Le président américain Donald Trump à la Maison-Blanche, le 23 février 2026. NATHAN POSNER/ANADOLU VIA AFP
Donald Trump n’a pas dit son dernier mot. Annoncée dans la foulée du camouflet infligé par la Cour suprême au président américain, la surtaxe de 10 % appliquée sur les produits importés aux Etats-Unis est entrée en vigueur ce mardi 24 février. De nouveaux droits de douane qui remplacent ceux retoqués en très grande partie par la plus haute juridiction américaine, vendredi.
• Qu’est-ce que cette surtaxe ?
Cette nouvelle surtaxe, dont le décret signé vendredi est en vigueur jusqu’au 24 juillet, remplace les taux jusque-là existants, jugés illégaux par la Cour suprême et dont la collecte s’est arrêtée à compter de minuit, heure de Washington. Elle remplace également ceux prévus par les différents accords commerciaux signés avec les gros partenaires du pays.
Elle ne remplace pas, en revanche, les droits de douane dits sectoriels, allant de 10 % à 50 % sur un certain nombre de secteurs d’activité, tels que le cuivre, l’automobile ou le bois de construction, qui n’étaient pas concernés par la décision de la haute juridiction. Elle ne s’applique pas non plus aux produits canadiens et mexicains importés aux Etats-Unis dans le cadre du traité nord-américain de libre-échange (ACEUM).
Pour ce nouveau taux de 10 %, le président américain a pris pour base légale une loi de 1974 lui permettant de rééquilibrer les échanges entre les Etats-Unis et leurs partenaires économiques dès lors qu’un déséquilibre marqué de la balance des paiements est démontré. Samedi, il annonçait vouloir porter ce taux à 15 % après « un examen approfondi » de la décision de la Cour suprême, jugée « ridicule » et « extraordinairement antiaméricaine » par le président américain. Il n’a pour l’heure pas pris de décret en ce sens.
Au bout de 150 jours, le gouvernement devra toutefois obtenir un vote du Congrès s’il veut maintenir ces droits de douane sur la durée.
• L’UE met sur pause l’accord commercial avec Washington
Face à ces revirements, Bruxelles temporise. Lundi, le Parlement européen a suspendu l’accord conclu avec Washington l’été dernier. « Nous voulons que les Etats-Unis clarifient comment ils vont respecter l’accord », a expliqué l’eurodéputé Bernd Lange (S&D, gauche), chef de la commission du Commerce international, après une réunion d’urgence organisée lundi. Une démarche soutenue par les principaux autres groupes du Parlement européen – PPE (droite), Renew (centre), et Verts.
« Avant tout mouvement au Parlement, une clarté et stabilité totale est indispensable du côté américain. Or, Trump n’offre que l’inverse depuis le début de son mandat », a notamment fait valoir Valérie Hayer, présidente du groupe Renew.
Dans l’attente de précisions, les Européens craignent que cette surtaxe, si elle s’appliquait aux importations européennes, fasse grimper la taxation des produits européens au-delà du plafond de 15 % prévu dans l’accord conclu l’été dernier, loin des 30 % que le président américain avait initialement menacé d’appliquer. En échange, l’UE s’était engagée à supprimer ses propres droits de douane sur les importations américaines (qui s’élèvent en moyenne à 4,8 %), ce qui nécessite l’accord du Parlement européen.
La commission du Commerce international du Parlement aurait normalement dû se prononcer ce mardi sur la mise en œuvre de cet accord, avant un vote des eurodéputés en séance plénière prévu le 10 mars. Il s’agit de la deuxième suspension européenne, après une première en janvier en raison des menaces de Donald Trump d’annexer le Groenland. Une fois ses visées abandonnées, la procédure avait été relancée.
• Des droits de douane retoqués car jugés « illégaux »
Cette situation part de la Cour suprême des Etats-Unis, qui a retoqué vendredi une grande partie des droits de douane instaurés par Donald Trump, jugeant que l’« urgence économique » invoquée par le président pour se passer de l’aval préalable du Congrès n’était pas avérée.
Les droits de douane dits « réciproques » imposés par Donald Trump l’an dernier ont été jugés « illégaux », au motif que le président avait outrepassé ses prérogatives et empiété sur celles des parlementaires, à qui la Constitution donne le pouvoir de lever des taxes.
Une décision qui a mis le président américain dans une colère noire, accusant la plus haute juridiction du pays de servir la Chine et affirmant n’avoir pas besoin du Congrès pour imposer de nouvelles taxes douanières.

