Les inondations dans le Val de Garonne bouleversent le quotidien des habitants. Routes impraticables, maisons encerclées, chacun s’adapte tant bien que mal alors qu’une nouvelle tempête frappe l’Hexagone dans la nuit de mercredi à jeudi. Reportage.
Dans le bourg de Damazan, rare commune quasiment épargnée par la crue de la Garonne marmandaise, on ne parle que des inondations. La boulangerie a des airs de vestiaire de pêcheurs : “Je ne vous dis pas à demain, ça va être compliqué de venir avant vendredi”, salue un amateur de pain tranché. À peine sorti du commerce, il est alpagué par un automobiliste perdu dans son trajet.
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Déviations et barrières redessinent le Val de Garonne façon puzzle géant. Sur le bas de la commune, la seule route menant à Aiguillon, ville actuellement cerné par les eaux, est impraticable. “Mon entreprise est de l’autre côté”, nous indique Rocky, charpentier en repos forcé ce mercredi. En l’espace de vingt minutes, huit voitures capitulent les unes après les autres devant cette mer miniature et font demi-tour. Pas question de tenter l’impossible en prenant son élan : “Les gendarmes surveillent. Ce matin, un automobiliste a pris 135 euros d’amende”, reprend l’artisan.

Un maire au chevet des sinistrés
Cernés par les eaux, les gens restent chez eux. Ceux que les crues ont le plus épargnés partent au travail ou vont faire les courses pour les voisins moins chanceux. À quelques kilomètres de là, le maire de Villeton, petite commune limitrophe de Tonneins, fait du porte-à-porte dans le quartier des Communeaux où l’Ourbise, affluent gauche de la Garonne, a mordu dans les jardins. Alain Dalla Maria souffle : “Ça fait six ans que je demande l’entretien de ce cours d’eau. Pour l’ensablement surtout, mais aussi pour désencombrer les aqueducs.” La faute au syndicat ? À l’opérateur des Voies navigables de France (VNF) ? La réponse n’est pas évidente et l’élu souhaite avant tout rassurer ses administrés avant de désigner des coupables.

Noémie et Luis Da Silva font partie des sinistrés du secteur des Communaux. Leur jardin, que la retraitée met un grand soin à embellir avec des fleurs du Portugal, a perdu ses couleurs. “On a construit en 1986, c’est la deuxième fois que ça arrive”, glisse Luis. Heureusement, l’eau n’est pas arrivée jusqu’à leur maison. Le couple se chauffe au bois mais se lave au gant car l’eau ne s’évacue plus. Noémie se penche sur son parterre de lavande, en partie dévoré par la gadoue. “Mon jardin, c’est ma seule consolation quand je suis triste. Si ça continue comme ça, on va vendre”, dit-elle à l’adresse de son mari.
L’esprit de résilience
Le logement le plus impacté du secteur, c’est sûrement celui de Claudine V., 91 ans. La nonagénaire vit seule dans une maison encerclée par la montée des eaux, si bien que les bottes s’enfoncent jusqu’au genou pour accéder au perron extérieur. Lorsqu’elle a vu au journal télévisé les prévisions météo, elle a pris sa voiture et a fait un plein de courses. Depuis la semaine dernière, elle profite de son isolement pour “faire des grasses matinées et rester en pyjama toute la journée”. La maison, perchée de quelques précieux centimètres, tient bon. Pas une goutte d’eau n’a encore pénétré son salon. “J’ai quand même hâte de pouvoir retourner au loto et jouer à la belote”, soupire-t-elle.

Ici, vivre en zone inondable relève presque d’une philosophie. Dans les maisons, les prises électriques sont en hauteur, les meubles en sous-sol sont posés sur des parpaings et les embarcadères de fortune sont régulièrement dépoussiérés. Rémi l’a appris à ses dépens. “Vous voyez les grosses bottes là. Ce sont des “waders”. Ça va jusqu’en haut de la cuisse. C’est le voisin qui m’a dit de prendre ça.” Un mois et demi après son emménagement, cet ex-responsable atelier scrute avec amertume son garage. Il avait tout repeint en blanc mais la Garonne en a décidé autrement. Aujourd’hui l’eau est partie, mais le propriétaire nous montre les photos du cauchemar passé.

“L’eau est entrée par les murs, j’ai perdu ma machine à laver. Par contre, j’ai réussi à sauver mon ballon d’eau chaude avec un sèche-cheveux”. Pour lui, rien d’alarmant : “La nature reprend ses droits”. Il hausse les épaules. Puis concède, presque pour lui-même : “Si j’avais su… Je n’aurais peut-être pas acheté ici.”

