La vie d’Esteban, sans-abri en fauteuil roulant à Toulouse, est un combat quotidien. Depuis un accident en 2016, il multiplie les démarches pour un logement adapté, sans succès. La solidarité locale lui offre un soutien précieux.
La colère d’Esteban est à la hauteur de ses années passées à survivre dans la rue. Depuis six ans, ce sans-abri d’origine espagnole vit sous une tente, au 47 rue Adolphe-Coll, à Toulouse, au pied d’un immeuble.
Son chauffage s’appelle Bouddha, un berger blanc aux yeux lagon. Si vivre à la rue est déjà une épreuve, y survivre en fauteuil roulant relève de l’exploit. C’est pourtant son quotidien.
À lire aussi :
Toulouse. Mobilisation autour d’Esteban , en grève de la faim
Arrivé en France en 2003, la vie d’Esteban bascule en 2016 après un accident du travail. “Ça n’a pas été reconnu comme tel et je me suis retrouvé sans rien”, raconte-t-il. Chassé du foyer où il vivait, il se retrouve à la rue.

Depuis, assure-t-il, il a multiplié les démarches administratives pour retrouver un logement, sans succès. Aujourd’hui, il entame une nouvelle grève de la faim pour interpeller les institutions et les pouvoirs publics. “Je ne demande pas la lune, juste un logement adapté, au rez-de-chaussée. On ne m’a proposé que des appartements avec des escaliers.”
“Je veux la justice !”
Au-delà du logement, Esteban souhaite que l’État reconnaisse sa responsabilité “pour négligence”. “Je veux la justice. C’est la société qui m’a mis dehors”, martèle-t-il.
Sa colère vise aussi deux figures connues du milieu militant toulousain, François Piquemal et Odile Maurin, qui lui avaient promis leur aide lors d’une première grève de la faim à l’été 2022. “Ils m’ont dit qu’ils allaient me sortir de la rue, puis plus rien. Les associations, la préfecture, le maire, le 115… Tout le monde connaît ma situation.”
“Il voulait rester dans son quartier”
Odile Maurin explique avoir tenté d’aider Esteban, mais qu’il a toujours refusé les propositions de logement formulées. “Il voulait absolument rester dans son quartier, à proximité immédiate de ses repères. Je lui ai expliqué que c’était très difficile, car les logements accessibles pour les personnes en fauteuil roulant sont rares. C’est un vrai scandale : les personnes handicapées en fauteuil sont celles qui attendent le plus longtemps un logement sur la métropole. Ce n’est pas nouveau, c’est un choix politique. On ne construit pas assez de logements accessibles, et ceux qui existent sont souvent attribués à des personnes valides.”
À lire aussi :
“Je veux juste un toit pour en finir avec la rue” : à 75 ans, Michel, le plus vieux SDF de Toulouse est au bout du rouleau
Quant à François Piquemal, il affirme ne jamais promettre de logement. “Ce serait mentir aux gens. Je peux m’engager à relayer leur situation, à faire des courriers, à interpeller les autorités, mais pas à garantir un résultat. Mon pouvoir est parlementaire, pas exécutif.” Sollicités, la préfecture et le Département n’ont pas encore répondu.
Dans le quartier, Esteban peut toutefois compter sur la solidarité des riverains. Bastien, habitant de l’immeuble dont il occupe le porche, l’aide au quotidien. “Je fais parfois ses courses, je recharge ses batteries tous les soirs. Depuis trois ans que je vis ici, rien n’a changé. Ça me met en colère, mais je me sens aussi impuissant.” “Esteban est complètement intégré à la résidence ; il rend des services. Je lui fais des courses, lui lave son linge. La majorité des résidents le soutiennent”, témoigne aussi une voisine souhaitant rester anonyme.
Un sentiment partagé par Pierre-Alain, ami d’Esteban et figure bien connue du monde de la rue : “Il est aidé dans le quartier, mais ça ne suffit pas. Il faut absolument le sortir de cette situation.”
La solidarité en œuvre
Outre les riverains, Esteban peut compter sur la solidarité de généreux donateurs. Parmi eux, Alex, alias Baguet31 sur Snapchat. Ce Toulousain de 46 ans organise régulièrement des cagnottes pour venir en aide aux plus précaires. “Au départ, il y a cinq ans, je voulais montrer à mes enfants que les réseaux sociaux pouvaient avoir un réel intérêt solidaire”, explique-t-il.
Depuis, Alex a notamment apporté son aide après le tremblement de terre en Turquie, distribué de nombreux repas et s’apprête à contribuer au financement d’une école en Tanzanie.
Esteban, qu’il connaît depuis deux ans après l’avoir rencontré lors de maraudes, a lui aussi bénéficié de cet élan de solidarité. “Il y a quelques mois, j’ai lancé une cagnotte sur Snapchat. En quelques heures, j’ai récolté 3 900 euros. Cela nous a permis d’acheter un fauteuil électrique quasiment neuf. Quelqu’un m’a prêté une camionnette pour aller le chercher à Agen”, raconte Alex.
Un nouveau fauteuil qui a profondément amélioré le quotidien d’Esteban. “Ça a changé ma vie”, confie-t-il simplement.

