Le secteur des spiritueux connaît une transformation, Quentin Le Cleac’h, producteur occitan et président de l’Association des distilleries indépendantes, prône une production locale et durable, mais pointe certains blocages législatifs, rencontre.
Au Salon de l’Agriculture, le végétal et tout ce qu’il permet de produire est également mis à l’honneur. Cette année, c’est dans le Hall 4 que les maraîchers, céréaliers et autres viticulteurs présentent leurs productions. Parmi eux, le stand de la Fédération française des spiritueux propose plusieurs animations aux visiteurs.
C’est là que nous retrouvons Quentin Le Cleac’h, producteur occitan, président de l’Association des distilleries indépendantes et fier adhérent du “Manifeste de la gnôle naturelle”. Ce passionné nous parle de son engagement, de ses valeurs et d’un secteur, en pleine métamorphose.
Installé à Saint-Quentin-la-Poterie, dans le Gard depuis 2017, il conçoit des recettes de spiritueux, à partir de produits d’Occitanie. “C’est une région très viticole, je crée des produits à partir d’eau-de-vie de vin, qui peuvent s’apparenter à des brandies, des anisés, des gins, des vermouths, des liqueurs”, explique Quentin Le Cleac’h. Ce qu’il utilise, ce sont des vins en surplus, “qui ne correspondent pas à ce que les vignerons ont envie de vendre ou qui auraient été moins bien vendus parce qu’ils avaient un défaut”, détaille-t-il.
Bio, locale, et raisonnable en eau
C’est dans cet esprit qu’il a créé l’Association des distilleries indépendantes, qui regroupe 55 distilleries françaises, et adhéré au “Manifeste de la gnôle naturelle”, avec qui il partage un certain nombre de valeurs. “Les engagements vont être d’utiliser le plus possible des matières bio, locales, non industrielles, il s’agit aussi de réfléchir à sa consommation d’eau, d’énergie”, liste le distillateur.
À lire aussi :
Le Floc est présent au Salon de l’agriculture
Il le reconnaît, l’appellation est un brin provocatrice, mais elle en dit long sur la démarche. En s’engageant à ne pas utiliser d’alcool neutre industriel, les producteurs privilégient les produits locaux, un choix qui n’est pas sans conséquence… “Je n’ai pas le droit de dire que je fais du ‘gin’, par exemple”, expose le Gardois. Idem pour le nom “liqueur”, il requiert un taux minimal de sucre, que Quentin Le Cleac’h refuse d’utiliser, pour proposer à ses clients, des alcools différents, plus raccord avec les nouveaux goûts des consommateurs français.
“On aurait également pu s’appeler ‘le Manifeste de la gnôle culturelle’, parce que je pense que c’est très en lien avec des terroirs. Quand on est dans une région à pommes, on va faire de la pomme, etc.”, explique le producteur d’alcool.
100 % occitan
Pour ses recettes, Quentin Le Cleac’h ne travaille qu’avec des produits locaux. “Même le sucre que j’utilise est un sucre bio issu de marcs de raisins produit par une distillerie industrielle régionale”, avance-t-il.
À lire aussi :
REPORTAGE. Salon de l’Agriculture 2026 : “C’est catastrophique”, la fréquentation du site, en baisse de 25 %
Cet ancrage local serait, selon lui, très présent chez les nouveaux professionnels du secteur. D’ailleurs, dans son association, les deux tiers des distilleries ont moins de 6 ans, ce qui est révélateur d’un vrai dynamisme. Il pointe aussi un phénomène nouveau : beaucoup de nouveaux distillateurs en reconversion professionnelle “qui cherchaient des métiers qui ont du sens”.
Autre preuve de cet attachement local, Quentin Le Cleac’h propose aux particuliers de venir distiller leurs propres fruits, chez lui, dans son alambic. Une façon d’utiliser le surplus de fruits des vergers, et de créer du lien. “Certains font ça de manière ambulante”, avance-t-il. À chaque fois, l’expérience marque les gens. “On voit des étoiles dans les yeux, quand ils voient cette machine un peu mystérieuse qu’est l’alambic”, se réjouit-il.
À lire aussi :
Salon de l’Agriculture 2026 : Carole Delga entend “redonner sa souveraineté alimentaire” à la région Occitanie
Il aimerait d’ailleurs développer le spirotourisme et proposer des visites aux curieux, mais il dénonce un vrai frein à la pratique en France. “Pour faire déguster, on nous demande une licence 4, ce qui pose problème à cause du numerus clausus”. Autre revendication des distilleries indépendantes : avoir le droit de faire les marchés, à l’image des viticulteurs ou des brasseurs, ce qui leur est aujourd’hui, interdit.

