatre ans à connaître le scénario exact qui s’est déroulé entre les murs de la crèche Yakari, afin d’établir des responsabilités dans le décès de leur enfant unique. “C’est une très bonne chose de mettre en examen l’Udaf en tant que personne morale. Mais, il y avait des personnes, ce jour-là, qui étaient avec Baptiste. Et elles continuent à exercer. Il n’y a plus d’humanité”, dénonce le père du nourrisson.

Brutal, inattendu, en plus de les ronger de tristesse, le drame les a profondément isolés. “La réalité, pour nous, c’est que les anniversaires, Noël, on ne connaîtra pas tout ça. “Papa, maman, je t’aime”, on ne l’entendra jamais. Il nous reste une bougie allumée, une tombe, un sac. On a l’impression d’avoir la peste. Comme si c’était contagieux”.

Ce combat, mené “pour Baptiste, parce qu’on lui a promis”, le couple ne saura se résoudre à l’abandonner. “C’est ce qui nous aide à nous lever tous les matins. Je n’ai pas envie d’accepter cette décision. On ne lâchera rien. On a été très patients, gentils. Mais on ne lâchera rien”, promet Marie Arderiu-Champion. Le 11 février 2026, Baptiste aurait soufflé sa quatrième bougie.

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