March 1, 2026

"Il a menacé un stagiaire de l’attraper à la sortie" : spéculateurs, collectionneurs… quand la folie Pokémon s’empare de cette commune des Pyrénées

l’essentiel
Le jeu de cartes Pokémon connaît un engouement sans précédent. À Foix, la boutique Ragnar’Ork en fait une activité florissante, représentant 15 % de son chiffre d’affaires. La spéculation reste un défi constant.

Le vendredi 27 février marque une date emblématique : Pokémon fête ses 30 ans. Depuis 1996, la licence séduit plusieurs générations grâce à ses créatures mondialement connues. Jeux vidéo, séries animées, films… Mais aujourd’hui, c’est une autre déclinaison qui connaît un succès fulgurant : le jeu de cartes à collectionner.

Le principe est simple. Les joueurs achètent des “boosters”, de petits paquets contenant des cartes aléatoires. Certaines sont communes, d’autres beaucoup plus rares. Les “display” sont des cartons regroupant 36 boosters, souvent prisés lors des nouvelles sorties. Sur le marché secondaire, certaines cartes, en fonction de leur rareté et de leur état, peuvent atteindre plusieurs centaines d’euros.

“Au début, il n’y avait pas autant d’engouement”

À Foix, le magasin de jeux Ragnar’Ork vend ces cartes depuis près de sept ans. Son gérant, Adrien Saurat, se souvient des débuts plus timides. “Au début, il n’y avait pas autant d’engouement. On s’est mis à en vendre parce qu’un des distributeurs qu’on connaissait, nous a proposé une entrée avec un prix intéressant”, explique-t-il.

Déjà familier de l’univers, il décide de tenter l’aventure : “Comme j’avais travaillé avant d’ouvrir le magasin à Leclerc au rayon jouet, je connaissais Pokémon. Et du coup, je me suis dit : “Bon pourquoi pas, on essaie ?” “.

L’activité prend rapidement de l’ampleur. Aujourd’hui, la boutique est reconnue officiellement par la licence. “On est organisateur d’événements de Ligue, donc on fait partie du programme Play Pokémon qui est directement soutenu par Pokémon Compagnie”, précise-t-il. “Tu n’es pas reconnu juste comme point de vente, mais comme organisateur de tournoi. Et eux, ils financent avec des produits, des gratuités…”.

Collectionneurs contre spéculateurs

À la sortie de certaines “display”, des clients faisaient autrefois la queue dès l’ouverture. Mais derrière l’enthousiasme, une autre réalité s’est imposée.

“L’Ariège c’est un marché particulier. Tu as beaucoup de spéculateurs. Tu vois que les gens, ils n’en veulent que pour spéculer”, observe le gérant. Selon lui, “dans les clients, on a 20 % de collectionneurs”. Le reste achèterait essentiellement pour revendre.

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Malgré cela, les cartes représentent une part non négligeable de l’activité : “nous, ça serait environ 15 % dans notre chiffre d’affaires”.

Des tensions et des mesures strictes

Face à la spéculation et aux tensions croissantes, Ragnar’Ork a dû s’adapter. “On a plusieurs phases, on a la phase précommande qui ne passe exclusivement que par mail, on ne traite aucune précommande au magasin en direct”.

Une stratégie assumée : “Cela oblige à faire la démarche, donc un spéculateur sur deux ne le fera pas”. L’objectif est aussi d’éviter les débordements. “Ça cadre un peu. Ça évite qu’on ait une file d’attente, ça évite qu’il y ait des gens désagréables derrière le comptoir. Depuis deux ans, il faut faire hyper attention. Plusieurs fois j’ai dû intervenir parce qu’il y a des acheteurs qui étaient limite avec le personnel”.

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Certains comportements vont plus loin encore : “Il y a une personne qui a menacé un stagiaire de l’attraper à la sortie”.

La déception des plus jeunes

L’engouement complique aussi l’accès aux produits pour les véritables passionnés. “Un jeune de 14-15 ans qui sort du collège, qui avait économisé depuis six mois”. Le jour de la sortie d’un coffret spécial, l’adolescent arrive avec 230 euros en poche. Juste avant lui, plusieurs exemplaires ont été vendus. “Moi ça m’a refroidi parce que j’avais vendu les trois qui restaient à la personne devant lui qui en plus a été très désagréable”.

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Trente ans après sa création, Pokémon continue de susciter passion et convoitise. Entre collectionneurs fidèles et spéculateurs opportunistes, la petite carte cartonnée est devenue bien plus qu’un simple jeu : un véritable phénomène économique et social.

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