Artisans et institutions défendent une voie d’excellence qui façonne l’économie locale et change des vies. Entre inquiétudes budgétaires et passion de transmettre, l’apprentissage demeure un pilier pour préparer l’avenir du territoire. Rencontre avec Thierry Labric, le boucher de la place Verdun à Auch, tout juste honoré du titre de Maître artisan.
Dans le Gers, l’apprentissage n’est pas qu’une voie de formation : c’est un levier économique et un engagement humain. À l’heure où les financements évoluent, Philippe Archer, président de la Chambre de métiers et de l’artisanat du Gers, et Thierry Labric, maître artisan boucher à Auch, défendent chacun à leur façon mais avec la même conviction un modèle éprouvé.
Il y a 20 ans, le Centre de formation des apprentis (CFA) du Gers comptait près de 1 000 apprentis. Ils sont aujourd’hui 650. Pour le président de la Chambre de métiers, Philippe Archer, lui-même artisan, l’enjeu dépasse la simple question des effectifs : “Un apprenti sur deux reprend ou crée une entreprise. Moins d’apprentis, c’est frapper toute l’économie de notre département dans les années à venir.”
La formation est indissociable de l’artisanat, au point que le titre de Maître artisan exige d’avoir accompagné au moins une dizaine d’apprentis. “Avec une trentaine d’apprentis formés, Thierry Labric est un exemple. Il n’y en a pas beaucoup qui en ont formé autant.”
D’apprenti à maître artisan
Thierry Labric, le boucher de la place Verdun à Auch, en sait quelque chose. Il vient d’être honoré du titre de Maître artisan. En 37 ans de métier, il a formé 27 jeunes. Son propre parcours illustre la force de l’apprentissage. “Je voulais faire des études, mais à 16 ans, l’école me fatiguait. J’ai cherché un apprentissage et la boucherie Pagnac, là où je suis encore aujourd’hui, cherchait un apprenti.” À 20 ans, il rachète l’affaire.
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L’artisan aurait pu choisir une autre voie. Rugbyman accompli, il a été contacté par le Stade Toulousain. Mais il n’a jamais voulu quitter son métier, ni sa boucherie. “C’était ma passion”, confie-t-il simplement. Cette passion, il en a fait son “bâton de pèlerin”. Depuis ses débuts comme patron, il a toujours embauché deux apprentis.
“J’estime avoir eu de la chance qu’on me donne ma chance. Alors j’essaie de la donner à mon tour.” Beaucoup de jeunes qu’il accueille sont en échec scolaire ou traversent des périodes difficiles. “Si on rencontre un bon maître d’apprentissage, on peut aimer son boulot et avoir un métier à vie.”
“C’est ma fierté”
Son rôle dépasse celui d’un simple employeur. “On a la fonction de patron, avec des règles. Mais aussi celle d’accompagnement.” Les abandons, il y en a, mais ils sont rares. Aujourd’hui, son équipe est composée, pour l’essentiel, d’anciens apprentis. Certains se sont installés, d’autres sont devenus chefs de rayon. “Quand je les croise, je suis fier. On les a mis sur le bon chemin. Tous travaillent”
Dans un territoire rural comme le Gers, où l’artisanat structure l’activité locale, l’apprentissage demeure un moteur de renouvellement. La loi d’orientation budgétaire suscitait l’inquiétude, mais finalement l’accompagnement de 5 000 € pour un contrat, avec 1 000 € supplémentaires en cas de handicap, est maintenu pour la majorité des PME du Gers.
“Quand on voit le temps qu’un maître d’apprentissage doit passer avec son apprenti… Il fallait un statu quo.” Par contre, la suppression envisagée de l’aide de 500 € au permis de conduire inquiète : “Dans le Gers, le permis est essentiel pour les apprentis”, insiste Philippe Archer.
Thierry Labric, lui, se veut pragmatique : “Moi, avec ou sans accompagnement, ça fait 37 ans que je forme des apprentis, ça ne changera pas. Transmettre ma passion, c’est ma plus grande fierté.”

