Anne-Claire Legendre est nommée à la tête de l’Institut du Monde arabe, le 17 février 2026. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Ça s’est passé le lendemain du « pot de départ » de l’ancien ministre de la Culture Jack Lang, poussé à la démission pour ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein. Le conseil d’administration de l’Institut du Monde arabe (l’IMA) a voté à l’unanimité pour la nomination d’Anne-Claire Legendre à la tête de l’institution. A 46 ans, elle devient la première femme à diriger cette institution hybride inaugurée à Paris en 1987. Diplomate expérimentée, arabophone assurée, instigatrice de la reconnaissance d’un Etat palestinien par la France… Le « Nouvel Obs » dresse son portrait.
• Louée par le ministre des Affaires étrangères
Proche d’Emmanuel Macron, c’est à la suite d’une audition avec le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot que ce dernier a proposé sa nomination. « Madame Anne-Claire Legendre dispose de l’expérience, des qualités et de la vision stratégique nécessaires pour assumer ces responsabilités éminentes », souligne-t-il dans un communiqué posté sur X. Celle qui manie les éléments de langage sans jamais sortir du cadre imposé a notamment affûté la riposte française face aux campagnes de désinformation russes lorsqu’elle était porte-parole du quai d’Orsay. Elle a ainsi obtenu la création, à l’été 2022, d’une sous-direction « veille et stratégie » pour structurer la réponse aux narratifs étrangers.
• Une carrière internationale
Anne-Claire Legendre commence sa carrière en 2005 en tant que conseillère en communication à l’ambassade de France au Yémen. Après la direction des Français de l’étranger au ministère des Affaires étrangères, elle rejoint en 2010 la mission permanente de la France auprès des Nations unies, où elle se voit confier des dossiers sensibles sur le Moyen-Orient au Conseil de Sécurité.
Elle passe ensuite par le cabinet de Laurent Fabius, alors au quai d’Orsay, puis devient en 2016 la première femme nommée consule générale de France à New York. En 2020, elle est nommée ambassadrice de France au Koweït. La barrière de la langue n’a jamais été un frein pour elle : Anne-Claire Legendre parle l’arabe avec aisance, l’ayant appris à l’Institut national des Langues et Civilisations orientales.
• Une connaissance accrue des enjeux du Proche et Moyen-Orient
En décembre 2023, Anne-Claire Legendre devient conseillère Afrique du Nord et Moyen-Orient à la cellule diplomatique de l’Elysée, et reste en poste jusqu’à sa nomination à la tête de l’IMA. « Compétente, substantielle et engagée avec une connaissance aiguë de chaque pays qui compose le monde arabe, que ce soit le Maghreb ou le Moyen-Orient », d’après un ambassadeur siégeant au conseil d’administration de l’IMA, elle est notamment la principale instigatrice de la reconnaissance de l’Etat palestinien par la France.
Au-delà du délicat dossier israélo-palestinien, Anne-Claire Legendre est aussi celle qu’on envoie volontiers pour déminer les terrains les plus difficiles. Elle se rend ainsi à Alger en mars 2025 pour rencontrer le président Abdelmadjid Tebboune pour tenter d’apaiser les relations entre la France et l’Algérie, avant que les deux pays ne retombent dans la crise. Au Liban, elle pousse pour la fin de la guerre entre le Hezbollah et Israël. Un accord est arraché en novembre 2024, en vertu duquel la France fait partie du mécanisme de surveillance de cessez-le-feu auprès des Américains.
• Une institution à refonder
« C’est une rupture claire qui est recherchée à la présidence de l’IMA, ce qui suppose quelqu’un capable de porter une ambition forte pour cette institution, qui connaisse bien le monde arabe, qui sache communiquer et qui ait un goût prononcé pour la culture », notait une source au sein de l’exécutif, peu avant la désignation d’Anne-Claire Legendre, peut-on lire dans « le Monde ».
Car sa tâche à la tête de l’IMA ne sera pas de tout repos : l’institut, déficitaire, souffre d’un statut hybride peu lisible à l’intersection entre lieu culturel et instrument diplomatique. « A l’approche du 40ᵉ anniversaire de l’institution, la nouvelle présidence aura pour feuille de route la mise en œuvre d’une réforme ambitieuse et structurante », a alors expliqué Jean-Noël Barrot dans son communiqué. Selon le ministre, l’IMA devra moderniser sa gouvernance et être « plus efficace » et se remettre sur « une trajectoire financière soutenable ».

